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Le Site dont vous êtes le Héros

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271

Tandis que mon cheval soulevait sans relâche la poussière de la route, j'inspectai le contenu du sac à dos que l'on m'avait réservé. Il contenait seulement des provisions de bouche pour deux bon repas et je me demandai alors si mon père ne s'était pas quelque peu trompé dans l'évaluation de mes besoins. En supposant que le voyage se déroulerait
sans encombre, j'espérais atteindre la ville d'Asguenn avant la soirée du lendemain et je risquais d'avoir l'estomac dans les talons avec de si maigres provisions. Au moins ne manquerai-je pas d'eau car un tonnelet avait été prévu pour la durée de mon expédition. Quelques heures après mon départ, la chaleur m'avait conduit à y piocher déjà une demi douzaine de louches pour étancher ma soif.
De chaque côté de la route, les hautes collines formant la Crête aux Ours bouchaient l'horizon et je jetais de fréquents coups d'oeil vers les bosquets de résineux qui poussaient sur leurs flancs à la recherche de brigands embusqués. Les arbres et les nombreux pierriers me paraissaient autant de cachettes propices à une embuscade. Mes craintes
s'avérèrent cette matinée là sans fondement.
Je commençais à m'interroger sur la nécessité de faire une pause pour laisser Bouffi paître un peu quand j'aperçus au dernier moment un homme caché derrière une éminence rocheuse. Surpris, je tirai violemment sur les rênes pour arrêter mon attelage tandis que l'homme se redressait, une gamelle en fer dans la main. Ma frayeur passée, je vis que celui-ci avait entamé la préparation d'un déjeuner. Bien bâti, plutôt jeune même s'il devait avoir une dizaine ou une quinzaine de printemps de plus que moi, l'homme portait malgré la fournaise une cape de fourrure par dessus une chemise crasseuse et un arc de chasse immense était posé non loin de lui. J'en conclus que j'avais affaire à l'un des rares trappeurs qui exerçaient dans ces basses montagnes. L'homme m'apostropha sans ambages.
− Holà, mon gars ! Navré de t'avoir fichu la frousse mais je préfère me planquer avec tous les coupe-jarrets qui rodent dans le coin.
− Vous en avez aperçus? demandai-je sans dissimuler mon anxiété.
− Pas ici. Mais il y a quelques jours, près de la forêt de Milona, j'ai vu une bande de cavaliers qu'avaient pas franchement des gueules de patriotes si tu vois ce que je veux dire. Tu vas dans cette direction ?
− Non, je me rends à Asguenn. Faire un peu de commerce, ajoutai-je en désignant du menton les sacs derrière moi.
− Eh ben, tu te lances tôt dans les affaires mon gars ! plaisanta le gaillard en me gratifiant d'un clin d'oeil. Pour un marchand, tu m'as l'air bien costaud, d'ailleurs.
Je cherchais une réplique intelligente mais avant que je ne puisse ouvrir la bouche, il poursuivit sur un ton malicieux.
− Cela te dirait de gagner un peu d'argent en me rendant un petit service ? J'ai repéré la grotte d'un ours et je compte bien lui faire la peau. Mais bon, à moi tout seul, je vais avoir du mal à le sortir de sa tanière et il faut que l'animal soit à découvert pour que je puisse l'épingler rapidement. Si tu m'accompagnes, ce sera un jeu d'enfants ! Et je te paierai pour ça mon gars, bien entendu.
− Désolé, je n'ai rien contre une partie de chasse, mais je suis pressé. Je dois être à Asguenn demain au plus tard.
− T'inquiète pas pour ça, la grotte est juste là, me dit-il en désignant un point situé en hauteur, juste au-dessus de la limite des arbres les plus proches. Y aller, zigouiller l'ours et revenir ici, ça nous prendra une heure tout au plus !

Si Joan accepte d'aider le trappeur.

S'il préfère ne pas risquer une importante perte de temps et poursuivre sa route.

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