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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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La demeure de Sakeshi est légèrement à l'écart du centre du village, un peu plus haut sur une butte. De grands cèdres entourent son habitation et seul un passage étroit entre deux énormes troncs laisse apparaitre la modeste cabane en bambous.
Vous avancez timidement vers celui qui est vénérable au même titre que Yoki. Ils ont combattu les Forces Obscures, sur leur propre territoire, il y a quatre-vingt deux ans. Une force immatérielle semble vous entourer et vous étudier au fur et à mesure de votre approche. Lorsque vous n'êtes qu'à quelques mètres de la maison, la porte s'ouvre seule et une voix éteinte lance :
— Entre Keijiro, je t'attendais…
Surpris, flatté, apeuré, vous ne savez pas comment prendre cette invitation mais vous pénétrez tout de même dans la cabane de cette mémoire vivante de l'Archipel.

Du poisson grillé. C'est l'odeur qui vous frappe en premier lieu. Un feu brille joyeusement dans une minuscule cheminée et quelque chose cuit au-dessus.
— Des grenouilles ! chuchote quelqu'un sur votre droite.
Vous cherchez à apercevoir Sakeshi mais l'obscurité de la pièce vous en empêche.
— Très bonnes. Goût sucré, riches en éléments essentiels aux muscles et aux organes. Les sucs de la peau servent à soigner les blessures. Tu en veux, sers-toi !
Vous approchez de l'âtre et vous regardez dorer trois énormes crapauds guère appétissants. Pour remercier votre hôte vous répondez :
— Merci Sakeshi, je viens de manger.
Tout à coup vous sentez un souffle chaud à l'odeur de jasmin sur votre nuque et la voix, provenant du fond de la cabane il y a quelques instants seulement, se fait à nouveau entendre tout près de vous, au creux de votre oreille.
— Keijiro est un menteur ! Tu n'as pas mangé, tu ne sens pas la nourriture mais la crasse et la pluie…
Vous faites volte-face pour vous retrouver nez à nez avec un homme bien plus grand que la moyenne : une fois et demie votre taille, sec comme un os, un barbe hirsute qui tombe sur son nombril, de grands sourcils blancs broussailleux et pas un seul cheveu sur la tête. L'obscurité de la pièce vous empêche de voir clairement son visage et ses yeux.
Quelque peu effrayé par cet homme, vous contenez votre émotion et saluez Sakeshi d'un geste de tête respectueux.
— Mon visage te choque petit samouraï ? Tu n'as pas encore vu mon dos…
— Sakeshi, je viens vous voir sur les conseils du respectable Yoki, de Tsuba.
— Je sais, il me l'a dit…
— Il vous l'a dit ? reprenez-vous étonné.
— Keijiro, bien des choses te sont encore inconnues dans ce monde… Viens je vais t'enseigner quelque chose.
Sakeshi se retourne et vous faite face au plus sinistre tableau qu'il vous est été donné de voir jus-qu'alors : le dos de Sakeshi n'est qu'une cicatrice. Des épaules aux reins, son dos est torturé, brûlé, boursouflé. De longues cicatrices semblables à des coups de fouet enflammés.
— Yoshimitsu. C'est son oeuvre que tu contemples… lance Sakeshi.

— Yoshimitsu ? L'homme que Yoki devait tuer il y a longtemps ?
— Que nous devions tuer. J'étais avec lui lors de cette mission. Il était moins préparé, moins endurci que moi. Je lui ai dit de fuir. Il l'a fait. J'ai continué jusqu'au campement de Yoshimitsu.
Des barbares obscurs, des paysans esclaves, des ninjas au regard de feu. Des femmes violées, réunies sous une statue de chouette. Et moi qui m’infiltrais malgré les décharges de Force Obscure qui m'étreignaient l'esprit.
Enfin, Yoshimitsu sur un lit de ronces dévorant des jeunes agneaux.
Vivants.
Mon katana fendit l'air et trancha la main droite de Yoshimitsu. Il hurla, tellement fort que tout le camp fut alerté en quelques instants. Dès lors je compris que ma vie s'arrêterait dans ce campe-ment. Mais je devais achever cet être vil et répugnant. Mon katana fendit l'air une deuxième fois ; plus précise, plus rapide, ma lame s'enfonça dans son épaule et trancha ses chairs et ses os jusqu'au ventre. Il tomba dans un flot de sang noir. Mais un général des armées de Kankoji ne meurt jamais seul. Il fit monter en lui un tel flux de force obscure que son corps explosa dans la tente. Du feu. Acide et brûlant. Voilà ce que j'ai ressenti lorsque Yoshimitsu me frappa une ultime fois, tandis que je fuyais hors de la tente. Profitant de la panique générale, je parvins à me frayer un passage et à rejoindre Yoki sur une colline voisine. Arrivé devant lui, je m'effondrai dans râle. Il passa une nuit complète à me soigner et à méditer pour ma guérison. Sachant qu'il ne pourrait jamais me ramener jusqu'à mon temple, il captura un kokutsu qu'il obligea à me servir de brancard. Nous parvînmes à regagner le temple du tigre, mon temple et Yoki rentra à Tsuba, avec le kokutsu. Yoki m'avait sauvé.

Vous restez un long moment sans prononcer un mot. Sakeshi se retourne enfin et s'assoit près d'une table basse sur laquelle est posé un bambou. Il vous invite à l'imiter.
— Keijiro, laisse donc ces souvenirs dans mon esprit, ils ne doivent pas entrer dans le tien !
Vois-tu ce bambou, je vais t'enseigner la technique du coup de corne. Sakeshi se lève, empoigne le bambou et le fait tourner autour de lui avec une agilité étonnante. Il bloque son arme soudaine-ment et frappe de deux gestes diagonaux opposés. Il frappe ensuite du pied, droit devant lui à hauteur de poitrine.
— J'ai frappé au foie et enchainé par une frappe sur l'épaule. Le deuxième coup doit être plus fort que le premier. Tu frappes au foie, l'ennemi se contracte sous l'effet de la douleur, tu frappes à nouveau, sur l'épaule gauche cette fois et le sang se retrouve «pris entre deux chocs» au milieu de la poitrine, c'est là que tu frappes au pied. Ton adversaire sera étourdi durant quelques instants… L'instant suffisant pour prendre l'avantage pour tout le combat…

Vous reproduisez le geste de Sakeshi plusieurs fois jusqu'à arriver à une vitesse raisonnable. Sakeshi confie :
— Tu t'entraîneras à Tsuba, ne te sers pas de la technique du coup de corne tant que tu ne la maîtrises pas. Elle présente une faiblesse. Lorsque tu la trouveras, c'est que tu possèderas les secrets de cette frappe (cette technique fait désormais partie de vos techniques spéciales, mais vous ne pourrez l'utiliser que durant votre prochaine mission, notez tout de même technique du coup de corne sur votre parchemin).
— Maintenant repose-toi et prépare ton esprit pour ce soir. Il vous conduit à l'extérieur de la ca-bane et vous demande de vous asseoir sur une pierre plate. Encerclé par les cèdres bleus, vous fermez les yeux et méditez profondément.
Quelques longues minutes plus tard, vous rouvrez les yeux et vous vous sentez ressourcé. Votre total de Ki et de Vie ont retrouvé leurs valeurs initiales.
Vous voulez remercier Sakeshi mais il n'est plus chez lui. Vous attendez que le soleil se cache au loin pour rejoindre la maison commune, plus bas dans le village.

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