Lecture des livres dont vous êtes le héros
27 Mars 2014
J'admirai le sang-froid d'Ana qui ne cédait pas à la panique malgré sa position délicate, surtout que je ne pouvais pas en dire autant de moi-même. L'idée que la jeune femme perde la vie dans cette fondrière m'inspirait une terreur viscérale et plusieurs secondes précieuses s'écoulèrent avant que je ne me mette en quête d'un bâton assez solide pour la
sortir de ce mauvais pas. Heureusement, je ne mis pas longtemps à trouver une longue branche non pourrie et à l'équarrir grossièrement. J'approchai prudemment du bord de la zone piégée puis tendit ma perche improvisée à Ana qui s'en saisit sans se faire prier.
Malgré tous mes efforts, j'avais l'impression qu'elle ne se libérait pas d'un pouce. Mes talons glissaient sur la terre meuble et je cherchai désespérément une souche ou tout autre obstacle immobile pour y prendre appui. Mais mon obstination porta finalement ses fruits et peu à peu, la jeune femme parvint à s'extraire de la vase et elle s'allongea sur le dos en haletant dès qu'elle atteignit un sol plus ferme. J'étais également épuisé et nous restâmes ainsi plusieurs minutes à récupérer notre souffle. Joan perd 1 point de Vitalité. Enfin, Ana se releva et s'approcha de moi. Ses bottes, son pantalon, le bas de sa houppelande étaient
complètement maculés de boue mais elle ne semblait pas s'en soucier. Comme je me redressai à mon tour, elle me prit les mains dans les siennes et je me noyai dans ses prunelles brillantes comme des onyx.
− Je ne sais pas comment te remercier, Joan. Je n'aurai jamais pu me sortir de là toute seule.
− Bah… Tout le monde en aurait fait autant. Nous aurions du mal à sauver ton père si tu étais restée coincée dans ce bourbier, remarquai-je avec un sourire amusé pour dissimuler mon embarras.
− Il n'empêche que tu m'as sauvé la vie. Je suis heureuse que le destin t'ait mis sur ma route et que tu m'accompagnes. Avec toi, je suis persuadée que nous allons réussir.
Elle parlait avec le plus grand sérieux, son joli minois planté à seulement quelques centimètres du mien. Ses déclarations élogieuses allumèrent un brasier dans mon ventre qui mit le feu à mon visage. J'hésitai entre la prendre dans mes bras avec une fausse assurance ou bredouiller quelque chose pour dissimuler mon émoi. Mais le croassement et l'envol d'une corneille dans les branches qui nous dominaient me firent sursauter et ma compagne fronça les sourcils en regardant autour d'elle d'un air soucieux.
− Nous avons perdu beaucoup de temps à cause de moi. Il faut y aller avant qu'il ne soit vraiment trop tard.
J'opinai du chef et ressentis une sensation affreuse de vide au moment où ses doigts desserrèrent leur étreinte. Nous reprîmes notre progression avec une circonspection accrue envers la fermeté du terrain et je suivais la jeune femme avec l'impression déprimante d'avoir laissé passer une importante occasion.