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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Le triomphe de Pip

Le triomphe de Pip

Ils marchaient côte à côte dans la pénombre grandis­sante du crépuscule, penchés l'un vers l'autre, absor­bés par leur conversation. Ces deux personnages offraient un étrange contraste. Tous deux étaient de haute taille ; mais l'un musculeux, large d'épaules, avec des cheveux et une barbe brun roux, était de toute évidence un guerrier... et de toute évidence un Roi. L'autre, maigre au point d'en être émacié, vêtu de longues robes blanches et flottantes, sa longue barbe également blanche et flottante, portait perché au sommet du crâne un chapeau pointu brodé de croissants de lune, d'étoiles et de signes cabalistiques de toutes sortes.

  • Mais peut-on espérer une réussite ? demanda le Roi.
  • S'il est humainement possible de réussir, alors Pip réussira, répondit le Magicien.

Le Roi acquiesça d'un signe de tête, l'air sombre. Dès l'origine, il avait été opposé à cette aventure ; et étant un homme fondamentalement honnête, l'idée de tromper Pip lui avait déplu. Mais Merlin avait prétendu que c'était indispensable.

Le problème, avait déclaré Merlin lorsqu'ils avaient abordé la question pour la première fois, c'est que le Cœur d'Avalon est magique. Si on se met à sa recherche, on ne le retrouvera jamais. Il ne peut être découvert que par quelqu'un à la recherche de tout autre chose, et ne songeant surtout pas à trou­ver le Cœur. Après un léger reniflement, il avait ajouté : « Dans l'idéal, quelqu'un n'ayant même jamais entendu parler du Cœur d'Avalon. »

  • Comment se fait-il que ce Grott l'ait entre les mains ? avait alors demandé le Roi.

Et Merlin, se grattant la barbe, avait répondu, morose :

  • Il l'a volé, bien sûr. Mais ce n'était pas ce qu'il voulait voler à l'origine ; ç'aurait été tout à fait impossible. Ce qu'il visait, c'étaient les caleçons sacrés de Réréréner, une relique d'une grande valeur que détiendrait, croit-on, l'Archevêque de Canter- bury. Ce sont là des problèmes magiques d'une grande importance, Sire. Le sortilège qui a été lancé pour chiper les caleçons longs a été détourné par leur aura de sainteté et a atterri par erreur sur le Cœur d'Avalon. Une horrible histoire et une histoire horriblement dangereuse. Je doute que Grott sache ce qu'il possède, mais si jamais il l'apprenait, il se servirait sans aucun doute du Cœur pour vous dépo­ser et s'approprier le contrôle de tout le Royaume. Cette seule idée donne froid dans le dos. Ainsi avait- il été décidé d'essayer de récupérer le Cœur d'Avalon avant que Grott ne découvre la puissance magique de l'objet qu'il avait volé. Et si l'on se référait aux expériences passées, un seul guerrier dans le Royaume possédait assez de courage, d'intelligence et de chance aveugle pour remplir cette mission : Pip.

« Je lui dirai que Grott me doit de l'argent, avait déclaré Merlin au Roi bien avant que cette histoire ne débute. Il est assez naïf pour croire n'importe quoi. »

Mais maintenant que Pip avait disparu dans les entrailles cauchemardesques du Caveau de Grott, magiquement protégé, le bon Roi Arthur regrettait amèrement sa décision.

  • Nous aurions dû le mettre en garde, Merl'. Lui donner une vague idée de...
  • Je voudrais bien que vous ne m'appeliez pas ainsi, dit Merlin.
  • Personne ne nous entend.
  • Tout de même. De toute façon, comment aurions-nous pu le mettre en garde sans compro­mettre toute l'affaire ? N'oubliez pas : cela ne sert à rien de chercher le Cœur d'Avalon. On ne peut le trouver qu'en cherchant autre chose. En l'occurence, Pip est en quête d'aventure, de butin, de trésor, ce petit vaurien ; il y a donc une grande chance pour que le Cœur soit sauvé tout à fait par accident. Derrière eux se dressait l'imposante masse de Tinta- gel, la Forteresse en Cornouailles du Roi Arthur. Comme la fraîcheur du soir tombait, ils firent demi- tour d'un commun accord pour revenir vers le Donjon.
  • Cela fait longtemps maintenant... murmura le Roi Arthur.
  • C'est une aventure très difficile, répliqua Merlin.
  • Cependant...
  • Peut-être devrions-nous veiller dans la chapelle du Château, suggéra Merlin.
  • Pourquoi là ? demanda le Roi.
  • Parce qu'un passage secret venant du Caveau de Grott débouche directement sous l'autel.

