Lecture des livres dont vous êtes le héros
14 Juillet 2014
1 - Explication de l'énigme
L'affaire Compton n'est qu'un grand coup de bluff : il n'y a pas de meurtre ! La police et la presse se sont toutes deux laisser induire en erreur par le mouchoir plein de sang, la disparition de M. Harrington et les folles accusations de sa femme.
M. Harrington était l'intendant de lady Juliana Holden depuis vingt ans (Prologue). Il avait à son actif de longues années de service loyal et efficace, et lady Holden lui accordait une telle confiance qu'elle lui avait donné procuration pour signer des chèques en son nom (paragraphes 1, 26, 42, 68). M. Harrington avait gagné cette confiance non seulement par la qualité de son travail, mais aussi grâce à l'aide et au soutien qu'il avait apportés à lady Juliana au cours de son mariage difficile et à la mort de son époux, survenue dans des circonstances terribles (paragraphes 25, 26, 76). Ces événements rapprochèrent lady Holden et M. Harrington qui finirent par devenir amants (paragraphes 1, 13, 25, 42, 61, 74, 76).
Mais leur amour s'accompagnait d'une profonde frustration : le statut social inférieur de M. Harrington, plus le fait qu'il était déjà marié, les empêchaient d'exprimer leurs sentiments autrement qu'en privé. La vie de famille de M. Harington se fit de plus en plus pesante et tendue, car il passait de plus en plus de temps au manoir (paragraphes 9, 19, 43, 61, 76) ; et la pression qui s'exerçait sur le couple s'accrut brutalement quand M. Waugh se mit à faire la cour à lady Holden (paragraphe 45, 68). Désespérés, ne sachant plus où se tourner, les deux amants décidèrent de fuir et de commencer une nouvelle vie ensemble.
Mais, avant de pouvoir s'enfuir, ils avaient trois problèmes à régler. D'abord, ils devaient trouver un endroit où ils seraient sûrs qu'aucun de leurs amis ne risquait de les découvrir par hasard. Ensuite, il leur fallait trouver comment gagner ce havre sans éveiller de soupçons. Enfin, il y avait le fait que M. Harrington était marié.
Pour résoudre le premier problème, ils décidèrent de commencer leur nouvelle vie au Portugal, un pays loin de l'Angleterre, que lady Holden connaissait bien (paragraphes 25, 35, 42, 68). A cette fin, lady Holden pria ses avocats de chercher une propriété là-bas. Le 1er juillet le señor Salazar, agent de Sacrewell & Fison, trouva une villa qui correspondait aux critères de lady Holden et l'acheta pour elle. M. Harrington donna alors instruction au señor Salazar d'engager le personnel nécessaire pour la bonne tenue de la propriété (paragraphe 62).
Une fois la question de leur nouveau foyer résolue, les amants devaient trouver le moyen de gagner leur nid et de se marier. Il était clair qu'ils devraient voyager séparément et que M. Harrington, d'une façon ou d'une autre, devait couper avec son passé et changer de nom et de personnage. Ils choisirent ensemble le nom de "Herbert Carlyle". Lady Holden venait de lire La Révolution française de Thomas Carlyle, ce qui l'inspira pour le nom de famille, et M. Harrington choisit Herbert comme prénom car c'était son second prénom, donc déjà familier pour lui (paragraphe 14).
Le personnage qu'ils inventèrent pour Hervert Carlyle était celui d'un ancien patriote, qui vivait maintenant au Portugal. Pour parfaire sa nouvelle identité, M. Harrington se rendit chez Wade & Wilson, où il fit l'acquisition d'une garde-robe complète (paragraphe 46). Ces vêtements devaient lui permettre de s'habiller de façon appropriée à son nouveau rôle, tout en lui évitant d'avoir à emporter aucun de ses vieux habits (ce qui n'aurait pas manqué de mettre la puce à l'oreille de sa femme).
