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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Prologue

Prologue

L'Oracle des Astrologues

Les rites de l'Equinoxe de Printemps tiraient à leur fin lorsque les astrologues commencèrent à prédire une nouvelle incursion de la Horde des Démons. Olric, le Chevalier Régent du Royaume, dont les moines-soldats verseraient le tribut du sang si la meute infernale se déchaînait réellement, prit l'oracle au sérieux et convoqua le Conseil. Diverses stratégies furent évoquées, principalement par le vieux Mandar, le Général Phlogisticien, et Ben beni bar Jaïn, le Mage Sorcier. Comme le fit très justement observer Olric, on avait un peu de temps devant soi, même en admettant que les astrologues aient dit vrai. La neige qui obstruait les défilés de la montagne ne fondant que pendant trois courtes semaines, au plus fort de l'été, le Royaume n'avait rien à craindre jusque-là. C'était précisément de ces défilés que se préoccupait bar Jaïn, persuadé que l’on pourrait convaincre la Guilde des Alchimistes de préparer une poudre magique ayant le pouvoir de provoquer des avalanches, ce qui bloquerait définitivement le passage. Mandar. avec son scepticisme de soldat à l'égard des procédés magiques, préconisait établissement d'une deuxième ligne de défense, intéressante combinaison stratégique d'affrontement direct et d'embuscade. Le fait que l'immoralité du principe de l'embuscade n'ait choqué personne était un signe des temps.

Les discussions sur ces deux propositions — et sur beaucoup d'autres moins plausibles — durèrent plusieurs jours. L'ambiance n'était pas à l'optimisme. Depuis des siècles, la Horde avait toujours fait à peu près ce qu'elle voulait, même quand elle s'attaquait à un royaume uni, gouverné par un roi fort. Aujourd'hui, la dissension régnait dans le royaume et le roi Voltar le Magnifique était toujours plonge dans son sommeil magique. Olric exerçait le pouvoir avec l'assentiment du Conseil, pour autant que quelqu'un l'exerçât. Plus qu'une véritable cohésion, la force de l'habitude et l'inertie maintenaient l'ordre public, mais celui-ci résisterait-il à la Horde ? En dehors du Conseil, on n'était pas très optimiste non plus. La paysannerie elle-même, pourtant endurcie contre les calamités par des générations d'épreuves, prenait peur. La noblesse, qui avait beaucoup plus à perdre, envisageait bien souvent de s'enfuir. Les capitaines au long cours des deux grands ports de Xanthus et de Begradee firent fortune du jour au lendemain. Mais tous les pots-de-vin du monde ne pouvaient rien changer au fait qu'il y avait beaucoup moins de navires que de familles nobles. Et, si on ne prenait pas la mer. où aller ?

En dépit de déclarations énergiques et d'une répression policière encore plus énergique, la dégradation de l'ordre public devint non seulement évidente au cours des jours qui suivirent la première prédiction, mais elle se généralisa. Tout autre ennemi aurait pu provoquer de l'inquiétude, mais il n'aurait pas engendré l'épouvante. La Horde, dont les incursions étaient heureusement rares, causait une terreur superstitieuse. La ressemblance des Démons avec les êtres humains était superficielle. Leur origine prenait naissance au plus profond des Enfers. Et puis les astrologues, dont la prophétie avait déclenché la panique, firent briller une lueur d'espoir. Lors du couronnement de leurs rites de l'Equinoxe de Printemps, ils annoncèrent la venue d'un nouveau Messie.

Le Proscrit

Loup*Ardent est mourant.

Au bout de huit jours dans le Désert, ses forces sont à peu près épuisées. Son ventre n'est plus qu'un vide douloureux, il a la langue gonflée et les lèvres desséchées. Ses jambes, ses bras et sa poitrine sont souillés de son propre sang, et il peut à peine se tenir debout, encore moins marcher. Et cependant il marche, par brefs sursauts titubants, trébuchants, poussé par la seule énergie de sa volonté de Barbare. Il y a longtemps qu'il ne sait plus où il va, mais seulement qu'il ne doit pas s'arrêter. Il n'est plus capable de compter les jours qui se sont écoulés depuis que les hommes de son village de pierre l'ont chassé, parce qu'il a commis la seule faute que leur chef ne pouvait pas lui pardonner. Pourtant, quand il évoque cette faute, l'affreuse grimace qui déforme ses lèvres craquelées ressemble vaguement à un sourire, car Alèna est trop délicieuse pour qu'on puisse l'oublier. Elle a seize ans, sa virginité s'éveille à l'amour, et elle est la fille unique du chef : une combinaison explosive, à laquelle Loup*Ardent n'a que trop aisément succombé.

