Lecture des livres dont vous êtes le héros
3 Mai 2013
Vous montez la première rangée de gradins en remarquant que les spectateurs les plus prévoyants ont apporté un coussin pour protéger leur séant des ravages de la pierre nue. Le confort ne vous préoccupe guère, cependant, car vous ne pouvez pas rester bien longtemps ici, en raison de l'éruption imminente du Vésuve.
En regardant autour de vous, vous remarquez que les spectateurs semblent rassemblés par affinités, comme les supporters d'un match de football. Certains d'entre eux portent des vêtements de même couleur, sans doute pour manifester leur soutien à leur gladiateur préféré. Pour des raisons que vous ignorez, de nombreux spectateurs portent des chapeaux de feutre sans bord. Vous remarquez également que les classes sociales sont nettement séparées les unes des autres.
Dans les premiers rangs, des gradins sont réservés à des hommes et à des femmes vêtus de toges immaculées et parés de bijoux de prix. ' Parmi les classes populaires, les hommes et les femmes sont séparés. Les femmes se trouvent confinées dans une galerie couverte, située si haut qu'elles ne doivent pas voir grand-chose et les hommes, rassemblés par groupes, sont répartis sur tous les autres gradins. - Cette place est-elle libre ? demandez-vous
à un jeune homme surexcité qui porte un manteau rapiécé et l'un de ces étranges chapeaux en feutre.
- Oui, tu peux la prendre, répond-il. C'était celle de mon copain, mais il a bu tellement de vin qu'il est allé vomir quelque part. Toujours pareil. Il va manquer la moitié du spectacle, comme d'habitude.
Il ouvre une petite boîte posée sur ses genoux et vous la tend.
- Un œuf dur ? propose-t-il.
- Non, merci, lui répondez-vous en vous asseyant.
- Comme tu voudras, dit le jeune homme avec un haussement d'épaules. Visne scire quod cre-daml
Vous secouez le Mercurophone qui n'a pas réagi. «Tu sais ce que je pense? » traduit-il enfin.
- Non, qu'est-ce que tu penses ?
- Quid credis ? traduit le Mercurophone.
Je pense que les jeux sont en pleine décadence depuis que l'exécution des criminels fait partie du spectacle, dit-il. Ça n'a plus rien à voir avec le sport. Regarde, ils vont en massacrer quelques-uns.
Vous voyez alors avec horreur un groupe d'hommes et de femmes en haillons qu'on amène dans l'arène, enchaînés les uns aux autres. Une sinistre troupe de gladiateurs s'avance vers eux, l'épée à la main. Vous sentez votre estomac se retourner.
- Tu es sûr que tu ne veux pas d'œuf dur? insiste le jeune homme.
Vous vous levez d'un bond et vous courez à toutes jambes vers la sortie tandis que, dans l'arène, les épées étincellent au soleil. C'est ce que vous pouvez faire de mieux. Les jeux du cirque ne conviennent pas aux âmes sensibles. Dépêchez-vous de choisir sur votre plan une autre destination.