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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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201

Le soleil à son zénith réchauffait péniblement la campagne quand la fatigue et la faim
m'incitèrent à faire une courte pause en dépit de mon empressement. Enlevez un repas du
sac à dos ou Joan perd 3 points de Vitalité.
Après avoir dépassé un effrayant épouvantail à la tête cucurbitacée, j'aperçus bientôt les
bâtiments d'une ferme située en retrait de la route. Une vingtaine de moutons déambulait
dans un pré attenant en restant à quelque distance de deux hommes qui s'échinaient sur de
longs outils. Le temps des labours était pourtant passé depuis bien longtemps.
J'allais les ignorer pour poursuivre mon chemin mais quelque chose m'intrigua dans leur
attitude ou leur apparence. Malgré la distance qui me séparait d'eux, ces travailleurs
agricoles m'inspiraient un curieux sentiment de familiarité. Le coeur cognant un peu plus
fort dans ma poitrine, j'enjambai un bas muret de pierres empilées puis avançai à grandes
foulées en provoquant la fuite et les bêlements des ovins les plus proches. Cette agitation
détourna les deux hommes de leurs tâches. Leurs yeux exprimèrent une surprise ineffable
quand ils me découvrirent en train de courir vers eux mais j'avais déjà reconnu sous les
croûtes de terre séchée la nature de leurs uniformes.
· " Fils de garce, c'est Joan ! " s'exclama Duncan de sa voix tonitruante.
Je me jetai dans ses bras en riant, lui tapant comme un forcené dans le dos sans pouvoir
retenir des larmes de joie.
· " Vivants ! Vous êtes vivants !
· Et pas qu'un peu, gamin ! Jamais j'aurais pensé te revoir un jour ! "
Je me tournai vers Garett, nous nous jaugeâmes un court instant du même regard
incrédule, puis finîmes par nous gratifier mutuellement d'une virile accolade. En dépit des
nombreux différents qui nous avaient opposés à la caserne, nos retrouvailles me
comblaient tout autant.
· " Mais que faîtes-vous là ? demandai-je en avisant leurs pelles à long manche et les
nombreux cailloux plats qui jonchaient le sol à leurs pieds.
· Bah... Un petit travail pour le bouseux du coin, répondit Duncan en levant les yeux au
ciel. Juste de quoi avoir une pitance et un toit en attendant que ces poltrons de
pêcheurs acceptent de nous ramener sur le continent.
· Et les autres ? Vous savez où ils sont ? "
Duncan essuya sa main pleine de sueur sur son crâne lisse en poussant un profond soupir.
Garett enchaîna d'un ton lugubre.
· " Quand on a fui la bataille tous les deux, on a vu d'autres gars qui partaient dans une
autre direction. Mais les kayolins étaient à leurs trousses. Je crois qu'on a eu plus de
chance qu'eux.
· Combien étaient-ils ?
· Trois. Mais je n'ai pas pu les reconnaître. Nous étions déjà assez occupés comme ça
avec Duncan à échapper à leurs javelines. A quoi penses-tu ? "
Je passai ma langue sur mes lèvres gercées avant de répondre, quelque peu hésitant.
· " De mon côté, ils m'ont laissé pour mort. Quand je me suis réveillé, ils étaient partis
depuis un bon moment. J'ai compté les cadavres et il en manquait sept au total. Sept
gars qui se sont enfuis comme vous ou qui ont été faits prisonniers. "
Mes anciens compagnons de chambrée s'adressèrent un regard entendu.
· " Nous avons déjà pensé à ça, rétorqua Garett. Depuis la bataille, on n'arrête pas de se
dire qu'il y a pu avoir des survivants et que ce serait bien de les retrouver. Mais
comme les gens d'ici n'ont pas arrêté de nous mettre en garde contre les monstres qui
infestent les coins les plus sauvages de l'île, on a préféré attendre pour prendre un
bateau et faire ensuite venir des renforts. De plus, personne ne sait où ces pillards se
cachent. Ou alors, on n'a pas voulu nous le dire.
· Je sais où est leur repaire. Je m'y dirigeais justement pour libérer les gars encore en
vie. "
Ils ne purent dissimuler leur surprise. Garett se ressaisit néanmoins en dégainant son arme
de prédilection : l'ironie.
· " Et tu comptais à toi seul terrasser les pillards alors qu'ils ont vaincu tout un bataillon
?
· Non, évidemment. Je pensais m'infiltrer sans me faire repérer dans leur repaire puis
délivrer les prisonniers. En fait, je n'ai pas trop réfléchi à la suite, concédai-je en
écartant les bras avec fatalisme, mais je ne pouvais pas rester sans rien faire alors qu'il
est peut-être encore possible de sauver quelques camarades. "
À peine les avais-je prononcés que je regrettai mes derniers mots. Garett gratta
mollement la terre du bout de sa pelle en baissant la tête. Duncan m'adressa un regard
inquiet, tourna les yeux vers son comparse devenu silencieux, puis s'avança d'un pas pour
se ranger à mon côté.
· " Je t'accompagne. Tu ne sais pas tenir une arme correctement et ça m'étonnerait
qu'on n'ait pas quelques unes de ces raclures à se mettre sous la dent ! "
Pour ne pas être en reste, Garett nous rejoignit en laissant tomber son outil dans l'herbe.
· " La peste soit de ce vieux ladre et de ses salaires de misère ! Allez, on fiche le camp,
Duncan. Pas le temps pour les adieux si des gars sont en train de faire torturer à cette
heure.
· On te suit, Joan " renchérit Duncan avec un large sourire sur son visage rubicond.
Une immense chaleur se répandit dans ma poitrine alors que je regardais, éperdu de
gratitude, les mines décidées de mes deux compagnons. Nous prîmes alors ensemble la
route du sud, délaissant celle menant à Kalfirk pour couper à travers les pâturages. Ils
souhaitaient ardemment savoir comment j'avais appris l'emplacement du repaire
souterrain et ce qui m'était advenu depuis la défaite du cinquième bataillon.

Si Joan possède une broche en bois,

sinon.

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