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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Parti d'Elvanine en milieu de matinée sous un soleil de plomb, vous avez chevauché de longues heures sur la route de Fenga, entre les eaux tumultueuses du Golfe de Sirth et les premiers contreforts de la chaîne des Monts du Rovar. Au départ de la Cité Forteresse, votre intention était d'atteindre la Ferme Fortifiée de nuit, à la lueur de votre bâton enchanté. Mais, arrivé aux deux tiers du chemin qui sépare les deux plus grandes villes du monde de Dorgan, tandis que le soleil plonge déjà au-delà de la Grande Mer et que vous vous apprêtez à quitter la route pour prendre la direction du nord-est, vous apercevez deux roulottes installées à une centaine de mètres de la voie, non loin d'une petite crique du Golfe de Sirth. Votre hâte à rallier Sélartz vous fait hésiter un long moment. Puis, considérant, comme le souligne si bien un vieux proverbe des hommes de ce monde, que prudence est mère de sûreté, vous décidez de vous joindre aux campeurs.

- Bonsoir, déclarez-vous à l'intention des deux hommes venus à votre rencontre tandis que vous vous approchez des chariots. Accepteriez-vous un compagnon de plus pour la nuit ?

- Qui es-tu ? vous demande aussitôt le plus âgé des deux, à en croire les nombreuses rides qui barrent son large front et la barbe fournie qui mange son visage.

- Je me nomme Yamaël, répondez-vous. Je viens d'Elvanine et me rends à Sélartz. Mais je crains de ne pouvoir atteindre la Ferme avant qu'il ne fasse nuit noire.

- Yamaël ? Notre seigneur ?

- Si fait, mon brave. Mais vous n'avez toujours pas répondu à ma question...

- Euh... Quelle question ? Ah, oui, bien sûr ! Mais, naturellement ! Vous pouvez vous joindre à nous. Cependant, comme la charge que j'exerce m'y oblige, je dois auparavant vous prévenir que vous dînerez à la table du bourreau d'Elvanine.

- Vous êtes Pajan ?

- C'est exact. Et voici Sorgal, mon unique fils.

- J'accepte volontiers ton hospitalité, maître Pajan.

- J'en suis honoré. Tant de gens me l'ont déjà refusée. Mais trêve de discours. Sorgal, cours vite prévenir Mara de préparer un lit pour notre invité, dans ta roulotte. Puis embroche une pièce de xur que tu mettras à rôtir. Sors aussi deux bouteilles de mon meilleur vin. Et fais bien attention à ne pas placer la viande trop près des flammes. L'adolescent file aussitôt, ventre à terre, en direction du campement que vous atteignez quelques minutes plus tard, après avoir attaché votre monture à un piquet d'un pré où paissent déjà quatre chevaux de trait. Deux heures plus tard, tandis qu'un oiseau nocturne passe en hululant à la verticale du camp en direction de la Ferme Fortifiée, vous achevez un dîner dont vous conserverez un très bon souvenir. Le repas fut excellent. La conversation vous a permis de découvrir les multiples facettes d'une activité dont vous ne saviez rien.

Quant à l'homme, vous l'avez immédiatement apprécié pour son intelligence, son esprit d'indépendance et sa grande retenue. En fait, le regard que Pajan porte sur ses semblables est assez proche du vôtre concernant les habitants de ce monde. De son point de vue, seule la raison commande. Ce qui, pour vous, à l'échelle des siècles de votre existence démoniaque, s'accorde parfaitement à votre devise : « Qui veut la fin veut les moyens. » C'est donc pleinement satisfait de votre soirée, non sans les avoir tous aimablement remerciés, que vous prenez congé de Pajan, Mara et Sorgan pour aller vous coucher. Rendez-vous à la Ferme Fortifiée.

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