Lecture des livres dont vous êtes le héros
16 Avril 2013
- Ha ! Ha ! Ha ! Vous auriez bien envie de monter à l'abordage, n'est-ce pas ? lance Peter Medduzz. Mais je ne vous conseille pas d'essayer ! Le Sasquatch en écrabouillerait volontiers dix comme vous !
Il est vrai que vous avez du mal à vous retenir de sauter à la gorge de Peter Medduzz, mais la simple présence du Sasquatch suffirait à dissuader les plus entreprenants !
- Sympathique animal, n'est-ce pas ? reprend Medduzz. Ou bien s'agit-il d'un homme ? Le débat reste ouvert. En tout cas, le Sasquatch m'est tout dévoué, croyez-le bien ! Comme pour confirmer les paroles de son maître, l'abominable créature s'incline devant lui dans une attitude de totale soumission.
- Ha ! Ha ! Ha ! AAA... AAAAtchoum, je suis son Maître ! Son Maître, entendez-vous ? s'écrie Peter Medduzz, saisi d'une crise d'éternuements. Le Maître ! Ha ! Ha ! Ha ! AAA... AAAAtchoum !
Le spectacle de ce fou mégalomane vociférant et éternuant alternativement est à la fois risible et affligeant. Hélas, les circonstances se prêtent moins au rire qu'à l'affliction ! Quelques instants plus tard, Hicboum le Dingue revient, accompagné de cinq hommes aux visages rigoureusement identiques, le regard fixe et vide, marchant en file indienne comme des robots. Ils sont vêtus de pull-overs et de pantalons semblables et il vous serait
bien difficile de les distinguer les uns des autres. Hicboum apporte alors à son maître un pistolet-mitrailleur, tandis que les cinq hommes s'immobilisent devant lui, raides et silencieux.
- Ha ! Ha ! Ha ! Je vous présente les quintuplés ! s'exclame Peter Medduzz. N'essayez pas de leur faire la conversation, ils sont muets ! Muets et idiots ! Mais Peter Medduzz est généreux, je les ai recueillis, nourris, logés, et je leur ai appris à obéir ! Ils sont heureux, désormais ! N'est-ce pas ? ajoute-t-il à l'adresse des cinq hommes.
D'un même mouvement, ces derniers hochent la tête en signe d'assentiment, leur regard vide fixé sur leur maître.
- Et maintenant, regardez bien ceci, reprend Medduzz.
Saisissant le pistolet-mitrailleur, il en pointe le canon sur les quintuplés et presse la détente. Aussitôt, un véritable torrent d'eau jaillit du canon, balayant littéralement les cinq hommes qui tombent les uns sur les autres, trempés de la tête aux pieds. Toujours silencieux, ils n'ont pas réagi, se laissant inonder sans la moindre protestation. - Et voilà ! s'écrie Peter Medduzz d'un ton triomphant en lâchant la détente. Vous venez de voir
fonctionner un pistolet-medduzzeur ! Un pistolet à eau, en quelque sorte ! Mais chargé à la Medduzzine ! Ha ! Ha ! Ha ! AAA... AAAAtchoum ! La Medduzzine, entendez-vous ? Qu'est-ce que la Medduzzine, me demanderez-vous ? Tout simplement, la plus prodigieuse invention de la fin du vingtième siècle ! Celle qui révolutionnera le monde, qui fera de la planète Terre un immense, un gigantesque océan ! Vous vous trouvez ici dans une ancienne mine creusée par des chercheurs d'or qui n'y dénichèrent jamais la moindre pépite. En revanche, cette montagne renferme dans ses profondeurs un métal extraordinaire dont j'ai découvert par hasard les propriétés au cours de mes recherches. Un métal totalement inconnu auquel j'ai donné mon nom : la Medduzzine ! Après avoir subi un traitement électro-chimique que j'ai réussi à mettre au point après de longues recherches, ce métal produit une substance qui a la propriété de multiplier à volonté les molécules de l'eau. Comment en suis-je arrivé à faire cette découverte ? Ce serait trop long à expliquer. Sachez seulement que la Medduzzine est à présent parfaitement opérationnelle, comme vous avez pu le constater vous-même ! Il y a ici des centaines de pistolets-mitrailleurs de ce type qui sont acheminés jusqu'à mon laboratoire par l'entreprise de transports G.G. Hunskoop - que vous connaissez bien, je crois - puis par bateau. Ces armes ont subi des transformations permettant de les charger de Medduzzine, ainsi que d'une petite provision d'eau dont les molécules servent de munitions. Mais il y a mieux encore ! Les obus à la Medduzzine sont infiniment plus efficaces ! Il suffit d'un bombardement dans un lac, un fleuve, un golfe, une mer, pour provoquer de fanta... AAA... AAAtchoum ! de fantastiques inondations. Comme celle qui, dans quelques heures, aura rayé San Francisco de la carte !
