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Le Site dont vous êtes le Héros

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Le triomphe de Pip

Le triomphe de Pip

le soleil se leva, clair et lumineux, derrière les harmonieuses collines d'Avalon. Ses premiers rayons effleurèrent le sol, s'insinuèrent dans les coins et les recoins les plus sombres, caressèrent les champs parcheminés, illuminèrent fermes et chaumières. éclairèrent la massive silhouette du Château de Camelot, au sommet de la Colline de Cadhury et, pour finir, glissèrent un long doigt par la fenêtre d'un énorme tonneau niché, tel le jouet de quelque géant, dans la vallée en contrebas.

Merlin ouvrit les yeux.

il dormait en caleçons longs (toutes ses chemises de nuit ayant pourri), sur le bat-flanc installé sous la fenêtre. Il se mit brusquement sur son séant, étant par nature un lève-tôt, et, mû par la force de l'habitude. se mit à psalmodier la vieille formule magique des Druides, qui faisait surgir à son intention une robe lavée de frais. Et la robe apparut !

Merlin, sidéré, la fixa d'un regard ahuri. Aucun de ses tours de magie n'avait fonctionné correctement quand par hasard ils avaient fonctionné) depuis que la Malédiction pesait sur Avalon ; et, s'il n'avait pas été homme d'habitude, il ne se serait même pas donné la peine de prononcer la formule magique pour réclamer une robe. Et voilà que la robe était apparue, d'une blancheur immaculée, avec ses symboles mystiques brillant dans la trame du tissu.

Prudent, Merlin ouvrit la fenêtre et secoua la robe à l'extérieur. En général, il suffisait de quelques ins­tants pour qu'elle fût attaquée par la pourriture. Mais, bien qu'il la secouât jusqu'à en avoir le bras fatigué, il n'y décela aucune trace de la moisissure devenue maintenant familière. Sourcils froncés, Merlin enfila la robe et sortit. L'air était frais et embaumé.

Levant les yeux vers l'imposante masse du Château de Camelot au sommet de la colline, il remarqua un phénomène étrange. Des plaques entières de moisis­sures et de champignons étaient en train de se dis­soudre, et glissaient des murs pour tomber dans les douves, laissant les murs et les créneaux comme les­sivés de frais. Pensif, Merlin regagna à pas lents son tonneau pour en ressortir quelques instants plus tard, un bâton à la main. Il leva les yeux de nouveau vers le Château puis, apparemment, se décida. Avec une hâte quelque peu insolite chez un homme de son âge, il se mit à escalader la colline, en s'aidant de son bâton.

Pendant ce temps, dans un sombre corridor du Châ­teau proprement dit, toute cette moisissure dont le Roi Arthur et ses Chevaliers étaient prisonniers s'était également dissoute, et ils se retrouvèrent libé­rés. Ils virent disparaître la masse visqueuse qui les retenait avec la plus vive stupeur, mais étant pragmatiques, tous jusqu'au dernier (et à la der­nière, puisque Guenièvre se trouvait là elle aussi), ils ne perdirent pas de temps à chercher une explication et se ruèrent en haut des marches, arme au poing, afin d'affronter les périls que cette nouvelle situation risquait de déclencher.

mais aucun péril ne les attendait. Certes, le Château était en triste état, et de nombreux squelettes et cadavres jonchaient le sol dans toutes les salles ; néanmoins, nul danger ne menaçait quiconque ; et partout dans l'édifice nombreux étaient les survivants pris au piège, comme le couple royal et leurs cavaliers, dans la moisissure magique qui avait protégé leur existence tout en la réduisant à une épreuve désolante.

