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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Voyage au Jardin des Dieux

Vous vous éveillez d'une longue période d'inconscience dont vous êtes bien incapable de vous rappeler la cause. Un oiseau lance quelques trilles guillerets lorsque vous ouvrez les yeux et vous constatez que vous êtes allongé sur un divan de velours vert installé à l'air libre, au sommet de ce qui semble être la tourelle d'un château. Au-dessus de vous s'étale un ciel bleu d'azur où ne brille cependant aucun soleil. Vous vous levez aussitôt et vous apercevez l'oiseau chanteur : il a des plumes étincelantes aux couleurs vieil or et vous contemple avec intérêt, perché sur l'un des créneaux de la tourelle. En vous penchant par-dessus le petit muret, vous découvrez un immense château blanc suspendu dans les nuages. C'est au sommet de la plus haute tour de ce château que vous vous trouvez à présent. Par quel miracle? Vous n'en savez encore rien.

Vous êtes vêtu d'étranges habits, tels que vous n'en avez jamais vu dans votre pays : il s'agit d'un pantalon de cuir vert foncé et d'une tunique à grosses fronces en cuir également. Vous portez aux pieds des bottes souples et confortables en daim mordoré, qui vous montent jusqu'à mi-mollet, et une lourde épée est attachée à votre ceinture. Lorsque vous la sortez de son fourreau, vous vous apercevez avec stupeur que vous êtes capable de la manier avec une exceptionnelle dextérité : vous avez toujours été un habile escrimeur, mais cette fois, la rapidité et la puissance de vos mouvements vous étonnent vous-même. Tandis que l'oiseau continue de chanter, vous essayez de rassembler vos souvenirs : que s'est-il donc passé ? Que faites-vous là ? De toute évidence, vous n'êtes plus sur la Terre. Hélas ! votre mémoire ne vous renvoie que des images floues et lointaines. Par quelque extraordinaire prodige, on vous a arraché à votre monde et on vous a fait subir un entraînement intensif au maniement de l'épée. Rien de tout cela cependant n'a laissé la moindre trace dans votre esprit ; tout ce que vous savez, c'est que cette épée semble avoir été faite pour vous tant elle s'adapte admirablement à votre main. A nouveau vous la faites tournoyer d'un geste ample, puis vous simulez une passe d'arme en sixte, en quarte, seconde et feinte avec des gestes si prompts que l'œil ne parvient pas à suivre les mouvements de la lame.

L'oiseau chanteur reste imperturbable devant cette démonstration de vos talents, mais, dès que vous en avez terminé, il penche la tête et s'adresse à vous d'une voix flûtée et allègre. « Bienvenue à toi, Champion du Destin, dit-il, et ne t'effraie pas, tu n'es pas encore en danger. » « Où suis-je ? » demandez-vous. Tout cela est si étrange que vous avez l'impression de vivre un rêve. « Je crains bien que tu ne sois très loin de chez toi, oh ! oui, très loin, répond l'oiseau, car c'est là le monde d'Orbus et te voici dans le Jardin des Dieux. » « Qu'est-ce donc que le monde d'Orbus ? » interrogez-vous. « Tu le trouveras sans doute étrange et plein de merveilles ; il est bien différent de la Terre, en effet ! Ici, les hommes côtoient des créatures douées de parole, comme moi, mais aussi des monstres féroces, des géants, des dragons, des démons. C'est également un monde de sorciers et de mages et, dans les villes, nombreux sont les grands manipulateurs de magie. Mais n'aie crainte, si tu as été choisi pour être notre champion, c'est que tu as plus de chance que tout autre sur la Terre de mener à bien ta mission. Et maintenant, je dois accomplir ma tâche : viens avec moi, mes maîtres t'attendent dans une salle de la tour, suis-moi s'il te plaît. »

