Lecture des livres dont vous êtes le héros
2 Octobre 2015
L’issue n’est plus qu’à 200 mètres... 150... 100... lorsqu’une nouvelle créature surgit du sable, vous prenant au dépourvu. D’un coup de machette, vous lui sectionnez plusieurs pattes, puis vous enfoncez votre lame dans son immonde gueule, traversant de part en part sa tête répugnante. L’arthropode vous asperge de son sang vert nauséabond, mais vous n’y prêtez pas attention – vous êtes trop occupé à survivre.
Alors que vous approchez du but, un cri strident vous fait tourner la tête : Perez ! Vous songez un instant à intervenir, mais vous vous ravisez, car un flot rougeâtre inonde déjà la carapace de la bête qui l’a attaqué. Le malheureux se débat encore, mais son hurlement n’est plus qu’un gargouillis étouffé.
Puisant dans vos dernières réserves d’énergie, vous reprenez votre course désespérée. Enfin, vous atteignez la sortie, une faille irrégulière qui s’ouvre dans l’escarpement rocheux. Vous vous y engouffrez sans hésiter. De tout votre groupe, vous êtes apparemment le dernier survivant.
Le passage est à la fois sinueux, étroit et sombre ; fort heureusement, vous avez toujours avec vous votre torche électrique. Vous vous retournez régulièrement pour surveiller vos arrières, mais les scolopendres géants n’ont pas l’air disposé à vous suivre. Et si un danger pire encore vous guettait, caché quelque part dans les ténèbres ?
Au bout de quelques minutes, une lueur grise commence à se répandre autour de vous, s’intensifiant peu à peu, jusqu’à rendre superflu l’usage de votre lampe. Au détour d’un renfoncement, une ouverture inégale apparaît... Vous vous en approchez... Et vous vous figez aussitôt, épouvanté !
Devant vous, la titanesque statue d’une abomination tentaculaire se dresse sur un haut piédestal, lui-même placé au centre d’un puits dont les profondeurs se perdent dans l’obscurité. Prudemment, vous pénétrez dans la vaste chambre circulaire en pierre finement taillée. L’endroit est éclairé par des flambeaux métalliques qui diffusent une lumière pâle, étonnamment stable.
Vous remarquez alors que la gigantesque idole tend l’un de ses nombreux membres au travers de l’abîme, et que sur celui-ci est posé une sorte de reliquaire, l’amenant juste à votre portée.
Vous vous en approchez doucement, avec un maximum de vigilance, mais vous ne détectez aucun piège. L’excitation commence à vous gagner. Vous tendez vos mains vers le coffret... L’Artefact est à l’intérieur, vous en avez la certitude... Vous songez à la récompense, et à ce qu’elle signifie : la fin de votre vie d’errance à travers le monde.
Soudain, une voix familière vous interpelle, proche et lointaine à la fois : « Arrêtez Capitaine. Croyez-moi, vous feriez mieux de repartir. Pour le bien de tous, l’Artefact ne doit pas quitter cet
endroit. »
Les nerfs à fleur de peau, vous vous retournez, partagé entre l’espoir et la peur. Vous l’apercevez alors, à peine visible dans l’ombre du passage : Jade, vivante ! Et pourtant, oui, pourtant, quelque chose dans son apparence vous fait froid dans le dos.
Est-ce sa peau crayeuse, presque translucide ? Sa maigreur anormale ? Ou les cernes profonds qui marquent son visage, la faisant ressembler à un spectre ?... Vous reculez de plusieurs pas en direction du puits. Un spectre... C’est cela ! Vous avez affaire à un fantôme !
L’apparition s’avance vers vous, s’exposant à la lumière de la salle. Vous la distinguez mieux à présent ; la substance de son corps est aussi ténue que de la brume.
« Que... Jade, qu’est-ce que... » balbutiez-vous.
La jeune femme esquisse un sourire triste. « Ne vous inquiétez pas, je ne vous veux aucun mal. Si cela peut vous rassurer, je ne vous tiens pas pour responsable de ma... disparition. Je connais maintenant l’avenir qui m’était destiné, et je suis satisfaite de mon sort. Non, ce n’est pas pour vous accabler que je suis là. C’est pour vous avertir. Ne touchez pas à l’Artefact. »