M. Harrington fit livrer les vêtements, emballés dans deux valises, à la consigne de la gare de Banbury : de cette manière, il n'avait pas besoin de trouver un endroit pour les cacher, chez lui ou au manoir, en attendant son départ (paragraphes 46, 64). Le 28 septembre, il se rendit à Banbury pour acheter un fusil pour le garde-chasse et il en profita pour retirer discrètement les valises et les mettre dans un casier à bagages. Cela, pour être sûr de pouvoir les reprendre quand il voudrait sans avoir à tenir compte des horaires d'ouverture de la consigne manuelle (paragraphes 16, 30, 42, 64, 76).
Pour parfaire leur plan, lady Holden se mit à glisser çà et là le nom de M. Carlyle dans la conversation (paragraphes 25, 68). L'intérêt était d'habituer ses connaissance à l'idée qu'il existait un homme de ce nom, que c'était un vieil ami du Portugal, et qu'il l'avait invitée à venir faire un séjour chez lui. Quand elle partirait rejoindre M. Harrington au Portugal, il lui suffirait de dire qu'elle accepté l'invitation de M. Carlyle, et personne ne se méfierait.
Mais le fait que les amants allaient devoir voyager séparément soulevait des problèmes financiers. Cela signifiait que M. Harrington devait disposer d'assez d'argent pour régler le señor Salazar (paragraphe 62). Les amants décidèrent de ne pas faire de virement depuis le compte de lady Holden, pour ne pas éveiller la curiosité des esprits soupçonneux car un virement est facile à retrouver. Ils convinrent donc que M. Harrington allait s'enfuir avec l'argent des loyers de Nethersage que les locataires payaient d'habitude en liquide (paragraphes 41, 42, 50). Cette somme couvrirait largement tous ses frais, dans la mesure où la traversée pour le Portugal était déjà payée.
Un autre avantage de ce plan, c'est qu'il offrait une possibilité de supercherie pour justifier la disparition de M. Harrington : en effet, se dirent-ils, si Harrington disparaissait pendant une de ses tournées de collecte des loyers, la police conclurait tout de suite qu'il avait été attaqué et assassiné pour l'argent qu'il transportait, étant donné sa réputation d'honnêteté et de sérieux. Elle se lancerait alors dans une vaine chasse à l'assassin, et il ne viendrait jamais à l'idée de personne que M. Harrington avait pris la clef des champs.
Comme la collecte des loyers se faisait en général fin septembre, début octobre, cela laissait peu de temps pour fixer le départ de M. Harrington. Il consulta les dates de traversée pour le Portugal et vit que la plus proche de la période concernée était celle du 7 octobre. Il vit une réservation sur cette traversée sous on nouveau nom, pour être sûr de pouvoir partir et d'avoir une cabine (paragraphes 8, 42).
Mais les amants étaient confrontés à un autre problème : comment Harrington allait-il se rendre de Compton à la gare de Banbury pour prendre le train de Londres sans se faire remarquer ? S'il voulait ramasser l'argent des loyers d'abord, pour attendre la tombée du jour avant de partir pour Banbury, il lui fallait impérativement se procurer un cheval, sans quoi il n'arriverait pas à attraper le dernier train de Londres. Mais s'il empruntait un des chevaux de lady Holden, on le remarquerait et la police risquerait de retrouver le cheval.
La foire aux chevaux d'Enderby du 5 octobre permit de résoudre ce dilemme et de fixer la date de la fugue de M. Harrington. La foire aux chevaux permettait en effet à lady Holden d'acheter un cheval pour Harrington sans attirer l'attention ; un cheval qu'il ne serait pas nécessaire d'amener aux écuries du manoir, de sorte que le palefrenier n'aurait pas connaissance de son existence. De surcroît, comme la foire attirait des visiteurs d'un peu partout, il y avait encore plus de chances pour qu'on pense que Harrington avait été tué par un vagabond. Enfin, autre avantage, M. Harrington pourrait vendre son cheval à Wooliscroft (paragraphe 26, 60), en arrivant à Banbury, ce qui constituerait un supplément d'argent pour le Portugal.
