Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

Publicité

236

En m'entendant approcher, la femme leva un visage fatigué et prématurément marqué par
le passage du temps. Mais les rides qui crevassaient son front s'effacèrent et ses yeux
s'élargirent quand elle me vit. Avant que je ne puisse esquisser un mouvement, elle tomba
à mes pieds en attrapant un pan de mon uniforme.
· " Ulther soit loué, un guerrier ! Oh, messire, par pitié, aidez-moi ! Sauvez mon
homme, je vous en supplie. Sauvez Robben des tritons ! "
Et la femme de fondre en larmes, le corps secoué par une crise inextinguible de sanglots.
Gêné, je ne sus quoi faire d'autre que de lui murmurer des paroles rassurantes tout en
essayant maladroitement de la relever.
Les autres travailleuses avaient abandonné leur ouvrage pour se rassembler autour de
nous. Comme Shinnaye ne parvenait pas à cesser ses pleurs, elles entreprirent tour à tour
de me raconter la malédiction qui planait sur leur communauté, en s'interrompant
mutuellement pour ajouter des détails oubliés par la narratrice du moment. Au milieu de
ce flot de paroles, je compris que des créatures mi-hommes mi-poissons vivaient au nord
du lac. Ces tritons, comme les appelaient les villageoises, capturaient de temps à autres
des humains pour les engraisser puis les dévorer. Ils n'étaient heureusement pas
nombreux et venaient rarement jusqu'ici pour chasser mais, la veille au matin, un enfant
avait vu Robben, l'époux de Shinnaye, se faire attraper par plusieurs de ces monstres qui
l'avaient sans doute emmené dans leur campement.
Les hommes du village ne savaient pas se battre et tous convenaient, hormis la
malheureuse Shinnaye, qu'il leur était impossible d'attaquer le repaire des tritons. Par
contre, ils espéraient qu'un fier guerrier de ma trempe puisse sortir Robben de leurs
griffes. Ce fut la supplique de toutes les femmes du hameau et je leur promis mon aide,
autant par compassion que par peur d'être lynché au cas où j'eusse refusé.
Les femmes m'accablèrent aussitôt de remerciements éperdus et m'incitèrent à me mettre
en route au plus vite tant que le captif pouvait être encore en vie. L'une d'elles me
prodigua un conseil utile avant que je ne les quittasse : une fois en vue d'une éminence
surmontée d'un râtelier où les tritons mettaient à sécher les poissons qui constituaient
l'ordinaire de leur alimentation, il me fallait quitter la piste et contourner cette butte en
m'éloignant du lac.
Dès que je me trouvai à distance raisonnable des habitations, je fus enfin en mesure de
réfléchir calmement aux implications de ma promesse.


Si Joan souhaite respecter celle-ci et longer la rive du lac vers le nord,

s'il estime avoir déjà fort à faire avec le sauvetage de ses camarades et les kayolins, il recherche la trace de ces derniers plus à l'est, dans le vallon brumeux.

Publicité
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article