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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Une succession d'aulnes et de frênes au feuillage dense poussant les uns à côté des autres
m'empêchèrent de distinguer le lac sur une longue distance. Quand cet écran de
végétation daigna enfin s'éclaircir, l'étrange rassemblement de huttes ne se trouvait plus
qu'à une centaine de pas. Mon premier réflexe fut de plonger derrière les fourrés pour m'y
dissimuler. L'instant d'après, je réfrénai à grand peine un gémissement d'horreur en
découvrant de plus près les habitants de ce hameau.
Au moins cinq créatures inhumaines s'activaient parmi les cabanes ou dans l'eau peu
profonde au bord du lac. Ces dernières nageaient avec une fluidité inégalable, ne
paraissant pas avoir besoin de leurs membres pour filer à la surface de l'eau sans en agiter
la surface. Celles à terre avançaient par bonds irréguliers, parfois sur deux pattes, parfois
sur quatre. Un peu plus grandes que des humains mais le dos voûté, elles évoquaient
inévitablement des grenouilles ou des poissons avec leur épiderme vert bleuâtre et leur
ventre pâle. Le plus terrible était leurs faces sans expression où roulaient d'énormes yeux
globuleux et sombres qui surmontaient une large bouche hérissée de crocs.
J'avais du mal à comprendre leurs occupations. Certaines ramassaient de la boue pour en
faire des monticules à l'utilité improbable, d'autres grattaient avec leurs griffes les
quelques grossiers rondins qui soutenaient le paillis de roseaux formant l'essentiel des
murs de leurs domiciles. Je remarquai que ces huttes se trouvaient très proches de la
berge, les monstres semblant prendre plaisir à recouvrir régulièrement de vase leur peau
squameuse. La douzaine de masures regroupées en ce lieu signifiait que cette race
amphibienne comptait d'autres représentants que ceux évoluant actuellement sous mes
yeux.
Je distinguai soudain deux jambes bien humaines qui dépassaient de l'arrière d'une
cabane. Il s'agissait probablement d'un cadavre, d'une victime de ces monstres. Mais dans
le doute, je me déplaçai furtivement de manière à avoir un meilleur point de vue.
L'endroit était jonché d'ossements et d'autres débris macabres. Un homme d'âge mûr et
aux cheveux longs était adossé contre la hutte, les yeux fermés, à demi affaissé sur le
côté. Il semblait sans vie jusqu'au moment où je le vis remuer légèrement la mâchoire
pendant sa somnolence. Des cordelettes d'herbes tressées lui entravaient les chevilles et
les bras qu'on lui avait coincés dans le dos.
Nul cerbère ne semblait avoir été dévolu à sa garde et la voie jusqu'au prisonnier était
libre, ses ravisseurs s'agitant plutôt sur la rive du lac. Malgré la peur que ceux-ci
m'inspiraient, je ne pouvais me résoudre à abandonner l'homme à leurs griffes.

Si Joan possède le talent discrétion,

si tel n'est pas le cas.

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