Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Je me réveillai sous les assauts suraigus d'une mélopée issue de gorges inhumaines.
J'ouvris les paupières mais mes yeux semblaient comme recouverts d'une pellicule
poisseuse et je ne distinguai qu'à peine l'assemblée de créatures qui se tenaient de part et
d'autre du bassin. Elles se balançaient mollement au rythme de leur horrible chant qui me
vrillait les tympans comme si cent spadassins affûtaient leurs lames à deux doigts de mes
oreilles.
J'étais plongé dans un tel engourdissement que je ne pouvais savoir si j'étais allongé, assis
ou même debout. Toute ma volonté ne suffit pas pour me permettre d'accomplir le
moindre geste. J'avais cependant la désagréable intuition d'avoir été installé dans le creux
du bénitier.
Une masse émergea soudain de l'eau du bassin. Malgré le voile gluant qui brouillait ma
vue, je contemplai avec terreur la chose aux allures de gigantesque crustacé qui venait
d'investir à elle seule la moitié de la caverne, comme attirée par le cantique de mes
ravisseurs. Le monstre fit pivoter sa tête cuirassée dans ma direction puis me fixa de ses
yeux qui s'agitaient au bout de deux pédoncules frétillants. Un rideau de fins tentacules
formait comme une barbe vivante sous sa gueule caverneuse qui béait de plus en plus au
fur et à mesure qu'il s'approchait de moi.
Je voulus hurler mais l'engourdissement s'était mué en une paralysie complète de mes
muscles. Même détourner le regard des énormes mandibules du monstre m'était interdit et
je ne pus qu'assister avec impuissance à mon éventration. Par bonheur, la grappe de
tentacules qui glissaient dans le même temps sur mes blessures était recouverte par une
substance glaireuse aux effets puissament lénifiants. Je sombrai dans un implacable
sommeil tandis que la créature marine dévorait mes entrailles et je terminai ainsi mon
existence à l'intérieur du bénitier sacrificatoire.