Lecture des livres dont vous êtes le héros
30 Mars 2014
Je me redressai sur le lit puis attrapai mes effets pour m'en revêtir. Conscient du regard
que portait ma compagne sur mon anatomie dévoilée, je m'empressai de lacer ma chemise
avec une curieuse pudeur, comme si je lui en voulais de ce que nous venions d'accomplir.
Après réflexion, j'en voulais effectivement à cette femme. J'avais honte d'avoir été
déniaisé par une ribaude, d'avoir si facilement cédé à ses sollicitations uniquement
charnelles et vénales. Je fermai un instant les yeux en songeant à mes parents ; à ma mère
en particulier. Cette pensée me consterna.
- " Fais pas cette tête-là. Tu ne t'es pas si mal débrouillée que ça ", dit la jeune femme
d'un air taquin, en se méprenant sur mon expression maussade.
Je fis un effort pour la rassurer d'un pauvre sourire.
· " Je pensais juste à mon supérieur. J'ai déjà trop traîné et il va me parler du pays si je
me présente en retard.
· D'accord, je ne te retiens pas plus longtemps. Attends juste une seconde, j'ai quelque
chose pour toi. "
Elle se releva à son tour sans se préoccuper de son entière nudité. Je me maudis
intérieurement en sentant de nouveau mon excitation revenir à la charge. Elle ouvrit le
tiroir d'une commode à demi effondrée et en sortit un petit objet en bois verni. Il s'agissait
d'une broche représentant un simple épi de blé, une breloque sans aucune valeur mais
taillée avec un certain souci du détail.
Sans me demander mon autorisation, la jeune femme épingla le bijou sur ma veste, à
hauteur du coeur, puis se dressa sur la pointe des pieds pour m'effleurer la bouche de ses
lèvres.
· " Je les taille moi-même. Ça te fera un souvenir quand tu rentreras chez toi. En plus,
c'est du sapin rouge. C'est réputé protéger contre les charmes et les mauvais sorts.
· Merci. "
Ce fut tout ce que je pus répondre dans un premier temps. Une boule s'était logée au fond
de ma gorge et je déglutis péniblement pour rajouter quelques mots.
· " Il faut vraiment que j'y aille. Au revoir. "
Je m'esquivai vers la porte de sortie quand son rire m'arrêta de nouveau.
· " Tu n'oublies pas quelque chose ? Je ne croyais pas que tu m'avais trouvé si
désagréable ! "
Le ton était ironique mais toujours bienveillant. Le feu aux joues et l'amour-propre
sévèrement touché, j'abandonnai sur une table basse le prix de ma débauche avant de
dévaler l'escalier. Enlevez 3 pistoles au contenu de la bourse.
L'air frais du dehors me remit quelque peu les idées en place. Je compris alors pourquoi
j'en voulais autant à la prostituée, pourquoi je regrettai amèrement mes ébats qui me
paraissaient déjà bien vains : j'avais oublié le visage d'Ana. Depuis des mois je revoyais
son doux visage près du mien, ressassais sans lassitude la scène de notre baiser dans
l'herbe, chérissant ce souvenir jusqu'à la déraison. Mais tout avait soudain disparu.
Je voyais encore ses longs cheveux noirs, sa silhouette, sa houppelande salie par notre
escapade nocturne, mais plus ses traits. Je me forçai à m'en rappeler les détails mais
l'image était floue. Et lorsque je voulus me concentrer sur le souvenir de ses yeux,
c'étaient ceux noisette de la femme que je venais de quitter qui s'imposèrent à mon esprit.
Les larmes brouillèrent ma vision. Des larmes de frustration mais aussi de dégoût envers
moi-même. Car tout mon corps m'incitait à remonter aussitôt dans la chambre mansardée
pour y retrouver l'ivresse.
J'hésitai un instant à arracher et jeter la babiole que m'avait offerte la ribaude avant de
finalement m'éloigner de la bâtisse, la tête basse et le coeur lourd. Ajoutez la broche en bois aux objets divers.