Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
· "Attendez ! criai-je à l'homme alors qu'il enjambait de nouveau le bastingage au bout
de la passerelle. Vous pouvez dire au capitaine qu'il y a un soldat du roi qui souhaite
lui parler ? "
Le marin se retourna puis hocha la tête pour me signifier son accord. J'attendis
patiemment sur le quai pendant quelques minutes à l'issue desquelles mon interlocuteur
réapparut. Il me fit signe de le rejoindre à bord du navire et je le suivis jusqu'à la poupe
sous le regard perplexe d'autres membres de l'équipage. Aucun d'eux cependant ne
correspondait à la description de celui qui m'intéressait.
Nous nous arrêtâmes devant la porte d'une cabine isolée, à laquelle le marin frappa deux
coups.
· " Cap'taine. J'suis avec le soldat.
· Fais-le entrer ", répondit une voix de l'autre côté du panneau.
Je pénétrai en me penchant dans une pièce au plafond bas et à l'atmosphère alourdie par
des senteurs d'épices consumées. Un homme mince était assis derrière une table jonchée
de cartes maritimes et de livres de compte. Il avait le visage souligné par un menton en
galoche, ainsi qu'une peau brunie caractéristique de ceux qui passent toutes leurs journées
en extérieur.
Comme le capitaine terminait de noter quelques chiffres dans un épais registre, je
patientai sans mot dire en écoutant le crissement de la plume sur le parchemin qui avait
visiblement servi à maintes reprises, gratté et regratté jusqu'à en devenir fin et grisâtre
comme une feuille de chêne desséchée. L'homme posa enfin son matériel d'écriture.
· " Tu m'as l'air bien jeune pour savoir te battre " observa-t-il sournoisement.
Il attendit ma réplique avec un sourire ironique sur les lèvres. Je pris le temps de peser
mes mots, sachant qu'il était le maître à bord et pouvait m'éconduire au moindre écart de
langage.
· " Est-ce que je dois vous raconter mes états de service pour que vous vouliez bien
m'écouter ? "
Le capitaine gloussa avant de se saisir d'un poignard et d'entreprendre sous mon nez un
limage consciencieux de ces ongles.
· " Non. Ce ne sera pas la peine. Je n'ai pas le temps de me montrer curieux. Vas-y, dismoi
qu'est-ce qui t'ammène.
· C'est à propos d'un de vos matelots. Balezon. J'aimerais lui parler. "
Il suspendit l'espace d'une seconde son geste et resta ainsi immobile, le couteau au bout
du doigt, avant de reprendre sa manucure l'instant d'après.
· " Et que lui veux-tu ? "