Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Juillet 2014
Ils marchaient côte à côte dans la pénombre grandissante du crépuscule, penchés l'un vers l'autre, absorbés par leur conversation. Ces deux personnages offraient un étrange contraste. Tous deux étaient de haute taille ; mais l'un musculeux, large d'épaules, avec des cheveux et une barbe brun roux, était de toute évidence un guerrier... et de toute évidence un Roi. L'autre, maigre au point d'en être émacié, vêtu de longues robes blanches et flottantes, sa longue barbe également blanche et flottante, portait perché au sommet du crâne un chapeau pointu brodé de croissants de lune, d'étoiles et de signes cabalistiques de toutes sortes.
Le Roi acquiesça d'un signe de tête, l'air sombre. Dès l'origine, il avait été opposé à cette aventure ; et étant un homme fondamentalement honnête, l'idée de tromper Pip lui avait déplu. Mais Merlin avait prétendu que c'était indispensable.
Le problème, avait déclaré Merlin lorsqu'ils avaient abordé la question pour la première fois, c'est que le Cœur d'Avalon est magique. Si on se met à sa recherche, on ne le retrouvera jamais. Il ne peut être découvert que par quelqu'un à la recherche de tout autre chose, et ne songeant surtout pas à trouver le Cœur. Après un léger reniflement, il avait ajouté : « Dans l'idéal, quelqu'un n'ayant même jamais entendu parler du Cœur d'Avalon. »
Et Merlin, se grattant la barbe, avait répondu, morose :
« Je lui dirai que Grott me doit de l'argent, avait déclaré Merlin au Roi bien avant que cette histoire ne débute. Il est assez naïf pour croire n'importe quoi. »
Mais maintenant que Pip avait disparu dans les entrailles cauchemardesques du Caveau de Grott, magiquement protégé, le bon Roi Arthur regrettait amèrement sa décision.
Le Roi s'immobilisa, consterné.
Ainsi les deux vieux amis, marchant côte à côte dans la pénombre grandissante du crépuscule, pénétrèrent dans la grande forteresse de Tintagel et, par les couloirs jonchés de paille, gagnèrent la Chapelle du Château où, dans l'odeur de l'encens et à la lumière vacillante des cierges, ils s'assirent pour attendre en silence. Et ils attendirent.
Merlin eut un haussement d'épaules fataliste.
Ils retombèrent dans leur mutisme ; et attendirent.
Minuit était passé qu'ils attendaient toujours.
Pendant ce temps-là, quelque part dans les entrailles de la terre, vous étiez en proie à quelques problèmes. Ayant emprunté le corridor indiqué comme : ISSUE SECRETE, vous aviez rapidement compris que la pancarte aurait été plus exaxte, si elle avait déclaré : LA VENGEANCE DE GROTT ; car il débouchait directement dans un labyrinthe aussi entortillé et emberlificoté qu'un plat de spaghettis ; un labyrinthe où vous aviez tôt fait de vous égarer complètement. Et il n'était pas vide, en plus. Tandis que, tel un pigeon voyageur fatigué, vous obéissiez au peu d'instinct qui vous restait pour poursuivre votre chemin, vous perceviez une foule de bruits ténus mais inquiétants, indiquant clairement que des monstres vous guettaient à chaque tournant (encore que, pour être juste, vous n'en ayez vu aucun), prêts à vous dévorer à la première occasion.
C'est dans cet état de grande nervosité — poussant courageusement devant vous une brouette de platine regorgeant d'objets précieux de toutes sortes, or, joyaux, et surtout, l'étrange coffret que vous aviez découvert — tenant fermement E.J. entre les dents, que vous êtes arrivé enfin à un étroit passage montant en pente douce.
Vous vous y étiez engagé résolument, plein d'espoir puisque c'était le premier passage qui ne descendait pas ; mais il s'interrompit brusquement, bloqué par une massive dalle de pierre.
Ayant ainsi remis E.J. à sa place, vous avez décidé d'avoir recours à la technique mystique qu'affectionnent tous les aventuriers quand ils sont coincés par de massives dalles de pierre. Vous avez expédié dedans un violent coup de pied. La table de l'autel coulissa de côté en grinçant, mue par un mécanisme caché. Merlin, qui s'était assoupi, se réveilla en sursaut.
Et une voix excitée, sortant des profondeurs de ce tunnel nouvellement découvert, répondit :
J'ai vos cinquante Pièces d'Or, Merlin... et un drôle de bijou en forme de cœur dans un coffret !