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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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La piste disparut progressivement et je me retrouvai bientôt à cheminer sans aucun
repère. Le brouillard avait de nouveau raffermi son emprise sur le marécage. J'évoluais
dans un monde ouaté qui n'avait que pour seule particularité d'être légèrement plus
sombre devant que derrière moi. Ce gris terne s'accentuait à chaque pas et je me retournai
à plusieurs reprises pour comparer cette brume avec celle plus blanche que je laissais
dans mon dos. J'eus l'explication de ce phénomène lorsque le voile humide se dissipa
subitement, me permettant ainsi de contempler le nouveau paysage.
L'horizon était bouché par un mur naturel bien que parfaitement vertical, une paroi haute
d'une trentaine de coudées qui courait d'est en ouest et dominait toute l'extrémité
septentrionale du marais. L'air putride avait laissé place à des parfums iodés, des
mouettes planaient en criant sur le ciel nuageux : l'océan devait sans nul doute mugir de
l'autre coté de cette falaise. J'étais heureux et soulagé de respirer un air plus pur. Je partis
donc à grandes foulées pour m'éloigner du bourbier nauséabond.
Les ruines ne m'apparurent que lorsque j'eus accompli la moitié du chemin me séparant
du mur. Elles étaient pourtant massives, tout au moins ce qui restait du bâtiment
principal, mais l'ombre de la falaise me les avait jusqu'alors dissimulées à mon regard. Je
pus détailler en m'approchant le toit en forme de bulbe d'une chambre annexe, une
étrange ouverture triangulaire précédée par quelques marches affaissées, ainsi qu'un
fronton dans lequel était gravée une frise d'idéogrammes tarabiscotés. Considérant
l'isolement du bâtiment dans une région aussi désolée, j'en déduisis qu'il s'agissait d'un
temple dédié à quelque divinité oubliée.
Seule une dizaine de pas me séparait des premiers moellons gisant dans l'herbe quand un
bruit inquiétant en provenance de l'arrière des ruines m'alerta. Un son inconnu, le
frottement d'une chose lisse et volumineuse contra la pierre. Je tendis instinctivement mes
mains vers mon arme et, en voyant surgir des débris la créature, je sus aussitôt que le
combat s'avérait inéluctable.
Un serpent, pensai-je tout d'abord. Mais un serpent avançant sur six courtes pattes, un
serpent à la tête et au dos recouverts par une carapace évoquant le bois, un serpent à la
gueule s'ouvrant sur une double rangée de dents pointues et parfaitement alignées, un
serpent long comme le comptoir d'un maraîcher de Puits-à-Vin.
La bête avait senti ma présence bien avant que je n'eusse deviné la sienne car elle s'élança
vers moi en claquant des mâchoires. Sa célérité vouait à l'échec toute tentative de fuite.

Si Joan possède un arc et au moins une flèche.

Sinon, il peut esquiver au dernier moment la charge du monstre pour le frapper au flanc

ou pour sauter sur son dos.

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