Lecture des livres dont vous êtes le héros
23 Juillet 2014
La boutique de Croeb et Liebstein, bijoutiers et prêteurs sur gages, se trouve rue Victoria, tout près de la gare de Victoria et à un quart d'heure de marche de Belgrave Square. Goldsmith, le gérant de l'établissement, vous fait monter l'escalier pour vous conduire à l'antre de M. Croeb, un petit bureau qui ne paie pas de mine.
- Vous vous occupez de l'affaire Egremont, si j'ai bien compris, dit M. Croeb, tout en débarrassant un siège de la pile de boîtes qui l'encombre.
C'est un homme petit et chauve, qui a l'air d'étouffer dans son col cassé.
- Je vais demander à M. Goldsmith de rester avec nous car il a quelque chose à dire sur cette affaire. Jeudi dernier, j'ai eu un visiteur qui venait pour la section bijouterie de mon établissement. C'était un homme assez jeune, avec des manières brusques, et son physique s'est gravé dans ma mémoire car il sortait de l'ordinaire. Il avait les cheveux clairs, des yeux très bleus, le teint basané et une vilaine cicatrice en travers de la joue. Il m'a dit qu'il avait des rubis à vendre. Je lui ai répondu que cela m'intéressait et il a sorti deux spécimens parfaits, très beaux et bien taillés. J'étais ravi d'en faire l'acquisition et je lui en ai donné un bon prix. C'est la première et la dernière fois que je l'ai vu, mais Goldsmith peut nous en dire plus sur cette affaire, maintenant.
- Tout à fait, oui, commence Goldsmith. Je n'ai pas vu le visiteur de M. Croeb mais, quand je lui ai parlé de l'homme qui était venu vendredi dernier, nous sommes tombés d'accord qu'il devait s'agir de la même personne. L'homme que j'ai vu était de taille et de corpulence moyenne, il avait les cheveux foncés, un collier de barbe et une moustache fournis. La barbe lui donnait l'air d'avoir quarante ou cinquante ans, mais il y avait quelque chose qui clochait. On aurait dit un homme jeune qui voulait se donner l'air plus âgé. Il est venu vers moi sans hésiter et m'a regardé avec des yeux étonnamment bleus et perçants. Il m'a dit qu'il avait des diamants à vendre et a demandé à voir M. Croeb. Quand Je lui ai dit que M. Croeb ne venait jamais le vendredi il est devenu agressif. Il a grommelé quelque
chose à propos d'un voyage inutile à Amsterdam, il m'a traité d'imbécile et il est sorti en coup de vent du magasin.
_ Oui reprend M. Croeb, quand j'ai entendu cette histoi;e, j'ai tout de suite pensé qu'il s'agissait du même homme. Mon client n'avait ni barbe ni moustache mais je suppose qu'il les a mises la seconde fois pour cacher sa cicatrice. Et il avait bien des yeux très bleus et très vifs.