On les a découverts, évidemment. La vieille commère qui est tombée sur leurs nudités enlacées dans la caverne aux provisions s'est enfuie en poussant des cris d'orfraie, et les soldats n'ont pas tardé à arriver. Bien que sans illusion sur le sort qui leur serait réservé, Loup'Ardent et Aléna ont attendu ceux-ci sur le lieu de leur péché. Dans le village, on ne peut se cacher nulle part. En dehors du village, on ne peut aller nulle part.

Loup*Ardent aurait pu se battre contre les soldats, mais il ne l'a pas fait. Ils ne faisaient que leur devoir, et plusieurs d'entre eux étaient ses amis. A quoi bon tuer des amis ? En aurait-il abattu vingt (supposition des plus hasardeuses !) que d'autres seraient venus les remplacer. Retarder quelque peu l'issue n'aurait pas rendu celle-ci moins inéluctable. Curieusement, le Chef ne l'a pas condamné à la Roche, peut-être en considération des prouesses accomplies par Loup*Ardent comme soldat. La sen-tence a été l'exil, ce qui équivaut à la mort, mais est moins déshonorant. On l'a donc conduit dans le Désert, avec son épée, son couteau, son arc et vingt flèches, mais sans eau ni provisions. La mort certaine dans cette solitude où il n'y a pas de gibier, et où on ne trouve qu'à grande profondeur l'eau et les champignons qui, depuis son enfance, constituent l'essentiel de sa nourriture. Il aurait évidemment pu découvrir l'un des autres villages de pierre éparpillés dans le Désert et peuplés de farouches Barbares comme lui, qui l'auraient immédiatement chassé ou, plus probablement, tué parce qu'il ne portait pas la marque du village.

Aussi, depuis huit jours, erre-t-il dans la pierraille, où la chaleur volcanique qui émane en permanence du sol a progressivement asséché toute l'humidité de son corps. Le quatrième jour, péniblement, gauchement (car il avait déjà perdu toute sa fougue), il a escaladé un escarpement rocheux dans l'espoir d'apercevoir un bu! vers lequel se diriger et. en grimpant, il est tombé et s'est ècorché sur les arêtes tran-chantes. Le sang qui a ruisselé d'une douzaine d'éraflures lui a donné l'aspect d'un monstre ou d'un cadavre ambulant.

Combien de temps Loup*Ardent tiendra-t-il encore? i1 lui suffit de se poser la question pour connaître la réponse : pas bien longtemps. Il tombe douloureusement à genoux, incline la tête et se sent enveloppé par la bienfaisante douceur d'un brouil-lard gris. I1 voudrait étreindre ce brouillard, lui ouvrir son esprit aussi facilement qu'il a ouvert ses bras à Aléna. Le brouillard lui promet le repos et la fin de ses tourments, et Loup*Ardent sent qu'il dit vrai. Et. cependant, le petit noyau dur de volonté opiniâtre enfoui au fond de son âme ne lui permet pas d'enlacer le brouillard. Un effort colossal le remet debout une fois de plus. Ses yeux ne voient plus, ses oreilles n'entendent plus, ses sens sont si émoussés qu'il est presque hors d'atteinte de la souffrance. Seule sa volonté le soutient. C'est alors qu'il entend la voix.

— Arrêtez. Mangeur de Champignons !

Elle semble venir de très loin et, lorsque Loup*Ardent tourne péniblement la tête, il est incapable d'en déterminer l'origine. Il porte néanmoins la main à son épée. C'était une voix d'homme et, dans le Désert, tous les hommes sont des ennemis. La voix ricane.

Vous voudriez me pourfendre, hein. Mangeur de Champignons ? Mais vous n'êtes pas en état de vous battre, voyons. Allez, détendez-vous. Loup*Ardent sent une main se poser sur son bras, il essaye de faire demi-tour pour affronter ce nouveau danger (ou le même danger, il n'en sait rien) et, en se retournant, il trébuche et tombe, non pas sur le sol, mais dans des ténèbres infinies.

En se réveillant, il éprouve une sensation de fraîcheur et sent que ses forces sont en train de revenir, bien que son estomac soit aussi délabré que s'il avait attrapé la fièvre de Malte. Il serre étroitement les paupières en luttant contre la nausée, puis il les ouvre pour examiner l'endroit où il se trouve. C'est une grotte. Pas l'une des profondes cavernes de son village de pierre, car la lumière du jour y pénétre par l'entrée toute proche, mais un abri dans lequel la chaleur volcanique est moins pénible. La surprenante odeur de moisi qui lui emplit les narines lui soulève le coeur, mais le plus gros de sa nausée est manifestement passé, car il n'a pas vraiment envie de vomir.

