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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Par chance, Mouillard est un graveur célèbre et un passant vous indique bientôt son adresse. Le sieur Mouillard tient boutique au fond de la cour d'une maison de la rue Vivienne. L'endroit n'est pas trop difficile à trouver et vous y arrivez en une vingtaine de minutes. Le graveur est dans son atelier ; c'est un petit homme à l'air craintif, au dos voûté, marchant à pas menus entre ses établis encombrés de plaques de métal et d'outils les plus divers. Vous lui montrez le médaillon tombé de la poche de Robert de la Gaillottière.

— J'ai trouvé ceci dans la rue. pouvez-vous me dire à qui appartient ce bijou ? Je serais heureux de le remettre moi-même à la personne qui l'a perdu.

Le petit homme examine l'objet et le reconnaît aussitôt.

— C'est là le portrait de la comtesse de Sainte- Mouffle. dit-il, j'ai exécuté ce médaillon à sa demande il y a deux mois tout au plus.

— Où habite la comtesse ?

— Dans le faubourg Saint-Germain, rue de Varenne ; c'est l'hôtel qui fait l'angle avec la rue du Bac. face au couvent des Récollettes. Mais...

— Mais quoi ?

— Je... J'ignore à qui madame la comtesse a offert ce bijou... Il serait bien embarrassant de...

— De quoi ?
Si... Si l'on pensait que j'ai commis une indiscrétion en...

— En me donnant son adresse ? N'ayez crainte, elle ne le saura pas.

L'homme parait soulagé.

— C'est que, voyez-vous, dans mon métier... La discrétion...

— Je comprends, je comprends...

— Il ne faudrait pas citer mon nom, car...

Je ne parlerai pas de vous, vous pouvez m'en croire.

Ce graveur vous agace avec ses airs apeurés et vous vous hâtez de quitter les lieux pour vous rendre rue de Varenne. Cette fois, le trajet est plus long, il vous faut retraverser la Seine et vous frayer un chemin dans la circulation incessante de la capitale en prenant garde à ne pas entrer en collision avec un autre cheval ou un quelconque véhicule. Lorsque vous arrivez enfin à l'angle de la rue du Bac et de la rue de Varenne, vous vous arrêtez un instant et vous considérez l'hôtel de la comtesse de Sainte-Mouïïle. C'est une noble et haute maison à la façade élégante et au portail de chêne sculpté. A n'en pas douter, on vit dans l'opulence derrière ces murs de pierres taillées. Vous allez avoir affaire à une représentante de la haute aristocratie parisienne, ce qui ne vous impressionne guère, étant vous-même de sang royal, mais peut-être serait-il bon d'adopter un autre nom que « Lefollet » pour rendre visite à cette dame. Un nom qui vous pose d'emblée comme aristocrate à part entière. Mieux vaut d'ailleurs ne pas choisir un nom français car tous les nobles de ce pays se connaissent et l'on aurait tôt fait de découvrir l'imposture. Dans la réalité vous avez rang princier, aussi, pourquoi ne pas vous présenter comme prince ? Au Royaume du Temps, on vous a enseigné que les princes étaient légion en certaines contrées, en Russie, par exemple. Le rôle de prince russe vous conviendrait à merveille et il ne vous sera pas difficile de le jouer auprès de la comtesse de Sainte-Moufïïe. Un instant de réflexion vous suffit pour vous inventer un nouveau nom : vous appartenez au peuple des Pérenniens, vous vous appellerez donc Perenniov. Quant au prénom, ce sera tout bonnement Igor Ivanovitch, prénom banal, sans doute, pour un Russe, mais qui fera parfaitement l'affaire en l'occurrence. Sous votre nouvelle identité de prince Igor Ivanovitch Perenniov, vous vous avancez à présent dans la cour de l'hôtel de la comtesse et vous mettez pied à terre. Un valet vient aussitôt à votre rencontre en vous contemplant d'un air surpris. Son regard s'attarde notamment sur votre épée. comme si elle lui semblait incongrue en un tel lieu.

— Madame de Sainte-Mouffle reçoit-elle aujourd'hui? demandez-vous d'une voix sonore en vous efforçant de rouler les « r » à la russe.

— Qui dois-je annoncer, Monsieur? s'enquieri le valet.

— Prince Igor Ivanovitch Perenniov, lancez-vous d'un ton péremptoire. je suis un ami de... du baron de la Gaillottière.

— Bien, Monsieur.

L'homme vous introduit dans une antichambre et vous demande de patienter un instant. Vous voici donc dans une petite pièce meublée de quelques fauteuils et dont les murs sont tendus de draperies mauves. Le domestique a disparu par une double porte ; une autre porte, aménagée dans le mur de droite, attire votre attention.

Si vous souhaitez ouvrir cette porte.

Si vous préférez attendre qu'on vienne vous chercher.

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