Lecture des livres dont vous êtes le héros
18 Juillet 2014
Le maître d'hôtel vous accompagne au bureau de M. Harrington, situé au premier étage. Vous observez qu'il est bien étrange qu'un bureau se trouve à l'étage. Drabble, la main sur la poignée, se retourne pour vous répondre :
- Il a été décidé d'installer le bureau de M. Harrington loin des quartiers domestiques afin de lui garantir calme et tranquillité et de permettre à lady Holden de le consulter dès qu'elle a besoin de son conseil. Au fil des années, lady Holden se reposait de plus en plus sur M. Harrington et elle lui avait implicitement confié la charge de ses affaires. Le bureau étant au premier étage, cela ne posait pas de problèmes si lady Holden recevait à dîner. Voyez-vous, M. Harrington était souvent obligé de travailler tard le soir. Son bureau a été déplacé juste après le décès du mari de lady Holden.
Vous voici maintenant à l'intérieur du fameux bureau, pièce spacieuse, meublée avec raffinement. Un grand bureau double est placé près de la fenêtre qui donne sur les pelouses de devant. Un secrétaire, un placard à dossiers et une console d'ornement occupent le mur est. Vous remarquez, sur le mur d'en face, côté ouest, une porte encadrée des deux côtés par des vitrines pleines d'éventails.
- Cette porte donne sur le bureau de lady Holden, monsieur, vous explique le diligent Drabble, et les éventails font partie d'une collection que lady Holden a commencée quand elle était plus jeune. Au début, elle collectionnait seulement les éventails qu'elle trouvait lors de ses séjours au Portugal et en Espagne, mais maintenant elle en a aussi qui viennent d'Orient.
Pas le moindre papier ne traîne sur le bureau, et les seuls éléments décoratifs sont un encrier et un tampon-buvard garni d'une feuille toute neuve. Les tiroirs de devant sont complètement vides ; vous contournez le bureau et vous vous asseyez dans le fauteuil de cuir qui crisse agréablement sous votre poids, tandis que quelques pièces de monnaie roulent par terre.
- M. Harrington perdait toujours sa monnaie, explique Drabble en ramassant les pièces. Il avait toujours les poches pleines de calepins qu'il consultait à tout bout de champ pendant ses tournées, et souvent de la petite monnaie. Le problème, quand il s'asseyait, était que les pièces avaient tendance à tomber de ses poches. Et maintenant, si vous n'avez plus besoin de moi, je vais retourner à mon travail. Vous examinez les tiroirs côté fenêtre : ils sont pleins à craquer de notes, lettres, dossiers et fournitures diverses. A force de fouiller, vous finissez par découvrir des chèques numérotés de 338 à 349 ainsi qu'un relevé manuscrit, une liste d'achats et un vieux cahier de loyers. Les chèques sont émis par la banque Missel & Grenoy, et le relevé est assez récent. Vous le consultez avec intérêt :
| N° | Date | Versé à | Montant |
| 330 | 14 sept. 1894 | Sacrewell & Fison | 34 £ |
| 331 | Thomas Burridge | 6 s | |
| 332 | P. & O. | 20 | |
| 333 | Wade & Wilson | 11 | |
| 334 | William Brander | 8 | |
| 335 | Harold Rusk | 3 |
L'écriture qui a tracé ces lignes est soignée, celle d'un gentleman assurément. En comparant le relevé avec la liste des achats, vous retrouvez la trace de tous les chèques et vous parvenez à identifier leurs destinataires. Sacrewell & Fison sont avocats ; Thomas Burridge est un épicier de Nethersage ; P. & O. semble désigner Pavebury & Oadby, une pâtisserie de Banbury, et Wade & Wilson des tailleurs. Quant à William Brander et Harlod Rusk, le premier est armurier et le second est un fermier qui a été payé pour livrer un porc et le saigner. Vous vous reportez maintenant au cahier des loyers et vous consultez la dernière écriture trimestrielle qui figure pour Nethersage, datée de juillet 1894. La région de Nethersage compte vingt-quatre locataires qui ont tous payé en liquide. Au crayon dans la marge, à côté du nom des Burdock, figure la mention "un mois d'arriéré" ; la même mention est faite pour Mme H. Packham. En additionnant les montants de tous les loyers, vous parvenez à un total de 194 £ 10 s 6 d. Vous vous levez et vous gagnez le secrétaire, mais il est fermé à clef. Au moment de sortir de la pièce, vous décidez de prendre la liberté de jeter un coup d'oeil dans le cabinet de travail de lady Holden. Comme dans celui de M. Harrington, un grand bureau ministre trône près de la fenêtre ; les murs sont garnis d'étagères chargées de livres anglais, mais aussi français et espagnols, et même de quelques éditions portugaises. Une petite vitrine, à côté du bureau, présente une jolie collection de castagnettes et une méridienne, accolée d'un guéridon, occupe le centre de la pièce. Un ensemble somme toute fort harmonieux.
Vous pouvez interroger Thomas Burridge