Lecture des livres dont vous êtes le héros
26 Mars 2014
La porte du magasin n'était pas fermée et, au moment où je la poussais pour entrer dans la boutique, un carillon tintinnabula au-dessus de ma tête. Le propriétaire des lieux était en train de farfouiller dans son bureau et c'est avec une certaine brusquerie qu'il se redressa pour voir à qui il avait à faire. L'homme entre deux âges présentait un visage rubicond aux traits particulièrement expressifs et son sourire commercial de bon aloi m'en parut encore plus irritant. Ses habits de belle facture ne dissimulaient pas son embonpoint, un détail qui me portait à penser que les affaires tournaient pour le négociant. Alors que je m'approchai du bureau, il écarquilla ses yeux malicieux.
− Bonjour, jeune homme. On se connaît, me semble-t-il. Tu ne serais pas le fils du patron de l'auberge-relais qui se trouve sur la route d'Haquilon ?
− Si fait, messire. »
Le sourire du marchand s'étira jusqu'à ses oreilles. J'étais flatté qu'il se souvienne de moi, même si de mon côté, je ne me rappelais plus de lui.
− Ta mère cuisine divinement bien, si je puis me permettre. C'est toujours un plaisir de faire étape chez ta famille. Alors, que me vaut l'honneur de ta visite ? Ton père est-il dans les parages car je lui aurai bien passé le bonjour.
− Non, je suis venu seul à Asguenn. J'ai une course de toute urgence à y faire.
Devant le regard interrogateur du négociant, j'entrepris de lui exposer la raison précise de ma venue et au fil de mon récit, sa bonne humeur s'envola. Lorsque j'eus terminé, un silence gêné s'installa avant que Galen Miramas ne le brise d'un ton empreint de gravité.
− Ton père est un homme prudent. Les pillards dont il se méfie se trouvent déjà à Asguenn.
− Quoi ? Que voulez-vous dire ? m'exclamai-je avec incrédulité.
− Ils sont arrivés voilà dix jours. Des dizaines de cavaliers zalténites.
Tu connais les Principautés du Zalten ? C'est un pays très chaud, désertique, qui se trouve de l'autre côté des Monts Galabad et du fleuve Dornos. Bref, ces étrangers sont arrivés par surprise et ils ont massacré un bon nombre d'hommes avant d'obtenir la soumission de tous les habitants d'Asguenn. Nous avons cru au début les voir partir une fois que nous leur aurions cédé toutes nos richesses, mais non. Ils sont restés et se contentent d'être nourris et logés à nos frais. Enfin… pas exactement.
Certains d'entre eux supervisent le travail des mineurs et en ont fait de véritables esclaves, leur laissant juste de quoi survivre. Tous les hommes jeunes et valides y ont été envoyés de force hormis quelques spécialistes dont ils ont encore besoin. Moi par exemple, je suis obligé d'écouler comme avant le minerai, mais uniquement à leur profit et ils me laissent un salaire de misère. Comme tu vois, leur comportement est étrange. Je pense que ce ne sont pas de simples pillards mais qu'ils appartiennent à une armée venue pour conquérir le royaume de Tannorie.
− C'est incroyable ! Personne n'a cherché à s'organiser contre eux ?
Personne n'a tenté de contacter le roi pour le prévenir ? Il pourrait envoyer ses soldats pour vous venir en aide.
Galen soupira en se frottant le front d'un air soucieux.
− Si, bien sûr. Certains ont voulu résister ou quitter la ville en douce mais ils ont été soit tués, soit incarcérés quelque part dans les mines.
Depuis, nous n'osons plus bouger de peur d'être abattus par ces brutes.
Quant au bourgmestre, c'est un pleutre qui se terre dans sa résidence en baisant presque les pieds de ces envahisseurs.
Le marchand baissa ensuite les yeux en se mordillant les ongles d'inquiétude. Même si le sort de ma famille m'inquiétait plus que celui de la population d'Asguenn, je ressentis un élan de compassion à la vue de cet homme sincèrement affligé. Pendant une longue minute, nous restâmes ainsi, debout sans mot dire, tandis que je ressassais toutes ces nouvelles informations.
Galen attira soudain mon attention et j'entrevis une lueur d'espoir dans son regard.
− Ces derniers jours, un mouvement de rébellion s'est organisé en secret pour trouver un moyen de chasser les Zalténites. C'est Siméon, le propriétaire de la taverne, qui en a eu l'initiative. Je faisais partie de cette résistance. Siméon est parvenu à collecter et à cacher des armes quelque part en ville et il souhaitait les distribuer aux mineurs pour attaquer par surprise les pillards. Malheureusement, il a été trahi juste avant que l'on mette son projet à exécution. Ils l'ont attrapé chez lui et aux dernières nouvelles, il serait retenu captif dans une cabane dans les bois. J'ai aussi entendu dire qu'ils comptaient le torturer demain devant tout le monde pour en faire un exemple…
− Ils sont ignobles !
− Je ne te le fais pas dire. Ce sont des barbares et je ne crois pas qu'ils connaissent le sens du mot pitié. » Il marqua une pause avant de reprendre dans un souffle. « Si seulement quelqu'un pouvait le libérer, je suis sûr que Siméon saurait comment nous sortir de cette impasse. C'est un véritable meneur d'hommes.
Un sentiment de terreur mêlé d'excitation s'empara de moi lorsque je compris où le négociant voulait en venir. Il m'invita à poursuivre la discussion dans son séjour et nous prépara à dîner pour tous les deux car le soir tombait. Au cours du repas, Galen usa de toute sa verve pour me convaincre que j'étais l'homme de la situation. Tous les villageois en âge de se battre se trouvaient sous la surveillance des pillards et j'étais le seul, selon lui, capable de libérer le tavernier. J'étais jeune, vigoureux, et selon les sources du marchand, Siméon n'était surveillé que par une poignée d'ennemis. Finalement, j'acceptai d'aider les villageois.
J'aimerais dire que je pris cette importante décision dans l'unique souci de voler au secours de faibles gens. Mais pour être franc, je crois que l'idée de recueillir la gloire d'un tel exploit fut bien plus déterminante dans mon choix. Je n'avais que seize ans…
La nuit s'étendait sur la communauté minière et Galen me convainquit de partir à la faveur de l'obscurité. Les guerriers zalténites ne se reposaient que rarement et se relayaient pour patrouiller dans les environs, aussi devais-je faire preuve d'une extrême prudence. Il me décrivit où se trouvait la prison improvisée dans la forêt au sud d'Asguenn et l'itinéraire pour l'atteindre. Enfin, il me confia deux présents : un poignard pour m'aider dans mon entreprise et un petit rubis à titre de dédommagement.
Notez le poignard dans la case armes et le rubis dans la case objets divers. Joan perd 1 point d'Adresse quand il se bat avec le poignard qui procure une trop faible allonge (au lieu de la pénalité de 2 points due au gourdin).
Si Joan a moins de 22 points de Vitalité.
Sinon, il quitte l'échoppe du négociant et s'enfonce dans la nuit à la recherche de Siméon.