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Le Site dont vous êtes le Héros

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307

Malgré la distance et la faible luminosité, je me rendis compte qu'elle était jeune, à peine plus âgée que moi. Qui était-elle et que pouvait-elle bien manigancer en espionnant ainsi les Zalténites surveillant la cabane ? Je n'en savais strictement rien mais puisqu'elle aussi se cachait des pillards, elle devait faire partie des habitants d'Asguenn. Peut-être même qu'elle se trouvait ici pour les mêmes raisons que moi…
Quoi qu'il en fût, il me fallait attirer son attention avant qu'elle ne se décide à tenter l'irréparable mais si j'essayais de m'approcher d'elle, sa réaction risquait de nous faire tous deux repérer par les gardes.
Je ramassai une branche pas trop grosse et la lançai à quelques pas derrière elle. Le son produit était suffisamment ténu pour ne pas alerter les étrangers mais réussit quand même à attirer l'attention de la jeune femme qui se retourna, son visage crispé par l'inquiétude.
Je me redressai lentement et agitai les bras pour l'inviter à me rejoindre. Sa bouche s'ouvrit sous l'effet de la surprise mais elle avait des nerfs d'acier et elle sut contenir le cri qui lui était monté aux lèvres. Elle resta à m'observer pendant un long moment, lança un coup d'oeil en direction des hommes qui n'avaient pas bougé dans la clairière, puis consentit
enfin à me rejoindre en rampant silencieusement.
Plus elle s'approchait et mieux je distinguais ses traits à moitié dissimulés par le capuchon de sa houppelande. Elle était assez grande avec de longs cheveux de jais qui tombaient bien plus bas que ses épaules. Ses yeux noirs recelaient un charme farouche et, malgré ma position périlleuse avec des tueurs postés à quelques pas seulement de moi, je tombais
instantanément amoureux de cette inconnue.
Je lui souris timidement quand elle parvint à ma hauteur mais son expression en disait long sur son état de nervosité. Cependant, le couteau avec lequel elle me menaçait ne tremblait pas d'un pouce.
− Que fais-tu là ? me chuchota-t-elle hargneusement.
− Je suis un ami de Galen Miramas, le négociant. Il m'a parlé de Siméon et de sa capture par les Zalténites et j'ai promis de l'aider.
− Tu veux délivrer mon père ?

− Tu es la fille de Siméon ? soufflai-je avec surprise.
− Oui. Visiblement, nous sommes donc ici pour les mêmes raisons.
Le courage de cette fille prête à affronter des guerriers sanguinaires pour libérer elle-même son père m'impressionna et raffermit encore plus l'attirance instinctive que j'éprouvais pour elle.
− Mais pourquoi fais-tu ça ? s'enquit-elle avec suspicion. Tu es un mercenaire ?
− Non, pas du tout. Je suis venu à Asguenn pour bien d'autres raisons mais Galen m'a raconté ce qui était arrivé avec ces pillards. Ma famille risque bientôt d'être attaquée à son tour. Elle tient aussi une auberge, mais sur la route d'Haquilon. Je voulais acheter des armes par ici mais c'est devenu impossible à cause de ces Zalténites. C'est pour ça que j'ai
accepté de venir en aide à Galen et de tenter de sauver ton père. Galen m'a affirmé qu'il est le seul capable de tenir tête aux envahisseurs puisqu'il a déjà préparé un début de rébellion parmi les habitants d'Asguenn. C'est bien vrai ?
La jeune femme acquiesça d'un hochement de tête en me regardant gravement. Son expression se détendit et le ton de sa voix se fit plus amène.
− C'est très noble de ta part de prendre autant de risques pour des gens que tu connais à peine.
− Disons que nos intérêts sont les mêmes, répondis-je après une hésitation. Et il aurait été vraiment égoïste de ma part de m'enfuir d'Asguenn sans rien faire.
− Il n'empêche que tout le monde n'aurait pas réagi comme toi, rétorqua-t-elle.
Je haussai les épaules, gêné par la tournure de la conversation même si les compliments de la jeune femme me réjouissaient en mon for intérieur.
− Bon, allons voir ensemble comment la situation se présente, proposai-je. A nous deux, nous aurons plus de chances de délivrer ton père, non ?
Elle n'y vit aucun inconvénient et nous gagnâmes ensemble l'abri qu'elle venait de quitter à la lisière de la clairière, non sans nous être au préalable présentés l'un à l'autre. Elle s'appelait Ana et son prénom se grava à jamais dans ma mémoire.

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