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Le Site dont vous êtes le Héros

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Le Sceptre du Commandement

Le Sceptre du Commandement

Il n'est pas courant pour un guerrier - fût-il aussi brillant que vous - d'être invité à une réunion de sorciers. Et pourtant c'est le cas : vous avez été convoqué sans un mot d'explication, et, à votre arrivée, vous les voyez tous réunis autour du lit de mort d'un vénérable Grand Mage à l'agonie. L'heure est grave, à n'en pas douter !

- C'était un Tueur Astral... murmure le vieillard d'une voix faible. Il était trop tard pour jeter le sort qui aurait pu l'arrêter. Tout est allé si vite...

Le mourant est soudain pris d'une quinte de toux et parvient péniblement à cracher un peu de sang dans le bol que lui tend l'un des guérisseurs rassemblés à son chevet.

- Nous avons échoué... reprend-il, mais sa voix s'étouffe dans un nouvel accès de toux.

Un jeune sorcier pose la main sur le front brûlant du vieillard au visage sillonné de rides et lui murmure quelques mots de consolation :

- C'était impossible à prévoir, dit-il. Il y a des lustres qu'on n'avait vu semblable vilenie.

- Le Sceptre a été volé ! Ah, si seulement nous avions eu le pouvoir de détruire cet objet infernal ! A présent, il est entre les mains d'un être maléfique, doué d'une puissance peu commune...

L'un des guérisseurs, vêtu d'une longue toge grise, prend la main du vieillard et le conjure de se reposer. Mais l'effort que le Grand Mage a dû fournir pour parler semble avoir épuisé ses dernières forces, car bientôt sa tête retombe sur l'oreiller et ses yeux se ferment lentement tandis qu'il marmonne encore quelques paroles inaudibles. Vous quittez alors la pièce en compagnie du jeune sorcier. Pendant un long moment, vous restez tous deux sans parler, puis il se tourne lentement vers vous, le visage grave :

- Cet homme était le plus savant de notre confrérie, vous confie-t-il. Moi, Ambéron, je lui dois beaucoup. Il fut mon plus grand maître. Telle une chandelle dans la tempête, son pouvoir résistait sans faiblir aux forces maléfiques qui travaillent à notre perte. Il faut retrouver ce Sceptre. C'est le Sceptre du Commandement, l'un des grands Sceptres traditionnels de la Puissance. En de mauvaises mains, il peut servir à unir les forces du mal et du chaos qui sont généralement divisées et se combattent les unes les autres. Quiconque a le pouvoir d'envoyer un Tueur Astral a également celui d'utiliser le Sceptre à cette fin. Le désastre qu'un tel mage pourrait provoquer dépasse l'imagination. Le ton et le regard d'Ambéron, le jeune sorcier, la précipitation avec laquelle on vous a fait venir au sein de cette assemblée ne peuvent laisser aucun doute : votre interlocuteur n'a pas exagéré, la situation est bel et bien tragique.

- Mais puisque tout cela est du domaine de la magie, pourquoi avoir fait appel à moi ? Je ne suis qu'un simple guerrier... faites-vous observer.

- Un « simple » guerrier? s'indigne Ambéron. N'y a-t-il pas des géants qui parlent de vous avec terreur ?

- Oui... c'est possible, reconnaissez-vous, surpris par le ton de votre interlocuteur.

- Et ce Grand Lombryk cracheur de feu que vous avez terrassé il y a quelques années, ce n'était rien, peut-être? poursuit-il avec emportement.

Vous lui faites remarquer que ce succès était dû pour beaucoup à la chance, mais Ambéron ne veut rien savoir : que vous le vouliez ou non, vous êtes un grand guerrier, un point c'est tout !

- Il nous est impossible d'envoyer un sorcier reprendre le Sceptre, poursuit-il. L'homme qui s'en est emparé sentirait la présence d'un magicien bien avant qu'il ait pu s'approcher du but. Seul un guerrier peut mener à bien cette mission.

Vous n'avez rien à répliquer à cela ; en revanche, une question vous brûle les lèvres : puisque Ambéron semble décidément savoir beaucoup de choses, peut-être connaît-il aussi le nom de celui qui a volé le Sceptre ?

- Je le connais, en effet, répond le jeune sorcier. Et je sais également où est le Sceptre.

- C'est une bonne chose ! répliquez-vous.

- Une bonne chose ? Vous croyez ? Vous changerez sans doute d'avis lorsque je vous aurai dit qu'il se trouve à Koulgrah, la Terre du Chaos, le Continent Noir, repaire des pires serviteurs du mal, berceau de la sorcellerie la plus infâme, refuge des monstruosités les plus délétères du monde infernal. Voilà qui n'est pas fait pour vous rassurer !

- Pour être plus précis, c'est à Klakduhr que le Sceptre est conservé, poursuit Ambéron, une ville en ruine, grouillante de monstres et de Morts-Vivants.

- Tout cela est charmant, dites-vous d'un ton quelque peu ironique, mais je crois que j'en ai entendu assez.

Ambéron n'est pas du tout décidé à vous laisser repartir, et il vous attrape par le bras avant même que vous ayez eu le temps de faire un pas en direction de la porte.

