Lecture des livres dont vous êtes le héros
4 Octobre 2015
Le clan Kishorudo achève le dernier des dix-sept tikkis.
Les trois samouraïs approchent de vous et levant tour à tour leurs masques, Mokuke s'adresse à vous :
— Mon cher Keiji, je crois que tu as la réponse que tu es venue chercher ici ! Le clan est reformé pour le bien-être et l'harmonie d'Ojikinawa.
Vous regardez les deux autres chefs de village et ajoutez :
— Merci. Votre engagement est un soulagement pour l'Archipel et l'oeuvre des Temples Gardiens. Je peux désormais repartir vers Tsuba, rendre compte à O sensei.
Les trois hommes se dirigent vers une maison assez haute et Tokawa y pénètre, il en ressort presque aussitôt en tenant à la main les rênes d'un cheval blanc, majestueux.
— Il s'appelle Shin. C'est un cheval rapide et endurant ; une fois à destination, il saura retrouver le chemin vers mon village. Va en paix samouraï de Tsuba et nous nous reverrons certainement un jour prochain, sur un front de guerre...
Vous saluez les trois samouraïs avec le plus grand des respects, vous montez en selle et vous quittez 'Mo aussitôt.
Vous chevauchez toute la nuit et ce n'est qu'au petit matin que vous atteignez la plage où vous aviez accosté il y a quatre jours. L'embarcation est là, bougeant au gré du ressac, dissimulée avec soin derrière une formation rocheuse. Du feuillage de palmier achève le camouflage.
Vous caressez Shin, qui souffle joyeusement et criez pour qu'il reparte vers 'To. Le cheval s'en va au galop en soulevant des mottes de terre humide.
Vous montez à bord, et commencez à ramer droit devant vous. Ni O sensei, ni Ikki le passeur ne vous ont dit comment retrouver l'île de Tsuba. Tout en ramant droit devant, vous apercevez un petit sifflet en os accroché au bois de la jonque. Vous le prenez et soufflez fort dans l'ouverture.
Rien ne se produit pas même un son. Déconcerté, vous continuez à ramer, vous demandant bien comment rejoindre Tsuba dans l'infini océan qui entoure l'Archipel. Quelques longues heures s'écoulent, la pluie a abandonné son chant et vous voyez se profiler la barre de brume au dessus des flots, signe du grand large et de la limite visible et connue des eaux de l'Archipel.
Un aileron fend l'onde sur votre droite. Un clapotement derrière vous. Inquiet, vous vous redressez dans l'embarcation pour comprendre de quoi il s'agit. Vous voyez quatre dauphins de Tsuba nager à vos côtés, des nijis.
Ceux-ci sautent joyeusement contre la jonque et semblent vouloir dire quelque chose. Vous cher-chez à comprendre leur appel lorsque vous tombez sur quatre gros crochets à l'avant de la jonque auxquels sont reliés quatre cordes. Au bout de ces cordes un harnais de cuir semble s'ajuster autour de la tête du niji. Vous faites voir les harnais aux nijis qui se collent à la jonque et se laissent apprêter docilement. Lorsque vous soulevez le dernier harnais une petite boîte en bois apparaît au fond de la barque.
Vous prenez le coffret tandis que les nijis commencent déjà à tirer la jonque avec force. La petite caisse est scellée par un ruban de soie cachetée à la cire. Sur le ruban sont peints les symboles suivants : Keijiro, Tsuba, Kitoshi.
Vous cherchez à ouvrir la caissette et vous vous rendez-compte qu'une petite ouverture se trouve sur l'arrière de la boîte. Votre clé ! La clé qui pend autour de votre cou depuis votre départ... Vous introduisez la clé dans la petite serrure et un déclic significatif se fait entendre. La caissette s'ouvre dévoilant un champignon Kitoshi et un parchemin roulé. Vous lisez le parchemin :
"Keijiro, si tu lis ce parchemin c'est que tu es victorieux, que tu as sanglés les nijis et que tu t'apprêtes à faire le voyage de retour vers Tsuba. Je t'y attends ainsi que tous les membres du Temple. Bon voyage mon bon Keiji. O sensei Murata".
Vous glissez le parchemin dans votre kimono et vous mangez Kitoshi. Installé confortablement au fond de la jonque, vous ne tardez pas à sombrer dans le sommeil, bercé par le bruit de l'eau déchirée par les ailerons des nijis.
Votre réveil se fait au son des bokkens frappant sur les mannequins d'osier. Par la petite fenêtre de votre chambre vous apercevez les disciples de Tsuba frapper de toute leur âme sur les pantins de cordes qui encaissent inlassablement les coups répétés.
Vous descendez rejoindre O sensei dans la cour.
— Félicitations Keijiro, je savais que tu serais victorieux.
— Merci O sensei, mais c'est grâce à votre entraînement durant ces années que je suis encore vivant...
— Qu'as tu ressenti lorsque tu as du tuer pour la première fois ?
— Une peur immense, un soulagement ensuite.
— Ton esprit est encore fragile, mais c'est normal. Tu iras faire un séjour dans les Marais Heihashi, cela te forgera...
— Les trois chefs ont donc accepté de reformer le clan ? Je n'étais vraiment pas sûr de leur réaction...
— Ils sont très efficaces au combat, O sensei, c'est assez fulgurant comme technique...
— Je sais Keijiro, je sais.
Vous souriez et demandez d'un air ironique :
— Ma prochaine mission débute quand ?
— Lorsque tu auras réussi à atteindre le niveau supérieur de ton entraînement. Et pour cela tu vas devoir endurer des choses difficiles. Très difficiles.
— Je suis prêt mon maître !
— Repose-toi pour le moment. Tu auras besoin de toute ta force physique et mentale dans quelque jours...
O sensei vous laisse au milieu de la cour et disparaît derrière un saule pleureur. Votre esprit se laisse aller à imaginer quelles épreuves vont encore se présenter à vous, mais pour l'instant le bruit des bokkens frappant l'osier vous donne envie de faire la même chose. Vous allez chercher un sabre de bois et côte à côte avec les nouveaux disciples — honorés — vous frappez sur une sentinelle de
paille. Peu importe le niveau, peu importe l'expérience... S'entraîner, toujours s'entraîner pour parfaire son geste...