Lecture des livres dont vous êtes le héros
25 Mars 2014
Le trappeur ne chercha pas à dissimuler sa déception. D'un ton peu amène, il me lança un « Bon vent » qui sifflait plutôt à mes oreilles comme une bourrasque me poussant à poursuivre sans attendre mon chemin. Je ne me fis pas prier et attendis de me trouver hors de vue de ce peu sympathique énergumène pour faire une pause et dévorer une bonne partie de mes provisions.
Otez un repas du contenu de votre sac à dos.
Je fis boire Bouffi à une mare d'eau boueuse et presque asséchée puis repris la route sous un soleil de plomb au zénith. Quelques minutes après ce déjeuner, j'aperçus au loin un attelage qui s'approchait en sens inverse. A l'endroit où nous allions nous croiser, la piste n'était guère large aussi incitai-je mon cheval à s'arrêter pour laisser passer les voyageurs. Ils étaient deux, assis à l'avant d'une carriole du même gabarit que la mienne et tractée par une bête de somme à la robe crémeuse.
L'un des hommes portait un bonnet coloré et ses vêtements semblaient de très bonne facture malgré la poussière qui s'y était collée tandis que le second ressemblait à une brute épaisse avec sa mâchoire carrée et ses gros yeux globuleux. Leur chargement se réduisait à deux armoires basses attachées par des cordes et recouvertes en partie de couvertures épaisses, sans doute pour les protéger des cahots. Quand ils parvinrent à ma hauteur, le voyageur au bonnet stoppa sa voiture et m'apostropha avec amabilité.
− On ne croise pas grand monde sur cette route. Je suis content de voir que tous les habitants de cette région ne sont pas morts de soif. Avec cette chaleur, je commençais à m'inquiéter…
− C'est vrai qu'il fait bien chaud depuis quelques temps, même pour la saison, surenchéris-je par politesse. Vous venez d’Asguenn ou de Milona ? Je me rends à Asguenn et j'aimerais bien savoir ce qui m'attend d'ici là. Vous n'avez pas croisé de brigands ?
− Pas un seul. Il faut croire que j'ai eu de la chance. Ou plutôt, ce sont eux qui en ont eu ! Olf n'apprécie pas beaucoup ces gens et a tendance à se montrer de mauvais poil avec eux quand il les croise, glissa-t-il ironiquement à l'intention de son garde du corps.
L'intéressé ne parut pas comprendre qu'on parlait de lui car il ne cessait de me fixer du regard et j'avais la désagréable impression qu'il n'attendait qu'un mot de son employeur pour venir me fracasser le crâne.
L'autre reprit :
− Faites attention si vous allez à Asguenn. Nous en venons et toute une compagnie de cavaliers originaires du Zalten s'y est installée depuis peu. Je crois que ce sont des mercenaires mais personne n'a voulu m'éclairer à ce sujet. Ces guerriers du sud ne sont pas commodes et je vous conseille de ne pas les approcher. Si Olf ne m'avait pas tenu compagnie, je crois bien qu'ils auraient pris ma marchandise sans me demander mon
avis. A ce propos, vous êtes peut-être intéressé par m'acheter quelques potions ? Je suis un apothicaire ambulant et j'ai forcément des produits susceptibles d'intéresser une personne qui voyage toute seule comme vous. Mon pécule était bien maigre et l'idée de le gaspiller dans ce qui avait de fortes chances d'être des remèdes de charlatan ne m'emballait guère.
Si Joan préfère conserver son or, il salue le colporteur avant de poursuivre sa route.