Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Juillet 2014
Cette route vers Camelot devrait vous être familière, car vous l'avez souvent empruntée dans le passé, généralement en triomphateur après avoir massacré quelque monstre redoutable entre tous, et sauvé une fois de plus le Royaume. Et pourtant vous ne la reconnaissez pas. Large et bien dessinée, elle serpentait sur la colline, mais elle est en si piteux état, creusée de nids-de-poule, ravinée, parfois effondrée, qu'elle évoque plutôt un sentier de chèvres maintenant. Les arbres d'ornement qui la bordaient, plantés par Mog Pouce Vert, le jardinier en chef du Roi Arthur, sont rabougris, malades, et nombre d'entre eux sont même tombés. Quant à la plaine en contrebas. qui composait un paysage si harmonieux, ce n'est plus qu'un vaste marécage asséché, hérissé de maigres buissons.
Dans cette ambiance, l'aspect du Château ne vous surprend même pas. Ses clochetons aériens, ses tours élancées, ses murailles altières, ses formidables remparts sont maintenant complètement couverts d'une couche épaisse et suintante de fongosités noirâtres, qui transforment tout l'édifice en une sorte de gigantesque crapaud. Le fond de l'air est glacé. Une odeur fétide s'élève des douves. Une écume verdâtre et des débris variés flottent à la surface de l'eau tels des cadavres. De grosses bulles montent lentement des profondeurs pour venir crever à l'air libre, crachant de petits nuages soufrés. Le pont-levis, relevé, porte des traces de pourriture sèche, et la herse abaissée est rongée par la rouille. Il n'y a pas de gardes sur les remparts. Une immobilité silencieuse enveloppe le Château comme un linceul.
Bienvenue à Camelot. Pip. Mais comment comptez- vous y pénétrer ?
Vous pourriez, peut-être, essayer de traverser le fossé à la nage
ou annoncer courageusement votre arrivée
ou même encore renoncer à cette idée stupide et vous mettre en roule pour Glastonbury.