Le Roi s'immobilisa, consterné.

  • Vous parlez sérieusement ?
  • Merlin répondit par un vague signe de tête. Mais il faut boucher l'issue ! Il faut...
  • Calmez-vous, cher monarque. Elle est fermée magiquement depuis des années : pour empêcher Grott de sortir, bien sûr. N'importe quel autre peut y passer sans difficulté.

Ainsi les deux vieux amis, marchant côte à côte dans la pénombre grandissante du crépuscule, pénétrè­rent dans la grande forteresse de Tintagel et, par les couloirs jonchés de paille, gagnèrent la Chapelle du Château où, dans l'odeur de l'encens et à la lumière vacillante des cierges, ils s'assirent pour attendre en silence. Et ils attendirent.

  • Serait-il possible, finit par demander le Roi, que Grott ait gagné la partie ?

Merlin eut un haussement d'épaules fataliste.

  • Tout est possible, grand Roi, mais je me permets de vous rappeler que Pip a un crochet du droit terri­ble quand il se fâche.

Ils retombèrent dans leur mutisme ; et attendirent.

  • Est-il possible, reprit le Roi, que Pip ait été tué ?
  • Tout est possible, répéta Merlin, et dans ce cas particulier, c'est même probable, mais n'oublions pas que la magie lui permet de recalculer ses POINTS DE VIE.

Minuit était passé qu'ils attendaient toujours.

Pendant ce temps-là, quelque part dans les entrailles de la terre, vous étiez en proie à quelques problèmes. Ayant emprunté le corridor indiqué comme : ISSUE SECRETE, vous aviez rapidement compris que la pancarte aurait été plus exaxte, si elle avait déclaré : LA VENGEANCE DE GROTT ; car il débouchait direc­tement dans un labyrinthe aussi entortillé et emberli­ficoté qu'un plat de spaghettis ; un labyrinthe où vous aviez tôt fait de vous égarer complètement. Et il n'était pas vide, en plus. Tandis que, tel un pigeon voyageur fatigué, vous obéissiez au peu d'instinct qui vous restait pour poursuivre votre chemin, vous perceviez une foule de bruits ténus mais inquiétants, indiquant clairement que des monstres vous guet­taient à chaque tournant (encore que, pour être juste, vous n'en ayez vu aucun), prêts à vous dévorer à la première occasion.

C'est dans cet état de grande nervosité — poussant courageusement devant vous une brouette de platine regorgeant d'objets précieux de toutes sortes, or, joyaux, et surtout, l'étrange coffret que vous aviez découvert — tenant fermement E.J. entre les dents, que vous êtes arrivé enfin à un étroit passage mon­tant en pente douce.

Vous vous y étiez engagé résolument, plein d'espoir puisque c'était le premier passage qui ne descendait pas ; mais il s'interrompit brusquement, bloqué par une massive dalle de pierre.

  • Jamais tu ne pourras passer par là, remarqua E.J.
  • Gloub, ploub, tof kof ! avez-vous répliqué, car il est difficile de parler distinctement, avec une épée entre les dents.

Ayant ainsi remis E.J. à sa place, vous avez décidé d'avoir recours à la technique mystique qu'affec­tionnent tous les aventuriers quand ils sont coincés par de massives dalles de pierre. Vous avez expédié dedans un violent coup de pied. La table de l'autel coulissa de côté en grinçant, mue par un mécanisme caché. Merlin, qui s'était assoupi, se réveilla en sursaut.

  • Pip ? appela-t-il. C'est toi, Pip ?

Et une voix excitée, sortant des profondeurs de ce tunnel nouvellement découvert, répondit :

J'ai vos cinquante Pièces d'Or, Merlin... et un drôle de bijou en forme de cœur dans un coffret !

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