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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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L’enfance d'un héros

Vous vivez dans un univers d'eau et de boue. Depuis votre plus tendre enfance, vous n'avez connu que les maisons de terre séchée de votre village, les vastes rizières détrempées et, çà et là, quelques plats pâturages. Vous n'avez pas encore quatorze ans mais vous êtes rompu aux travaux des champs depuis déjà longtemps. Heureusement pour vous, la nature vous a doté d'une constitution vigoureuse et résistante : après une longue journée à repiquer de jeunes pousses dans la boue des rizières, vous trouvez encore l'énergie de jouer et de vous entraîner. Vous vous imaginez que vous êtes un guerrier formidable, comme ces cavaliers que vous voyez parfois traverser la plaine au galop, vous avez taillé une épée bien pointue avec un bâton de bois dur, et vous la faites tournoyer en grands cercles au-dessus de votre tête. Au début, les autres enfants du village se moquaient mais, depuis que vous avez pourfendu un Ver de Boue Géant, ils sont pleins d'admiration pour vous. Les événements du monde extérieur ne vous touchent guère. Même lorsque des rumeurs de guerre civile dans la région vous parviennent, votre seul souci est que les soldats ne dévastent pas les récoltes» Car le riz est un luxe ; une bonne récolte rapporte beaucoup d'argent... englouti en majorité par les impôts du tribunal. Non, vraiment, les affaires du royaume ne vous intéressent pas. Un roi en vaut bien un autre ; Pouh-Tah ne vous a jamais fait la moindre faveur, alors pourquoi vous seriez-vous chagriné si un second « monarque de droit divin » décide de le chasser pour prendre sa place ?

Mais un jour, les mercenaires étrangers arrivent dans votre village Avec leurs armures noires et brillantes, ils ont l'air d'horribles cloportes géants, et leurs yeux luisent d'un éclat cruel. Sans pitié, ils pourfendent à grands coups d'épée tous les villageois qui se trouvent sur leur chemin. Ils pillent les silos à grains, volent toute la récolte de riz, puis ils rassemblent les femmes du village, y compris votre mère, pour les emmener comme prisonnières. Votre père s'élance à leur poursuite et c'est alors que, sous vos yeux, le chef des mercenaires lui tranche la gorge avec un long cimeterre à la lame fine et aiguisée. « Le roi a besoin d'esclaves, commente-t-il d'une voix éraillée, c'est pas des bouseux comme vous qui allez m'empêcher de travailler ! » Vous fixez cet homme d'un regard intense, pour bien graver son image dans votre mémoire. Il porte une armure en écailles métalliques, avec des piquants et des plaques de protection pour couvrir les parties les plus vulnérables du corps. Sous son énorme casque, un masque barbare lui couvre la figure : c'est une parodie de visage humain, avec des traits grimaçants, de grosses arcades sourci-lières en relief et des cornes pointues et recourbées. Du fond des deux grands trous, les terribles yeux noirs de l'assassin de votre père vous renvoient un regard teinté d'amusement. Avec des cris bestiaux, les mercenaires remontent en selle et s'éloignent en faisant avancer leurs captives à coups de fouet. Les chevaux ont du mal à marcher dans les champs inondés par la dernière crue, et il vous semble qu'une éternité s'écoule avant que les tueurs ne disparaissent à l'horizon.

Vous retournez auprès de votre père exsangue. « Mon fils, dit-il dans un dernier souffle, pars pour le monastère de Baô-Tchou ; venge-moi et sauve ta mère ! » A peine a-t-il prononcé ces paroles que son regard se voile : votre malheureux père meurt dans vos bras, et vous voici seul au monde...

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