Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
La magicienne remarqua la tête de Kity qui dépassait de l'intérieur de ma veste. Elle
l'observa d'un oeil évaluateur.
· " C'est ton animal de compagnie ?
· Oui, en quelque sorte. Même s'il ne m'obéit pas toujours très bien. "
Valunazia soupira.
· " J'en suis désolée Joan, mais il faut t'en séparer. Tes sentiments d'affection à son égard seraient un frein à notre union spirituelle. "
Mes yeux étaient rivés sur mon compagnon de jeux préféré. J'avais compris la demande de Valunazia. Même si les termes qu'elle employait pour expliquer ce phénomène
demeuraient pour moi très nébuleux, je devinais ce qu'elle voulait dire à propos d'un lien
très fort entre nous et j'aspirais de tout mon coeur à l'entretenir, à le voir se raffermir.
Tout en caressant d'un doigt la tête menue de Kity, je m'efforçai d'oublier le noeud de
tristesse qui se formait dans mes entrailles.
· " Il faut vraiment l'abandonner dans cette grotte humide ? Nous pourrions faire un
léger détour pour le déposer sur un rivage moins accidenté, proposai-je avec espoir.
· Non, Joan. Tes attaches sentimentales avec cet animal sont trop ancrées dans ton
esprit. Pour me rejoindre, il est nécessaire que tu brises cette entrave en ôtant toimême
sa vie. C'est la meilleure solution et ainsi, il ne souffrira pas de ton absence.
· Vous n'y pensez pas ? "
Je m'étais brusquement retourné et venais ainsi de surprendre son expression de
concentration ainsi que le regard brillant qu'elle dardait sur ma nuque. Elle reprit en un
instant une mine compassée, souffrant visiblement de ma propre détresse.
· " Nous n'avons pas le choix, murmura tristement Valunazia. Je t'en prie, ne gâche pas
tout… "
Je la dévisageai en cherchant fébrilement une alternative à son injonction qui me
pétrifiait d'effroi. Mais il n'en existait aucune. Elle avait raison. J'hésitai à lui demander de
s'en charger à ma place mais ce n'eusse pas très été très correct vis-à-vis de mon ami à fourrure qui me léchait les doigts sans se douter de notre séparation imminente.
Il me fallait faire vite, ne pas hésiter trop longtemps. Ma main droite se posa sur l'échine
de Kity qui dut croire à l'une de mes habituelles caresses. Je refermai brusquement mes
doigts autour du maigre cou pour l'enfermer dans une poigne d'acier puis enserrai son
poitrail de mon autre main. Le bruit des vertèbres se brisant me glaça le sang. Je laissai
échapper à terre le petit corps devenu flasque. Mon furet n'était plus qu'une forme
blanche et informe sur la roche suintante et constellée de bernacles.
Je vis comme dans un rêve Valunazia se pencher sur la dépouille puis la glisser dans un
large mouchoir afin de la soustraire à ma vue. Elle s'approcha ensuite en observant avec
inquiétude ma réaction. Je perçus à peine son doux frôlement lorsqu'elle essuya une larme qui s'éternisait à la commissure de mes lèvres.
· " Je suis très fière de toi, chuchota-t-elle dans le but de me consoler. Rien ne peut plus
désormais se dresser entre nous deux. "
Elle se pressa contre moi et je passai machinalement mes bras autour de sa taille avant de laisser reposer mon menton parmi les perles de sa chevelure argentée. Je ne pourrais dire combien de temps nous restâmes ainsi enlacés, paupières closes, à goûter l'alchimie invisible qui nous unissait.
Pourtant, il me semblait entendre encore le trottinement de Kity dans les méandres de
mon esprit, comme si le furet avait décidé de m'accompagner par-delà son trépas. Lorsque la magicienne s'écarta enfin, je voulus impulsivement lui demander s'il était possible que le fantôme de mon compagnon vînt me hanter mais une inexplicable intuition m'invita à m'en abstenir.
Enlevez Kity des objets divers. Ajoutez ensuite la conscience animale dans la liste des talents.