- Quoi ? vous exclamez-vous, profitant d'une interruption dans le flot de paroles de Peter Medduzz.
- Doomsday, le Jour du Jugement, c'est ainsi que j'ai baptisé le bateau qui pointera ses canons sur la baie de San Francisco, reprend Medduzz. Le Doomsday est en route vers son destin. Il ne doit plus être loin de la frontière des États-Unis, à présent. Et de ses canons jailliront les obus chargés de Medduzzine qui viendront exploser dans l'eau de la baie. Un immense, un gigantesque, un prodigieux raz-de-marée détruira alors la ville,
noyant sous des milliards de tonnes d'eau cette nouvelle Babylone. Avec la bénédiction de Dieu !
- Ou plutôt du révérend Montrainer ! intervient Valiocka la Juste.
- Montrainer est le nouveau prophète de l'Apocalypse, et je suis le bras de Dieu ! Ne croyez pas que la catastrophe se limitera à San Francisco, bientôt, ce sont toutes les terres émergées qui disparaîtront sous les eaux, à l'exception de ces montagnes qui
resteront mon port d'attache et le siège de mon pouvoir. Car je veux faire de la planète un immense océan sillonné de bateaux et peuplé de marins, un océan dont je serai Ha ! Ha ! Ha ! AAA... AAAt-choum ! Le Maître, Ha ! Ha ! Ha ! Le Maître, entendez-vous ? Seuls les marins survivront à l'Apocalypse, et je serai leur chef! Telle est ma volonté, telle est celle du Tout-Puissant, Celui qui m'a désigné pour être à jamais le Maître des mers ! Ha ! Ha !
Ha ! AAA... AAAAtchoum ! Le Maître, entendez-vous ?
Peter Medduzz est alors pris d'une crise d'éternuements, puis, les yeux larmoyants, il se lève et se met à chanter :
Hisse la voile, hisse mat'lot ! La terre est loin, le ciel est haut ! Pas peur du vent, pas peur de l'eau ! Hisse la voile, hisse mat'lot !
- Pitié ! Pitié ! s'écrie alors John Bob de Golf. Inondez la Terre entière si cela vous fait plaisir, mais de grâce, cessez de chanter, c'est trop horrible !
- Misérable ! rugit Peter Medduzz. Vous payerez cher votre impudence ! Hicboum !
- Oui, Maître, répond le boiteux avec déférence.
- Reconduis les prisonniers dans leur cellule. Nous réglerons leur sort en même temps que celui de San Francisco ! Ils ne survivront pas à leur ville, j'en fais le serment ! Sortez !
Hicboum, aidé du Sasquatch vous pousse aussitôt hors du laboratoire et vous ramène dans votre cellule. Vous entendez le Sasquatch refermer soigneusement la porte, puis les pas claudiquants de Hicboum le Dingue s'éloigner dans le couloir.
- Eh bien, nous voilà dans un drôle de bain, lance John Bob de Golf. Et je ne vois pas comment nous pourrions nous en tirer.
- Il faut coûte que coûte trouver le moyen de nous enfuir ! Nous devons sauver San Francisco ! déclarez-vous.
- Impossible. Même si par extraordinaire nous parvenions à sortir de cette cellule, nous aurions le Sasquatch à affronter, fait observer Valiocka, et nous ne sommes pas de taille à le combattre.
- En nous y mettant tous les trois, nous pourrions peut-être le neutraliser, assurez-vous.
- Il faudrait d'abord le convaincre d'ouvrir la porte de la cellule, réplique le journaliste.
- Y a-t-il quelque chose qui pourrait l'attirer? demandez-vous à Valiocka.
- La seule chose qui l'attire, c'est la nourriture, répond la Messagère du Temps. Il adore notamment les volailles, poules, dindes, oies, pintades... Il les dévore toutes crues, plumes
comprises. Il y a ici un poulailler qui lui est spécialement réservé.
- Et si nous tentions d'imiter des caquètements et des gloussements pour lui faire croire qu'il y a de la volaille dans la cellule, pensez-vous qu'il s'y laisserait prendre ?
- C'est possible, il est si bête...