Lecture des livres dont vous êtes le héros
29 Mars 2014
Surveillant du coin de l'oeil les êtres amphibiens qui me tournaient le dos au bord du lac,
j'avançai sous couvert de la végétation mais en prenant surtout garde à ne pas écraser les
ossements ou les brindilles qui parsemaient le sol. Une fois parvenu à l'arrière de la hutte
contre laquelle reposait le prisonnier, je m'approchai de celui-ci encore plus lentement
afin de ne pas le réveiller. Il ouvrit finalement des yeux affolés et tenta de se débattre au
contact de ma main qui venait de lui couvrir fermement la bouche.
· " Ne criez pas, lui intimai-je à voix basse. Je viens vous aider. "
Je relâchai ma brève étreinte quand je fus certain qu'il était entièrement remis de sa
surprise.
· " Qui êtes-vous ? me souffla-t-il.
· Aucune importance. Il faut réussir à quitter le coin sans se faire repérer. Il y en a cinq
qui traînent à vingt pas d'ici près de la rive. "
Je fis un signe de la tête en direction du lac et l'homme tourna la sienne de tous côtés en
redoutant qu'un de ses ravisseurs ne nous ait déjà aperçus. Après que je lui eus ôté tous
ses liens, il m'étreignit le bras avec une gratitude infinie dans le regard. Sa figure hâve et
couverte d'égratignures prouvait qu'il était passé par de pénibles moments mais il
semblait malgré tout avoir encore du courage à revendre.
· " Quand ils m'ont amené ici, les tritons ont également traîné ma barque et l'ont
cachée pas très loin. Nous pourrions l'utiliser pour rejoindre plus rapidement mon
village de l'autre côté du lac ; ça nous permettrait en plus d'éviter les fondrières. Le
problème est que ces monstres nagent aussi vite qu'ils courent. Nous devons vraiment
partir sans nous faire voir sinon nous sommes morts ! "
J'acquiesçai en silence et longeai la hutte avec prudence pour observer les créatures qui
n'avaient toujours pas pris conscience de ma présence. Je fis signe à mon compagnon de
me suivre puis m'éloignai furtivement de la hutte par le même chemin que j'avais
emprunté.
Malheureusement, le pêcheur n'avait pas bénéficié du même entraînement que moi et il fit
craquer une branche morte dissimulée parmi les herbes. Avant même de nous retourner,
un concert d'ignobles croassements nous confirma que les tritons nous avaient enfin
repérés.
Certains nous prirent aussitôt en chasse tandis que d'autres se saisissaient de javelots
avant de les imiter. Nous détalâmes comme des daims affolés devant une meute de
limiers.
Mon acolyte peinait à suivre mon rythme et je l'encourageai sans cesse de la voix afin
qu'il ne relâchât pas ses efforts. Alors que nous approchions d'un endroit où poussait une
véritable forêt de roseaux, il perdit un peu de son souffle pour m'avertir.
· " C'est là qu'ils ont planqué ma barque. Je ne sais pas si elle y est encore ", haleta-t-il
en m'indiquant du doigt la végétation touffue.
Je regardai en arrière un bref instant pour voir que les hommes-poissons n'avaient pas
gagné de terrain. Mais ils étaient plus d'une dizaine à nous poursuivre désormais.
Si Joan plonge parmi les roseaux à la recherche de l'embarcation,
s'il incite le pêcheur à poursuivre le long de la berge en direction du sud.