Lecture des livres dont vous êtes le héros
5 Octobre 2015
14-15 octobre 1889
Les affaires reprennent !
De retour au 221B Baker Street après une première à l'opéra, nous avons trouvé une tasse de thé vide, un Times froissé et une canne oubliée par un visiteur tardif introduit par Mme Hudson (décidément une logeuse très patiente). Le lendemain matin, seconde visite du client pour troquer sa canne contre une carte de visite : Basil Mortimer, chirurgien. Quant au motif de sa visite, c'est cette fois devant une tasse de moka qu'il nous l'a exposé.
Depuis plusieurs mois, les villageois de Grimpen, dans le Comté de Devon, sont tirés du lit par des hurlements à la lune. Des traces de pattes inaccoutumées sont retrouvées chaque matin sur la propriété du hobereau local : Henry Baskerville, entré de fraîche date dans son héritage.
Une bière ou deux suffisent à faire bavarder les vieux du village, qui évoquent la légende du chien monstrueux qui hante la famille Baskerville. Une faute commise par un ancêtre noceur, des messes noires – l'histoire classique. Le chien apparait une fois tous les cent ans, noir de poil, d'une taille variable selon le nombre de chopes ingérées par l'interlocuteur, et ne disparaît qu'après avoir semé quelques cadavres derrière lui.
Le vieux Charles Baskerville est justement mort cet été dans des circonstances curieuses : mort exsangue sans blessure apparente. Le Dr Mortimer, ami du défunt, craint pour la vie du successeur de Charles.
Rumeurs, malédiction, cris dans la nuit : à tous les coups une affaire lucrative ! Holmes a négocié une prime d'obsèques. Curieux : il a laissé traîner son regard dans ma direction à ce moment-là.
16 octobre
Un train poussif nous a déposés à Grimpen en début de soirée. Un village recroquevillé autour d'une église au toit de plomb qui a connu des jours meilleurs. Des jardins étiques, des maisonnettes basses en pierres sèches. Une voiture attelée nous attendait.
Du haut de la calèche, le manoir est apparu cerné par une lande pelée, semée de roches aux formes torturées. Une grille de fer affaissée entre des piliers lézardés donne sur le manoir, flanqué de deux tours menaçant ruines. Dès l'entrée, quatre ou cinq tableaux cauchemardesques, noircis par le suif des bougies : la galerie des ancêtres. Décor parfait pour un (mauvais) récit d'épouvante.
Mécontent de l'initiative du Dr Mortimer, le jeune Henry Baskerville nous a fraîchement accueillis. On nous a attribué deux chambres sans chauffage.
Vers deux heures du matin, un hurlement déchirant m'aurait réveillé si je n'étais trop occupé à grelotter pour dormir. Au matin, le solide panneau de chêne de la porte principale était sillonné de profondes traces de griffes.
17 octobre
L'enquête commence ! Après le déjeuner (thé tiède et scones brûlés : l'hospitalité locale...), visite au pub du village puis au cabinet du Dr Mortimer pour poser quelques questions. Voici la liste des personnes éventuellement impliquées dans cette affaire de revenant.
Henry Baskerville, héritier du titre. Haute taille, cheveux sombres tirés en arrière, la trentaine. Texan, n'est (dit-il) jamais venu en Angleterre avant d'hériter de son oncle Charles. Accent américain, farouche partisan de la peine de mort si l'accusé est mexicain. Sa paire de Colts est sa principale compagnie.
Barrymore, majordome. Revêche, barbe sombre en broussaille. Probablement communiste. Sa femme Drew, la cuisinière, doit son surnom de « Veuve Flageolet » à sa manière unique de rater le gigot d'agneau aux haricots (sans parler de ses scones). Le couple loge dans les dépendances, en-dehors du Manoir.
Perkins, le cocher qui nous a cherchés à la gare. Petit, brun de peau, ricaneur. Henry nous a assuré que Perkins n'était pas mexicain (« tous des voleurs de pommes et de chevaux »). Loge près des écuries.
Le Dr Basil Mortimer vit au village de Grimpen. Ami fidèle de feu Charles Baskerville. Distrait, joyeux luron. Archéologue amateur, aime jouer des tours aux dames en laissant traîner des crânes pittoresques devant leurs fenêtres.
Frankland et Stapleton, des voisins. J.H. Frankland est un vieux fou inoffensif à barbe de prophète, toqué d'astrologie. Stapleton – dont le nom et une épouse d'une laideur légendaire inspirent bien des calembours au village – est un petit rentier, naturaliste amateur. Spécialisé dans les poisons rares d'origine végétale. Sa femme Béryl l'a quitté il y a huit jours, du moins c'est ce qu'il dit. On ne l'a pas revue depuis.