Lecture des livres dont vous êtes le héros
25 Mars 2014
J'admirai le sang-froid d'Ana qui ne cédait pas à la panique malgré sa position délicate. Elle attrapa la corde que je lui lançai puis je bandai tous mes muscles pour la sortir de ce piège. L'entreprise ne fut pas aisée car la terre fangeuse ne souhaitait pas libérer sa prisonnière mais à force de persévérance et au prix de beaucoup de sueur, je réussis à extraire la
jeune femme de la fondrière et elle s'allongea sur le dos en haletant dès qu'elle atteignit un sol plus ferme. Moi-même était épuisé par l'effort fourni et nous restâmes ainsi plusieurs minutes à récupérer notre souffle.
Enfin, Ana se releva et s'approcha de moi. Ses bottes, son pantalon, le bas de sa houppelande étaient complètement maculés de boue mais elle ne semblait pas s'en soucier. Comme je me redressai à mon tour, elle me prit les mains dans les siennes et je me noyai dans ses prunelles brillantes comme des onyx.
− Je ne sais pas comment te remercier, Joan. Je n'aurai jamais pu me sortir de là toute seule.
− Bah… Tout le monde en aurait fait autant. Nous aurions du mal à sauver ton père si tu étais restée coincée dans ce bourbier, remarquai-je avec un sourire amusé pour dissimuler mon embarras.
− Il n'empêche que tu m'as sauvé la vie, répliqua-t-elle avec le plus grand sérieux, son joli minois planté à quelques centimètres du mien. Je suis heureuse que le destin t’ait mis sur ma route et que tu m'accompagnes. Avec toi, je suis persuadée que nous allons réussir.
Les déclarations élogieuses d'Ana allumèrent un brasier dans mon ventre qui mit le feu à mon visage. J'hésitai entre la prendre dans mes bras avec une fausse assurance ou bredouiller quelque chose pour dissimuler mon émoi. Mais le croassement et l'envol d'une corneille dans les branches qui nous dominaient me firent sursauter et ma compagne
fronça les sourcils en regardant autour d'elle d'un air soucieux.
− Nous avons perdu beaucoup de temps à cause de moi. Il faut y aller avant qu'il ne soit vraiment trop tard. J'opinai du chef et ressentis une sensation affreuse de vide au moment
où ses doigts desserrèrent leur étreinte. Ana attendit que je range ma corde dans mon sac à dos puis nous reprîmes notre progression avec une circonspection accrue envers la fermeté du terrain. Je suivais la jeune femme avec l'impression déprimante d'avoir laissé passer une importante occasion.