Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Les hommes avaient presque terminé leurs réparations. J'attendis donc que le plus âgé des trois pose sa brosse dégoulinante de goudron pour m'approcher d'eux et les interpeller avec bonne humeur.
· " Joli travail, les gars ! C'est un sacré beau navire que vous avez là. On le dirait tout
neuf maintenant, prêt à prendre le large comme si c'était la première fois pour lui. "
L'aîné à la barbe grisonnante esquissa un sourire.
· " Dans ce cas, il va déjà attendre qu'on se soit rincé le gosier. Je sais pas pour vous
mais je crève de soif ", lança-t-il à l'intention des plus jeunes marins qui hochèrent la
tête avec reconnaissance à l'idée de se désaltérer.
Ils s'encombrèrent de cordages ainsi que de leurs outils usagés avant de commencer à
gravir les échelons menant au quai. Je ne savais pas trop comment aborder avec tact le
sujet qui me préoccupait et j'interrogeai abruptement le plus vieux quand celui-ci arriva à
ma hauteur.
· " Dites, votre bateau, il pourrait m'emmener jusqu'à Kirb ? Je suis prêt à vous payer…
· Je peux t'emmener où tu veux mon gars, m'interrompit le marin. Du moment que c'est
dans mon secteur de pêche ; et t'auras pas besoin de me donner une pièce pour ça.
Mais va falloir attendre que le vent faiblisse un peu, si tu vois ce que je veux dire.
· C'est vraiment très urgent…
Tu es tombé sur la tête ou quoi ? C'est la tempête au large. LA TEMPÊTE ! Des creux de près de quinze coudées dès que tu t'éloignes à cent brasses de la côte. Ici, dans le port, nous sommes protégés par la digue. C'est pour ça que ça bouge pas trop. Mais te
leurre pas, tu trouveras personne pour naviguer par ce temps. "
Comme pour appuyer ses dires, une bourrasque fit bruyamment claquer la voile de son
esquif qui se balançait en contrebas. Les deux autres hommes nous avaient rejoints et, sur un signe de leur camarade au poil blanchissant, ils me plantèrent là pour se diriger vers une taverne.
Je les regardai s'éloigner en tournant dans mon esprit ses allégations péremptoires. Je
n'allais certainement pas passer plusieurs jours dans cette île austère les bras croisés. Soit je consacrais toutes mes forces à découvrir le repaire des pillards pour y retrouver la trace de mes compagnons perdus, soit je gagnais un moyen de rejoindre l'île voisine et toute proche de Kirb afin d'y contacter le sixième bataillon, tempête ou pas.
Mon regard se reporta sur l'esquif abandonné par les trois marins.
Si Joan s'approche du colporteur toujours présent à proximité du port,
s'il emprunte discrètement le petit voilier pour quitter Stromness à son bord.
Joan n'ira pas dans un lieu de l'île qu'il a déjà visité.
Cependant, il a tout de même la possibilité de reprendre la route menant jusqu'au pont qui représente approximativement le centre de l'île.