L'oiseau d'or s'envole alors et vous mène à un petit escalier en spirale dont vous descendez les marches sans comprendre ce qui vous arrive. Vous pénétrez ensuite dans une grande pièce circulaire où deux êtres vous accueillent. « Bienvenue », dit une silhouette féminine d'une grande pâleur, enveloppée dans une robe tourbillonnante aux teintes vives. La tête de cette femme est parfaitement lisse, sans le moindre cheveu. Sa robe présente des reflets chatoyants dont les couleurs changent à chaque pas tandis qu'elle s'avance vers vous ; votre regard ne peut se détacher de ce miroitement incessant et lorsqu'enfin vous levez les yeux sur elle, vous voyez sur son visage un reflet de vous-même : vous î les en train de livrer un combat à mort dans un temple immense. L'image alors se transforme : cette fois, vous vous éloignez d'une ville entourée de remparts ; vous vous hâtez le long d'une lande désolée puis vous vous retrouvez au cœur d'une jungle peuplée de démons à la peau bleue. Un frisson vous parcourt le corps lorsque vous comprenez qu'il s'agit là d'images de votre avenir. Quand enfin ces visions s'estompent, vous vous apercevez que ce visage lisse et pâle en face de vous est dépourvu d'yeux.

Vous vous tournez alors vers l'autre être dont l'apparence change sans cesse tandis que vous le regardez. Il est d'abord un tout jeune enfant, mais doué, à l'évidence, d'un grand savoir, puis un vieil homme aux cheveux blancs, tout pétri de sagesse. La métamorphose de la jeunesse au grand âge s'opère en quelques instants et pourtant elle semble imperceptible : sa transformation est si subtile en effet qu'on voit à peine ses traits changer. La voix de l'être est douce et sans âge. « Vous vous demandez sans nul doute pourquoi nous vous avons fait venir sur le monde d'Orbus : eh bien ! sachez que votre présence doit empêcher que ne survienne un bouleversement fatal dans l'équilibre de la nature. L'un des plateaux de la balance cosmique penche trop vers le bas et vous aurez à jouer un rôle dans sa remise d'aplomb. Dans le Jardin des Dieux, nous ne pouvons rien faire pour rétablir l'harmonie. Ce n'est pas à nous d'agir, nous n'avons pas le pouvoir de combattre celui qui veut plonger Orbus dans le chaos. Aussi utilisons-nous les hommes en guise d'instruments de notre volonté. J'ignore cependant si vous réussirez votre mission.

Le sol de la pièce dans laquelle vous vous tenez représente la carte la plus réaliste et la plus détaillée qu'on puisse imaginer. Vous pouvez même y voir de minuscules silhouettes qui labourent des champs ou parcourent les routes de tout un monde où l'on distingue des châteaux forts, des chevaliers sur leurs montures, des hommes d'armes brandissant des étendards qui flottent au vent, où l'on aperçoit également d'étranges cités hérissées de hautes tours, villes toutes de splendeurs qui cachent aussi parfois des repaires de brigands et d'assassins. Interrompant votre contemplation, l'immortelle sans yeux s'approche à nouveau et vous caresse la joue. Sa robe a pris à présent la couleur de la mer. « Nous allons vous envoyer dans le monde d'Orbus, dit-elle, mais sachez que si vous tombez dans les griffes de la Mort, nous ne pourrons rien faire pour vous aider. Soyez digne de votre mission ! » ajoute-t-elle avec solennité. « Quelle mission ? » demandez-vous. Mais au même instant, à votre grande horreur, vous vous sentez inexorablement happé au fond d'une crevasse noire qui se dessine sur la carte. Vous êtes alors saisi de fureur à l'idée qu'on puisse ainsi disposer de votre destinée et vous décidez de découvrir à tout prix le moyen de rejoindre la Terre et de rentrer chez vous. Mais pour le moment, tandis que le monde d'Orbus vous engloutit, l'épouvante vous submerge et vous perdez conscience une nouvelle fois.

Et maintenant, commencez l’aventure !

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