Le soir du 4 octobre, M. Harrington veilla tard pour mettre son travail à jour et ranger son bureau (paragraphes 1, 13), et les deux amants mirent au point les derniers détails de leur plan. Ils décidèrent que M. Harrington passerait la journée du lendemain à collecter les loyers puis que, sur le chemin du retour, il se cacherait dans le bosquet, à côté de la colline du Pendu. Ils choisirent le bosquet car il offrait une excellente cachette et qu'il était près du sentier qui va de Compton à Enderby puis rejoint la route de Banbury. En prenant cet itinéraire, M. Harrington n'aurait pas à traverser les villages des environs, où on risquait de le reconnaître. Lady Holden pouvait, elle aussi, prendre le sentier pour amener le cheval d'Enderby.
Le matin du 5, M. Harrington se mit en route pour sa tournée de collecte. Il avertit sa femme qu'il rentrerait tard, afin qu'elle ne s'inquiète pas et qu'elle ne donne pas l'alerte trop tôt. Il fit traîner ses visites pour passer le temps jusqu'à six heures (paragraphes 21, 41, 50), car il devait retrouver lady Holden au bosquet à six heures et quart. Bien qu'ayant quitté la villa des Burdock avec un peu de retard, il arriva au bosquet avant lady Holden, et s'assit sur une pierre dans la clairière pour l'attendre. C'est à ce moment-là que la clef et les pièces de monnaie glissèrent de sa poche et tombèrent par terre (paragraphes 42, 56).
Lady Holden se leva de bonne heure, le matin du 5. Quand elle apprit qu'on avait saigné un cochon dans la cuisine, elle se dit que le sang pourrait leur servir. Elle avait un mouchoir qui appartenait à M. Harrington ; elle descendit donc à la cuisine et le trempa dans le sang, puis elle le fourra dans la poche de sa tenue d'équitation. Malheureusement le mouchoir plein de sang fit une grosse tache (paragraphe 1). Plus tard dans la journée, lady Holden se rendit à cheval à Enderby pour acheter les chevaux. La transaction se déroula sans incident ; elle demanda qu'un cheval soit conduit au manoir et partit avec l'autre pour le faire seller. Puis elle quitta Enderby et gagna le bosquet.
Là, elle dit à M. Harrington de se rouler par terre pour écraser l'herbe et donner l'impression qu'il y avait eu bagarre, puis elle accrocha le mouchoir ensanglanté à une ronce pour attiser les spéculation sur un meurtre éventuel (paragraphes 11, 56). M. Harrington et lady Holden descendirent ensemble le sentier. En chemin, elle le persuada de se défaire de sa canne et de sa serviette et de les cacher, car ces objets pouvaient permettre de l'identifier (paragraphes 18, 32). Ils se séparèrent au tournant : elle prit la direction du manoir tandis que Harrington partait au galop vers Banbury pour y attraper le dernier direct pour Londres (paragraphes 47, 59).
En arrivant à la gare, il vendit son cheval à M. Wooliscroft (paragraphe 60), puis il alla chercher ses valises. Il s'aperçut alors avec horreur qu'il avait perdu la clef du casier ! Il ne pouvait pas s'adresser au service des Objets Trouvés pour emprunter le double de la clef car le bureau était fermé à cette heure-ci. Il ne lui restait donc plus qu'à laisser un mot en priant les employés de faire envoyer ses bagages à l'hôtel Excelsior (paragraphe 16). Ses instructions furent suivies et, le 7 octobre M. Harrington, ou plutôt M. Herbert Carlyle, comme il se faisait appeler désormais, prenait la mer pour le Portugal (paragraphe 8, 40).
2 - L'enquête du fin limier
Sherlock Holmes aurait tout de suite remarqué la faiblesse des preuves dont disposait la police, ainsi qu'un certain nombre d'éléments contradictoires dans le récit du client (en l'occurrence l'inspecteur Crabtree). Tout d'abord, cette conviction qu'il y avait eu meurtre, alors que les preuves pouvant étayer cette hypothèse étaient minimales : on n'avait pas retrouvé le corps de M. Harrington et la seule trace de violence était une tache de sang sur un mouchoir. Ce mouchoir constituait une énigme en soi : pourquoi un agresseur prendrait-il le temps d'endiguer le flot de sang qui s'échappe de la blessure d'un mourant ? Inversement, si c'était M. Harrington qui s'était servi du mouchoir, pourquoi son agresseur l'aurait-il laissé faire ?