Arthur prit sans retard la situation en main, comme à l'accoutumée, organisant des équipes d'ouvriers pour nettoyer le Château, d'experts pour évaluer l'étendue des dégâts, de gardes pour veiller sur les chemins de ronde, de cuisiniers pour préparer les repas et ainsi de suite, déclenchant ainsi une activité de ruche qui n'avait son équivalent que lors des préparatifs d'un mariage royal. Ayant ainsi paré au plus pressé, le Roi Arthur se retira dans la Chambre du Conseil, située dans la tour nord (celle où se trouvait la Table Ronde), et convoqua tous les Chevaliers pour discuter de la situation. Ils venaient de se réunir lorsqu'un messager arriva, annonçant que Merlin l'Enchanteur se trouvait à la porte du Château

Faites-le entrer dans l'instant ! ordonna le Roi. mais le messager semblait mal à l'aise.

il ne veut pas entrer. Il dit, excusez-moi. Sire, mais je ne fais que répéter ses propos, il dit que Vous

et les Chevaliers de la Table Ronde devriez sortir du chateau pour l'accompagner au Mont Tor.

-Ou ça ? demanda le Roi en fronçant les sourcils.

-au Tor, confirma le messager. Ce mont hanté près de...

-Oui. oui, coupa le Roi d'un ton brusque. Je connais le Mont Tor.

il fronça les sourcils. Pourquoi Merlin?... Il avait pourtant confiance en ce vieil Enchanteur, malgré ses habitudes bizarres, et il résolut après un bref ins­tant d'hésitation d'accéder pour cette occasion à sa requête. C'est ainsi que tous les Chevaliers de la Table Ronde, sous la conduite de leur Roi et de leur Reine (car Guenièvre avait insisté pour être de la partie, afin d'empêcher les hommes de faire des bêti­ses), enfourchèrent leurs chevaux et sortirent de Camelot. Ils s'avançaient à travers une campagne reverdie en direction du mystérieux Mont Tor qui dominait tout le paysage autour de Glastonbury depuis de si nombreuses années. Merlin, qui n'aimait pas les chevaux, marchait à côté du Roi, se livrant parfois à la lévitation pour rester à sa hauteur. Il refusa de répondre aux questions jus­qu'au moment où ils atteignirent la région maréca­geuse au pied du Mont.

-Nobles et courageux camarades, lança Sire Lan­celot, Noble Sire, permettez-moi de passer le pre­mier afin de risquer ma vie en combattant l'Hydre Vigile qui barre la route aux voyageurs dans cette région.

-Inutile, grommela Merlin (ajoutant sous cape : « Prétentiard ! »). L'Hydre a déjà été tuée ; nous n'aurons aucun problème.

-Tuée ? s'étonna le Roi Pellinore. Il faudrait toute une armée pour venir à bout de ce monstre !

Ou un aventurier d'une trempe exceptionnelle... murmura Merlin.

Ce fut alors que la lumière se fit. Pas dans l'esprit des Chevaliers, bien sûr, ni même dans celui du Roi, mais dans celui de la douce Guenièvre qui se mon­trait souvent plus perspicace que tous les Chevaliers de la Table Ronde réunis.

Vous voulez dire Pip, sage Merlin ? demanda- t-elle.

Précisément, acquiesça Merlin. Regardez autour de vous : la Malédiction n'a-t-elle pas été levée ? Et existe-t-il dans ce pays quelqu'un d'autre qui soit assez habile, courageux, robuste, rapide et intelligent pour accomplir ce tour de force ?

-Eh bien, je ne sais pas... commença Sire Lancelot.

mais Merlin l'interrompit net.

-Non, bien sûr, il n'en existe pas. Seul Pip pouvait réussir !

il tendit le doigt en un geste solennel. Seul le jeune brave que voici ! ils tournèrent leur regard dans la direction qu'il indiquait. Une minuscule silhouette, à peine visible, descendait le sentier en lacets, son épée étincelant sous le soleil.

-Ce n'est pas Pip, dit Sire Lancelot, en plissant les yeux

mais il parlait tout seul. Le Roi Arthur à leur tête, les autres Chevaliers galopaient vers le héros pour l'accueillir selon ses mérites.

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