- Deux de nos éclaireurs ont failli mourir pour recueillir tous ces renseignements. Il ne sera pas dit qu'ils auront pris de tels risques pour rien. Et d'ailleurs, tant que le Sceptre restera à Koulgrah, ni vous ni aucun autre habitant de Titan ne serez en sécurité.

Le regard d'Ambéron exprime la plus totale sincérité. Tout ce qu'il dit est pure vérité et vous ne pouvez demeurer indifférent aux menaces qui pèsent désormais sur vos compatriotes - et sur vous-même.

- Votre voyage a déjà été organisé, reprend le jeune sorcier. Vous vous rendrez là-bas à bord du Diablo, une minable galère commandée par le capitaine Gâtchik. C'est un menteur, un assassin et une brute sadique, mais seuls des personnages de cet acabit consentent encore à faire voile vers Koulgrah. Bien entendu, il n'est pas question de voyager en tant que passager. Vous éveilleriez aussitôt les soupçons. Nous avons trouvé un meilleur moyen : ce soir, vous vous ferez assommer sur les quais par des hommes de Gâtchik en quête de main-d'œuvre, et vous serez embarqué comme galérien pour la prochaine traversée qui aura lieu cette nuit même, avec la marée.

Vous n'en croyez pas vos oreilles.

- Je refuse catégoriquement ! vous exclamez-vous avec indignation.

- Ça m'étonnerait ! réplique sèchement Ambéron. Prenez cela comme un hommage rendu à votre compétence et à votre notoriété : vous êtes le seul à avoir une chance de réussir cette mission, compte

tenu des circonstances. J'ai été clair, me semble-t-il : il faut à tout prix reprendre ce Sceptre. Ambéron accentue sa pression sur votre bras avec une force qui vous surprend de la part d'un jeune homme d'apparence aussi fragile.

- Si vous refusez, poursuit-il, nous devrons confier cette tâche à un homme moins expérimenté. Selon toute probabilité, il échouera, et, dans peu de temps, le personnage qui est aujourd'hui en possession du Sceptre aura pris le pouvoir dans notre pays. Ce jour-là, vous serez mort, comme nous tous.

La logique implacable d'Ambéron et son pouvoir de persuasion finissent par vous convaincre. La mine sombre, vous ne pouvez faire autrement que d'accepter la mission, en sachant pertinemment qu'elle sera la plus difficile d'une existence pourtant bien remplie en matière d'exploits !

- Quand vous serez parvenu à Ashkyos, il faudra vous enfuir du bateau, reprend le jeune homme. Vous n'aurez sans doute pas trop de mal à y parvenir. A ce moment-là, l'équipage sera complètement ivre. Vous devrez ensuite vous procurer une cuirasse, une arme et des vivres. Pour vous rendre à Klakduhr, vous pourrez prendre le bateau qui remonte la rivière de Cendre, mais il vous faudra payer votre passage. Si vous n'avez pas l'or nécessaire à cela, vous devrez chercher un autre moyen d'aller sur place. A propos d'or, il vous appartiendra d'en trouver par vous-même, mais voici qui va vous aider, au début tout au moins.

L'un des autres sorciers vous tend alors une vieille paire de bottes éculées. Vous aider? Ça? Tandis que vous levez sur Ambéron un regard interrogateur, celui-ci prend les bottes et, d'un geste, en dévisse les talons. A l'intérieur de chacun des talons, une petite cavité recèle une Pièce d'Or. Le jeune sorcier vous montre comment visser et dévisser les talons des deux bottes afin d'avoir accès à la précieuse cachette.

- Voici qui vous permettra d'acheter de quoi manger pendant quelques jours, dit-il. Je voudrais à présent vous donner quelques précisions au sujet de l'homme - si vraiment il s'agit d'un homme ! - qui a dérobé le Sceptre du Commandement. Les recherches que nous avons entreprises ont confirmé nos craintes : il s'agit d'un sorcier. Son nom est Shanfeu-Hankohr. Or, curieusement, il a existé, il y a de cela bien longtemps, un sorcier maléfique aux pouvoirs considérables, qui portait le même nom et avait fait alliance avec les Elfes Noirs. Il fut capturé, ainsi que ses complices, et exécuté par une horde de sauvages qui, après l'avoir taillé en pièces, s'amusèrent à regarder les vautours se repaître de ses restes. Tout cela s'est produit il y a environ trois cents ans... Pourtant, le résultat de nos investigations magiques ne laisse plus le moindre doute : il s'agit bel et bien du même homme qui a pris possession du Sceptre du Commandement. Mesurez-vous à présent l'extrême gravité du danger qui nous menace ? Il faut que vous réussissiez à rapporter le Sceptre. De votre victoire dépend notre salut. Vous essayez encore de formuler quelques timides protestations, mais en vain : vous êtes forcé d'accepter leur plan. En espérant que le maigre pécule caché dans les talons de vos bottes suffira à assurer votre survie une fois que vous serez arrivé à Koulgrah - si toutefois vous parvenez jusque-là -, vous quittez les sorciers et vous vous enfoncez dans la nuit noire, en direction des docks. Là, vous faites semblant d'être ivre et vous attendez le coup de gourdin qu'on va vous donner sur la tête avant qu'on vous embarque comme esclave à bord du Diablo...

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