Lecture des livres dont vous êtes le héros
11 Novembre 2014
Ella a mûri, depuis la dernière fois que vous l'avez vue. Son visage a perdu une partie de la juvénile fraîcheur de l'adolescence, mais ses yeux sombres sont toujours les mêmes. Elle exprime plus de choses par un simple regard que la plupart des femmes pendant des heures de conversation en tête à tête. Au bout de quelques phrases, vous voyez sa réserve prudente se transformer en abandon sincère, puis en intimité provocante lorsqu'elle fait une nouvelle conquête. Cette sensation d'intimité, qu'elle sait faire naître entre elle et un étranger, même au milieu d'une foule, est son arme la plus redoutable. Pour celui qui est l'objet de son attention, il n'y a plus de foule, il ne reste qu'elle dans le monde entier. La voilà maintenant interprétant le rôle de l'épouse désenchantée, cette jeune actrice que vous avez vue pour la première fois à Berlin. Elle porte une alliance, mais vous ne sauriez dire lequel de tous les hommes qui l'entourent est son mari : il est certainement aussi fasciné par elle que tous les autres, et vous haussez les épaules en songeant à ce qu'il doit éprouver dans les réceptions, chaque fois que les hommes s'agglutinent autour de sa femme. Vous vous joignez au groupe et vous attendez votre tour. Elle finit par se tourner vers vous, et vous recevez de plein fouet l'impact de son regard. C'est un feu qui couve, qui ne promet rien mais laisse tout espérer. Ce sont les yeux de la Lorelei, la sirène germanique qui entraîne les hommes à leur perte, brisés sur les écueils de leur passion.
- Je ne crois pas que nous nous soyons déjà rencontres, monsleur, dit-elle avec un léger accent allemand. Je suis madame Ludmilla Mueller.
- C'est exact, madame, vous ne me connaissez pas répondez-vous en résistant non sans effort à la puissance de sa séduction.
Maintenant que ses yeux sont braqués sur vous vous commencez à comprendre son pouvoir et, même sachant ce que vous savez, vous avez du mal à lui résister.
- Je m'appelle Richard Huntington. Je suis un ami de l'amiral Weathersley. Il m'a chargé de vous prier de l'excuser.
- L'amiral Weathersley ? demande-t-elle, un peu étonnée, comme si ce nom ne lui disait rien, mais bien qu'elle soit très forte, vous avez vu ses yeux se dilater imperceptiblement.
- Il y a longtemps que je souhaitais vous dire à quel point je vous ai admirée sur scène, à Berlin, il y a quelques années. Vous avez une voix magnifique, dites-vous avec un sourire en guettant ses réactions dans l'espoir d'y déceler une faille. J'ignorais que vous vous étiez mariée. Vous ne vous souvenez pas de l'amiral Weathersley ?
- Non, je suis désolée, monsieur, mais je vois tellement de monde, dans les réceptions comme celle-ci ... Il se peut que nous nous soyons rencontres un jour ou l'autre, mais son nom ne me rappelle rien.