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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Dans la grotte. Baldar s'allonge sur la natte, apparemment plus fatigué par ses efTorts qu'il ne le paraissait de prime abord. C'est néanmoins d'une voix assez ferme qu'il commence : — Il ne faudrait pas croire, Loup* Ardent, parce que vous me trouvez végétant à la lisière du Désert comme un nomade, que j'ai toujours vécu de cette façon-là. Je préfère la solitude, comme vous le savez, mais je ne m'en serais peut-être jamais rendu compte sans la succession de malheurs qui s'est abattue sur moi il y a bien des années. J'ai été jeune, fougueux et indiscipliné, tout comme vous. J'ai quitté mon village natal et je suis parti à l'aventure dans le monde du Harn pour y chercher fortune. Le Destin m'a conduit à Belgardium où j'ai effectivement prospéré, mais aux dépens de différentes gens, ce qui m'a valu un certain nombre d'ennemis, dont quelques-uns haut placés. Ce dont, d'ailleurs, je ne me souciais guère. Comme je vous l'ai dit, j'étais fougueux. J'étais également amoureux, ce qui détourne dangereusement l'esprit des contingences matérielles. J'ai épousé la demoiselle après quelques difficultés avec sa famille, et nous avons été heureux pendant deux ans, jusqu'à ce que ma femme meure en mettant au monde notre premier et seul enfant, une fille que nous avions décidé d'appeler Yaléna. La naissance de Yaléna ne m'a pas causé une grande joie : j'étais trop accablé par la perte de mon épouse. J'ai mis l'enfant en nourrice, et je me suis jeté à corps perdu dans les affaires pour tenter d'oublier mon chagrin. C'est à ce moment-là que mes ennemis les plus puissants, profitant de ce que j'étais en état de moindre défense, sont passés à l'offensive. La manière dont ils s'y sont pris importe peu. Sachez seulement que j'ai été obligé de fuir, en abandonnant Yaléna et la plus grande partie de la fortune que j'avais amassée. J'ai rapidement perdu le peu qui me restait et. durant quelque temps, j'ai erré en Harn en vivant d'expédients et, par la suite, de mes talents de bretteur. A cette époque. Loup'Ardent. j'ai expédié beaucoup de braves gens derrière le voile de la Mort, car j'étais à la fois aigri et méchant. Mais j'ai fini par être dégoûté de tuer et encore plus dégoûté par ceux qui me payaient pour tuer. J'ai fait la connaissance d'une vieille femme, qui doit maintenant être morte depuis longtemps. Son nom était Coranna. mais peu de gens le connaissait : on l'appelait la Sorcière, parfois l'Oracle. En ce temps-là, je ne croyais à rien, mais je me suis aperçu qu'elle possédait bel et bien le Pouvoir. Elle lisait dans mon passé aussi facilement qu'un moine lit dans un grimoire, et. bien que nous ayons eu fort peu de points communs, elle m'a pris en amitié. C'est elle qui m'a envoyé ici, à la lisière du Désert, sa magie lui ayant révélé que certains de mes anciens ennemis étaient toujours à ma poursuite et finiraient certainement par avoir ma peau. Coranna m'a prédit que je terminerais mes jours ici, à la lisière du Désert, mais que j'y serais plus heureux que je ne l'avais jamais été auparavant. Sur le moment, je n'ai cru ni à l'une ni à l'autre de ces prédictions. Maintenant, je les crois toutes les deux. La vie que je mène transforme un homme, elle le rend fort et indépendant, et elle lui fait acquérir perspicacité et philosophie. Ce sont des dons plus précieux que l'or, Loup*Ardent et, en fin de compte, encore plus gratifiants que l'aventure.Et puis vous êtes arrivé. En toute autre occasion, vous m'auriez trouvé indifférent au monde et à ses malheurs. Mais, un jour et une nuit avant que vous ne basculiez, à moitié mort, par-dessus mon horizon, j'ai fait un rêve. J'ai rêvé de ma fille, Yaléna, qui est devenue une femme aussi ravissante que l'était sa mère. J'ai rêvé qu'un grand danger la menaçait, mais je n'ai pas pu deviner la nature de ce danger. Dans mon rêve, je savais que le seul moyen de la sauver était de la cacher dans un lieu inspirant une crainte telle que personne n'oserait l'y poursuivre. Le nom de cet endroit m'a été révélé : il s'appelle Kraal.

— Kraal ? dit Loup*Ardent, captivé par le récit du vieil homme.

— J'ignore de quoi il s'agit et où cela se trouve, reconnut Baldar, bien que j'aie voyagé davantage que la plupart des habitants du Harn. Néanmoins, je suis sûr que cet endroit existe, car je sais que mon réve disait vrai.

Comment pouvez-vous être certain de la véracité de votre rêve. Vieil Homme ? demande prudemment Loup*Ardent.

Parce que j'ai vu quelqu'un d'autre, dans mon rêve, aux côtés de la belle Yaléna. J'ai vu un jeune et farouche Mangeur de Champignons, sorti des froides cavernes du Désert Profond. Je vous ai vu. Loup*Ardent. Et, un jour et une nuit plus tard, n'êtes-vous pas venu jusqu'à moi. tout agonisant que vous étiez ?

Il se penche en avant et, pour la première fois, son expression et sa voix trahissent son anxiété.

— Vous irez à Belgardium, Loup*Ardent? Vous sortirez ma fille de cette ville maudite ? Vous trouverez l'endroit appelé Kraal et vous l'y cacherez ? Vous ferez cela, Loup*Ardent ? Vous le ferez ?

Le ferez-vous, Loup*Ardent ? Accepterez-vous de démêler l'ècheveau embrouillé du Destin que vous propose ce vieil ermite ? Vous êtes libre (Je refuser, de chercher votre voie ailleurs. Que devez-vous réellement à ce Baldar ? Un bol d'eau tiède offert au bon moment ? Quelques bouchées d'une nourriture nauséabonde ?

Si vous décidez d'assumer la tâche qu'il attend de vous.

Si vous refusez.

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