La grotte est une habitation. Il aperçoit dans un coin des peaux qui servent de lit et quelques récipients d'argile grossièrement façonnés, destinés à conserver et à faire cuire les aliments. Rien d'autre. Il est seul. Prudemment, Loup*Ardent se met debout. Il a les jambes flageolantes, sa tête tourne mais, malgré cela, il éprouve intérieurement une sensation de force qu'il n'a pas ressentie depuis plusieurs jours. Sa bouche est moins desséchée, sa langue moins gonflée. Il s'approche de l'entrée de la grotte.

Alors, vous voilà réveillé, Mangeur de Champignons ?

C'est la voix qu'il a entendue avant de s'évanouir. De nouveau, sa main tombe instinctivement sur le pommeau de son épée, mais celle-ci a disparu. — Ne vous excitez pas, Barbare, dit la voix. Je vous l'ai retirée par précaution. Les rixes et les bagarres ne sont plus de mon âge et, bien que vous n'ayez pas été en état de me faire grand-mal quand je vous ai découvert, j'ai compris que vos forces vous reviendraient vite.

Loup*Ardent aperçoit un mince vieillard, penché sur une crevasse du rocher à moins de vingt mètres de lui. Ses mains noueuses tiennent ce qui semble être un bout de ficelle. Les armes de Loup*Ardent sont posées sur le sol à côté de lui.

— Qui ètes-vous? demande Loup*Ardent d'une voix pâteuse, rassuré sur le compte de son ennemi maintenant qu'il l'a vu, à supposer que ce vieil homme soit effectivement un ennemi.

— Moi ? Peu importe. Appelez-moi Baldar. Cela sonne bien, et j'ai oublié mon vrai nom.

Qu'est-ce que vous faites ?

— Je tire de l'eau, répond Baldar. puisque vous avez réussi à épuiser ma modeste réserve.

— Il n'y a pas d'eau à ce niveau, dit étourdiment Loup*Ardent.

Avec un reniflement méprisant, Baldar tire sur sa ficelle et sort de la crevasse un récipient plein à ras bord.

— Le propre des sots qui ne sont jamais sortis de leur trou est de s'imaginer que le monde est le même partout. Nous ne sommes pas dans votre Désert Profond. Mangeur de Champignons. Vos jambes vigoureuses vous ont porté bien loin avant que la nature n'en vienne à bout. Ici. à la lisière du Désert, on trouve de l'eau à fleur de terre, à condition de savoir où la chercher.

Sans le moindre signe de faiblesse en dépit de son grand âge, Baldar rapporte le récipient à l'entrée de la grotte. En arrivant près de Loup*Ardent. il pose sa main à plat sur la poitrine de celui-ci. pour l'inciter à rentrer à l'intérieur. Loup*Ardent ne résiste pas, la curiosité commençant à l'emporter sur l'hostilité. Dans la grotte, il accepte le vase qu'on lui tend et boit longuement. L'eau est chaude, mais bonne. Il rend le récipient et attend.

— J'ai raison, hein ? demande le vieux Baldar. Vous venez des cavernes du Désert Profond ?

Loup*Ardent hoche la tète.

C'est ce que je pensais, bien que vous ne ressembliez pas à un Mangeur de Champignons. Vous êtes trop grand. Et vous n'avez pas la même couleur de peau.

— Je ne suis pas né dans le Désert, dit Loup* Ardent. Je suis arrivé dans le village de pierre quand j'étais petit. Cela, ils me l'on dit, mais ils n'ont jamais voulu me révéler comment ni pourquoi j'y étais venu, ni d'où je venais.

— Ils n'en savent peut-être rien eux-mêmes, dit Baldar. Les Barbares sont une bande d'ignorants. Loup*Ardent maîtrise sa colère. Après tout, ce vieil homme l'a aidé et se laissera peut-ctre convaincre de l'aider davantage. Baldar doit sentir qu'il prend sur lui, car il a un petit sourire.

Encore une autre différence : un véritable Barbare aurait essayé de me tuer pour punir cette insulte. Vous avez fait preuve de sang-froid. A moins que le brouet que je vous ai fait ingurgiter ne vous pèse encore sur l'estomac. Il va falloir vous habituer à manger de vrais aliments, mon garçon. Vous ne trouverez pas de champignons ici, ni nulle part en Harn.

— Harn ? répète Loup* Ardent.

Parfaitement, Harn. C'est le nom de ce maudit pays. Harn avec ses Monts des Récifs et son royaume de Voltar le Magnifique, avec sa Solitude et son Désert, avec sa côte orientale sur la Mer de la Tranquillité et avec ses folies. Trop de folies, mais il se pourrait que celles-ci tirent à leur fin, si les bruits qui courent sont exacts. Le vieillard lui lance un regard acéré. Vous avez un nom. Barbare et Mangeur de Champignons ?