La réaction de lady Holden à l'annonce du meurtre était étrange, surtout quand on sait que M. Harrington était depuis vingt ans son employé le plus proche et celui à qui elle confiait le plus de responsabilités. Même l'inspecteur Crabtree en avait été stupéfait et avait dû reconnaître qu'elle avait pris la nouvelle "assez stoïquement".
Un autre fait à ne pas négliger, c'était que M. Harrington avait quitté la villa des Burdock à six heures, et qu'il aurait dû être de retour chez lui à six heures et demie. Cela établissait donc l'heure du crime en début de soirée. Cette tranche horaire faisait de John Packham un suspect improbable car on connaissait son emploi du temps entre sept heures et huit heures moins le quart, ce qui signifie qu'il aurait eu très peu de temps pour se débarrasser du corps de M. Harrington et se nettoyer, voire pas de teps du tout. Sa confession elle aussi était suspecte, non seulement parce qu'on ne pouvait pas la vérifier, mais aussi à cause du commentaire de l'inspecteur Crabtree : "comme nous l'avions supposé". Ce commentaire donnait à penser que la police avait peut-être "encouragé" John Packham à avouer.
Avec ces éléments présents à l'esprit, Sherlock Holmes aurait eu comme priorités l'examen des preuves matérielles (paragraphe 14), un entretien avec l'agent qui avait trouvé les objets (paragraphe 56), et une visite aux dernières personnes à avoir vu M. Harrington vivant (Indice 50).
L'indice 14 donne une description de M. Harrington et vous apprend que le numéro "16) était gravé sur la clef ; on y découvre aussi un cheveu, collé au mouchoir. Il faut alors examiner aussitôt le cheveu pour en déterminer la couleur (paragraphe 22).
Une visite au bosquet en compagnie de l'agent Small permet de voir l'endroit où il a trouvé la clef et les pièces de monnaie, emplacement qui semble indiquer que ces objets ont glissé de la poche de quelqu'un qui était assis sur la pierre. L'endroit où l'on a trouvé le mouchoir est intéressant lui aussi, car il se trouve loin de la pierre, dans la partie du bosquet la plus proche du sentier : signe que quelqu'un a dû passer par là. Un coup d'oeil à la carte montre que le sentier passe derrière le manoir de Compton puis rejoint la route de Banbury, et qu'il offre ainsi le chemin le plus direct pour aller à Banbury depuis Compton.
L'absence de sang par terre, malgré le mouchoir, est de grande importance. Si aucune goutte de sang n'a coulé de la grave blessure que le mouchoir ensanglanté laisse supposer, alors l'hypothèse que le mouchoir est une fausse piste devient une forte probabilité. A moins, bien sûr, que l'agresseur ne soit parvenu à convaincre M. Harrington d'entrer dans une voiture ou une charrette avant de l'assassiner. Mais, dans ce cas, la présence du mouchoir dans le bosquet est inexplicable. Le brin de laine rouge sur la ronce mérite aussi qu'on s'y arrête, mais des investigations plus poussées révèlent qu'il provient du châle de Mme Welbeck (paragraphe 11). Ainsi donc, l'Indice 56, la visite au bosquet, montre que la "disparition" de M. Harrington n'est pas obligatoirement une affaire de merutre.
En rendant visite aux Burdock (paragraphe 50), on découvre que M. Harrington s'est montré pressé de partir au moment où il s'est rendu compte qu'il était près de six heures du soir, et où Mme Burdock lui a offert une tisane. Cette dernière était-elle empoisonnée ?
