Lecture des livres dont vous êtes le héros
7 Juillet 2014
C'est un peu comme si vous exploriez une Mary Céleste terrestre (ou un vaisseau fantôme, si vous préférez). A l'intérieur des tentes, nombreux sont les indicés de la présence récente d'occupants — sacs de couchage capitonnés, repas à demi terminés et ainsi de suite. Mais aucune trace du moindre être vivant (ou mort, d'ailleurs). Il semble que ces yourtes soient les vestiges d'une prospère petite colonie anéantie de façon si abrupte que personne n'a survécu pour faire le récit de son infortune. Mais à propos de récit d'infortune. Vous découvrez dans l'une des tentes un journal intime susceptible de fournir les plus précieux renseignements sur ce qui s'est passé. Feuilletant les pages, vous constatez que ce journal relate la vie d'un jeune berger nomade de la Mongolie extérieure...
(Mongolie extérieure? C'est vrai que ces yourtes rappellent beaucoup la Mongolie extérieure, mais est-il possible que vous soyez réellement ici en Mongolie extérieure?... Invraisemblable.) ... dont la tribu s'est perdue dans une terrible tempête de sable pour se retrouver dans cet endroit épouvantable (qui. certes, n'est pas la Mongolie extérieure, encore que l'auteur du journal ne sache pas du tout où il a échoué). Son récit évoque plusieurs redoutables périls affrontés et surmontés, notamment une sorte d'énorme pieuvre vivant dans une faille sans fond, et une plaine labyrinthique où certains des meilleurs éléments de la tribu se sont perdus à jamais. En lisant ce journal, vous vous demandez s'il s'agit de faits réels ou imaginés : le style est banal dans la mesure où il aborde les sujets les plus terre à terre, mais la trame du récit a de nets relents de mythologie. Vous sautez rapidement à la fin dans l'espoir d'y découvrir un indice sur le sort qu'a subi cette communauté. La dernière page dit ce qui suit : « Ainsi, ayant établi que le seul moyen pour s'échapper de ce sinistre endroit était d'atteindre la rive sud de la grande rivière, nous avons installé notre camp sur sa berge. Personne n'osant prendre le risque de braver les redoutables piranhas qui y pullulent, nous avons décidé de chercher un moyen permettant de traverser sans danger le cours d'eau. Tous, nous avons été chargés par notre chef de réfléchir à cette question et tous, nous nous creusons la tête tout en accomplissant nos taches quotidiennes. Il y a un bruit au-dehors. Je vais aller voir ce qui se passe dés que j'aurai achevé l'exposé de ce problème car il est évident que... aargh. Klonk, splat, glougrrr... »
Ici s'achève le récit. Mais faut-il être idiot pour écrire aargh, Klonk. splat. glougrrr... à la fin d'un journal quand, de toute évidence, on est sur le point de se faire assassiner. Renvoyant cette énigme sur la liste croissante des Grands Mystères mondiaux non résolus, vous sortez de la tente.
Mais pour aller où?
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