— On m'appelle Loup*Ardent, répond Loup*Ardent avec l'accent guttural des tribus du Désert.

— Un nom qui en vaut un autre, dit Baldar. Il y a pire. J'ai l'impression que vous ne comptez pas retourner chez vous ?

Loup*Ardent secoue la tête. Les cavernes qu'il a longtemps considérées comme son foyer lui sont desormais fermées.

— Alors, où irez-vous ?

Loup*Ardent regarde le vieil homme, ne sachant -que répondre. C'est une question logique, mais à laquelle il n'a jamais songé, ne fut-ce qu'un instant. Son seul et unique problème était de survivre. Mais, puisqu'il a survécu, où un Barbare exilé peut-il aller dans cet étrange pays, dans ce Harn ? Il finit par repondre : « Je ne sais pas. »

— Vous le saurez peut-être demain, dit Baldar. Quand vous aurez repris des forces. Pour le moment, vous feriez bien de dormir. Loup*Ardent voudrait protester, mais il se rend compte qu'il est effectivement épuisé et il s'allonge sur le sol de la grotte, où il ne tarde pas à sombrer dans un sommeil sans rêve.

Le lendemain, ils causent beaucoup plus longuement. Loup*Ardent apprend que Baldar est un ermite, qu'il s'est retiré du monde depuis plus de trente ans. Il vit du peu que la région lui fournit, agrémenté d'éventuelles offrandes de nigauds qui le prennent pour un saint homme. Il prétend détester la compagnie de ses semblables, mais semble accepter assez volontiers celle de Loup*Ardent. Le jour suivant, il commence à inculquer à Loup*Ardent tous les moyens qui permettent de survivre dans cette steppe désolée, à la lisière du Désert. Les soleils jumeaux se lèvent et se couchent jour après jour, et Loup* Ardent recouvre entièrement sa vigueur et son endurance passées. Il a depuis longtemps récupéré ses armes et il s'entraîne avec elles pour retrouver son ancienne habileté. Un jour, en le regardant faire, Baldar observe :

Vous êtes assez adroit pour faire un mercenaire, Loup*Ardent, mais pas assez pour demeurer longtemps un mercenaire vivant.

Loup*Ardent sourit. Il a maintenant appris à apprécier le vieillard, mais la remarque ce celui-ci lui paraît stupide. Baldar aperçoit son sourire ironique et se lève.

Bon, eh bien, je vais vous le prouver. Barbare ignorant, dit-il avec humeur. II y a deux gourdins dans le fond de la grotte. Allez les chercher, et nous ferons un assaut. Vous avez de la chance que je ne possède pas d'épée, sinon la leçon que je vais vous donner aurait pu vous coûter la vie. Loup*Ardent lui obéit et apporte les gourdins. Il sourit lorsque Baldar en prend un et se met en position de combat, mais il pousse un rugissement de douleur et de colère quand le bâton du vieil homme fend l'air avec une vitesse imprévue et lui assène sur la cheville un coup terrible, qui lui fait monter les larmes aux yeux et le paralyse à moitié.

Par les dieux ! gronde Loup*Ardent. Vieux ou pas, vous me payerez cela ! Et soudain, à la lisière du Désert, le combat fait rage.

Vous êtes Loup*Ardent. Jeune, fort, beau et barbare. Un homme ambitieux et coléreux, arrogant et sûr de lui. Ce vieillard, ce Baldar, vous a défié, et cela suffit. vous n'éprouvez pas de rancune envers lui, maigre le coup sur la cheville, et pourtant il mérite une leçon. C'est la Loi du Désert, votre Loi. mais cette leçon sera-t-elle aussi facile que vous l’imaginiez, Loup* Ardent ? Peut-être que les Aptitudes au Combat de Baldar sont plus élevées que vous ne le pensez. Que cela vous serve de leçon : en Harn, les choses ne sont pas toujours ce qu'elles paraissent être.

Baldar :

Force : 48

Rapidité : 36

Endurance : 90

Courage : 90

Habilité : 44

Chance : 48

Magnétisme : 40

Séduction : 16

Points de vie : 412

Il ne s 'agira évidemment pas d'une lutte à mort. Lorsque le total des POINTS DE VIE de l'un des adversaires tombera à 50 ou au-dessous, l'abandon surviendra automatiquement. Même si un coup formidable reduisait les POINTS DE VIE à zéro, cela n'entraînerait pas, dans ce cas, la mort de la victime. Calculez votre résultat, Loup*Ardent.

Si vous gagnez.

Si vous perdez.

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