La visite suivante doit être pour lady Holden (paragraphe 35), afin de jauger son attitude, d'avoir accès au bureau de M. Harrington et de pouvoir rencontrer ses collègues. La première chose à noter, c'est que lady Holden a les cheveux auburn ; la deuxième, qu'elle a des liens avec la Péninsule. La troisième, enfin, est son étonnante absence d'intérêt pour l'argent des loyers, bien que la somme perdue soit importante. Son manque d'intérêt pour cet argent se révèle d'autant plus étrange que, en fin de conversation, elle donne la permission d'interroger les domestiques à contrecoeur et à condition qu'on ne leur prenne pas trop de temps, parce que "leur temps, c'est son argent".
Le prochain Indice important est le bureau de M. Harrington (paragraphe 42). Le fait qu'il soit à l'étage est inhabituel, et l'explication qu'en donne le maître d'hôtel suggère d'étroites relations de travail entre lady Holden et son intendant. C'est une raison de plus de s'interroger sur le calme avec lequel lady Holden prend la disparition de M. Harrington. Les pièces de monnaie qui tombent de la chaise font entrevoir une explication possible à la présence des pièces et de la clef dans la clairière, et on peut en conclure que c'est M. Harrington qui était assis sur la pierre. La liste des chèques est intéressante parce qu'on y apprend que, la veille de sa dispartion, M. Harrington a payé Harry Rusk pour la livraison, le 5 octobre, d'un cochon à saigner au manoir. Le sang sur le mouchoir pourrait-il provenir de ce cochon ? Il y a aussi les deux chèques manquants, le n°336 et le n°337, et le règlement adressé à Pavebury & Oadby, étonnamment élevé. Les paiements adressés aux avocats et au tailleur méritent eux aussi d'être examinés. Enfin, on découvre que les locataires de Nethersage payaient le plus souvent leur loyer en liquide, d'où l'hypothèse que celui qui a volé l'argent était au courant de cette habitude, et qu'il travaillait pour le domaine Holden.
Il est intéressant de noter que les Burdock ont des arriérés de loyer. Auraient-ils tué M. Harrington, ce qui expliquerait qu'ils n'étaient pas encore couchés quand Ernest Harrington a frappé à leur porte ? Le corps serait-il caché dans la grange ?
L'enquêteur n'aura pas manqué de relever que les banquiers de lady Holden se nomment Missel & Grenoy, et les connotations de ces deux noms avec l'église ne lui échappent pas ; la Déduction à choisir est donc celle qui se réfère à l'église (paragraphe 67). En le consultant, on apprend alors que les deux chèques manquants ont été remplis le 5 par lady Holden, et qu'ils étaient adressés l'un à un maréchal-ferrant, l'autre à un marchand de chevaux. En suivant la trace du chèque libellé à l'ordre de P. & O., l'enquêteur découvre qu'il s'est trompé et que les initiales ne désignent pas Pavebury & Oadby (paragraphe 57). Il s'agit maintenant de trouver une autre compagnie qui ait les mêmes initiales.
Cela vaut le coup d'aller voir les avocats de lady Holden (paragraphe 62) car, en général, les gens ne consultent leur avocat que lorsqu'ils ont des ennui ou qu'ils font des projets d'avenir. La disparition de Harrington est peut-être liée à quelque chose de cet ordre. Au cours de l'entretien, maître Fison révèle que lady Holden a fait l'acquisition d'une propriété avec domestiques au Portugal par l'intermédiaire d'un agent à Lisbonne, et que ni l'intermédiaire ni les domestiques n'ont encore été payés.
Une visite chez le tailleur (paragraphe 46) permet de découvrir pourquoi leur facture était si élevée, tout en révélant que M. Harrington a acheté une garde-robe masculine complète. Cette garde-robe est-elle pour lui ou pour quelqu'un d'autre, cela reste à établir. Il est intéressant aussi de remarquer que le tailleur ne parle pas de M. Harrington comme d'un client habituel, et que l'intendant n'a pas demandé de facture détaillée. Tout cela, plus la livraison des vêtements et des valises à la gare, laisse deviner que Harrington tramait quelque chose de louche.
Pour suivre la piste suggérée chez Wade & Wilson, une viste à la consigne de la gare de Banbury (paragraphe 64) s'impose. Un employé confirme que les valises ont été livrées et qu'un certain M. Carlyle est venu les retirer le 28 septembre. La description qu'il fait de M. Carlyle pourrait aussi s'appliquer à M. Harrington (paragraphe 14). Quant à la date, elle correspond à celle d'un autre chèque, celui qui a été libellé à l'ordre de William Brander (paragraphe 42). Une visite à William Brander (paragraphe 71) montre que Harrington se trouvait à Banbury le 28 septembre.
La question suivante est : qu'a fait M. Carlyle - ou M. Harrington - des valises, après les avoir retirées de la consigne, le 28 septembre ? A ce stade de l'enquête, il est judicieux de vérifier au guichet (paragraphe 53) si l'employé préposé à la vente des billets se souvient d'un voyageur correspondant à la description de M. Carlyle, et qui aurait pris le train le 28 septembre. Car, si c'est le cas, et si M. Carlyle a bien voyagé ce jour-là, il n'est peut-être rien d'autre qu'une fausse piste...
Au guichet, l'enquête apprend que M. Harrington s'est rendu à Londres le 20 septembre. La même date que celle où le mystérieux chèque a été fait à l'ordre de P. & O. Aucune information, en revanche, sur la destination de M. Carlyle le 28 septembre. En observateur avisé, l'enquêteur ne manquera pas de remarquer la rangée de clefs de casiers et, s'il a vraiment l'esprit vif, il comprendra que la bonne Déduction est "16", car c'est le numéro gravé sur la clef que la police a trouvée dans le bosquet. L'allusion à Hammet constitue une fausse piste.
Le paragraphe 16 révèle que la clef a été perdue par un monsieur du nom de H. Carlyle, qui a demandé qu'on livre ses valises, qui étaient dans le casier, à l'hôtel Excelsior de Londres. Il est maintenant clair que : soit M. Harrington et M. Carlyle ne font qu'un, soit M. Carlyle se trouvait dans le bosquet le soir du 5 octobre. Toutefois l'emplacement où l'agent Small a trouvé la clef suggère fortement que MM. Harrington et Carlyle ne sont qu'une seule et même personne. L'existence de la clef et le fait que les valises aient été retirées de la consigne manuelle s'expliquent maintenant clairement : la consigne ferme à six heures du soir (paragraphe 64). M. Harrington - ou M. Carlyle - n'aurait pas eu le temps de gagner Banbury de Compton avant six heures, le 5. Aussi, pour être sûr de pouvoir récupérer ses bagages, il les a retirés de la consigne et les a mis dans un casier.
A ce stade, Sherlock Holmes se rendrait à la Bibliothèque pour voir s'il peut y glaner des informations donnant de nouvelles perspectives à l'affaire. La lecture des journaux apprend que le mari de lady Holden est mort dans des circonstances plutôt suspectes, et qu'on a identifié son corps seulement grâce à ses objets personnels. Et si M. Hackett était toujours vivant ? Et si c'était lui, le mystérieux M. Carlyle ?
Parmi les légendes locales, il y en a une qui offre un parallèle intéressant avec l'affaire Compton, concernant un corps trouvé dans le bief du moulin de Warbury.
Mais la découverte la plus important que la Bibliothèque recèle se trouve sur le panneau des petites annonces : le nom de la compagnie de navigation Péninsule & Orient. La bonne Déduction est donc "20", date qui figure sur le chèque que M. Harrington a adressé à P. & O. En consultant l'Indice correspondant (paragraphe 80), l'enquêteur est amené à envoyer un télégramme à la compagnie pour demander des renseignements.
En attendant la réponse de P. & O., il convient d'étudier si lady Holden est impliquée dans l'affaire et, si oui, de quelle façon. Après tout, elle a les cheveux auburn, comme le cheveu trouvé sur le mouchoir et, jusqu'à présent, son attitude apparaît pour le moins étrange. Pour éclaircir cet aspect de l'affaire, il faut consulter les Indices 51 et 58. M. Hedben, de la maison Burbridge & Cie (paragraphe 51), révèle que lady Holden a acheté deux chevaux le jour de la foire à Enderby, mais qu'elle n'en a fait livrer qu'un seul au manoir. Chez Richard Grimwade & Fils (paragraphe 58), on apprend que, le même jour, elle a fait l'acquisition d'une selle d'homme et d'un harnachement pour le second cheval. Une visite au palefrenier du manoir (paragraphe 4) confirme le fait qu'un seul cheval a été livré au manoir, et que l'autre a tout bonnement disparu. Le fin limier notera également que le cheval préféré de lady Holden est un cheval blanc.
La question qui taraude l'enquêteur, dès lors, est : M. Carlyle est-il en vérité M. Harrington, ou bien M. Hackett ? L'énigme du sant sur le mouchoir mérite maintenant d'être étudiée, et pour cela une visite à la cuisinière, Mme Shipley, s'impose (paragraphe 1). Mme Shipley révèle que lady Holden s'est rendue à la cuisine le jour où on a saigné le cochon, qu'elle a aidé au boudin et qu'elle a même éclaboussé sa tenue de cheval de préparation au sang. Voilà qui pourrait bien expliquer l'origine du sang sur le mouchoir !
Tous ces éléments tendent à indiquer une complicité entre lady Holden et M. Harrington. Pour percer la nature de cette complicité, il faut recourir au témoignage d'un familier, le maître d'hôtel par exemple (paragraphe 25). Drabble laisse entendre que M. Harrington n'était pas heureux dans sa vie de famille, et il dit que lady Holden et son intendant étaient très proches depuis un certain temps. Mais, surtout, c'est là le plus important, il affirme avoir entendu lady Holden dire à son ami M. Waugh qu'elle envisageait de rendre visite à un ami au Portugal. En suivant cette piste (paragraphe 68), on découvre que l'ami du Portugal est un certain M. Curlyle. La différence d'orthographe entre Curlyle et Carlyle, deux noms à la prononciation très ressemblante, n'est guère surprenante, si l'on sait que M. Waugh a une mauvaise mémoire des noms. La preuve : il appelle Packham, "Packhorse".
La réponse de P. & O. (paragraphe 8) indique que Lisbonne est une des escales desservies par la compagnie. Elle permet aussi de découvrir qu'un M. H. Carlyle a été inscrit sur la liste des réservations de P. & O. le jour où M. Harrington a fait un chèque à cette compagnie. La réservation de M. Carlyle était pour la traversée du 7 octobre.
Pour savoir si Carlyle a bien embarqué le 7, le mieux est de se renseigner sur ses allées et venues depuis son arrivée à l'hôtel Excelsior (paragraphe 34). Ces informations n'arriveront que dans 2 cases de Temps, ce qui permet entre-temps de tester la réaction de lady Holden au nom de Carlyle (paragraphe 70). Et sa réaction est de mentir : elle affirme ne connaître personne de ce nom, et pourtant elle fournit d'elle-même le prénom "Herbert", qui n'était pas mentionné dans la question. Si elle ment, c'est parce que la question s'approche trop de la vérité, dont elle espère détourner l'enquête. La réponse de l'Excelsior arrive, confirmant que Carlyle a quitté l'hôtel le 7 octobre et que ses valises portaient des étiquettes pour Lisbonne.
Pour finir, il faut chercher des pièces à conviction dans le bureau de M. Harrington (paragraphe 42). Le principal indice est la comptine, qui suggère que quelqu'un devait se rendre à cheval à Banbury pour voir une jolie dame sur un cheval blanc. Lady Holden avait un cheval blanc, le mystérieux M. Carlyle est très certainement allé à cheval à Banbury, et c'est Harrington qui a écrit la comptine.
On peut maintenant raisonnablement affirmer que lady Holden et M. Harrington avaient décidé de s'enfuir ensemble, et que M. Harrington a changé d'identité et s'est embarqué pour le Portugal afin de préparer leur futur nid. Il a pris l'argent des loyers avec lui pour payer l'agent portugais et le personnel et couvrir ses besoins, en attendant que lady Holden parte "en vacances".
Affaire résolue en 25 Indices... par Sherlock Holmes !