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Le Site dont vous êtes le Héros

Lecture des livres dont vous êtes le héros

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Je pourrais prétendre que c'est la surprise qui me paralysait mais, pour dire la vérité, il
n'en fut rien. J'étais partagé entre un sentiment de honte et le désir insurmontable de
découvrir les mystérieux plaisirs de la chair, ceux dont avaient toujours parlé avec
passion les plus anciens, les plus audacieux ou les plus fabulateurs de mes camarades de
caserne.
J'observai avec fascination l'étincelle d'assurance scintillant dans les yeux fauves de la
femme qui entreprenait de déboutonner ma chemise. Elle me l'ôta ensuite d'un geste
souple avant de porter furtivement la main à sa bouche en découvrant mes quelques
cicatrices, et surtout mes blessures les plus récentes. Malgré les braises rougeoyantes du
petit âtre qui réchauffait la chambre, un courant d'air sur ma peau nue m'arracha un
frisson.
La femme releva la tête pour me gratifier d'un sourire puis, sans un mot, recula de
quelques pas en direction de la couche avant de me tourner le dos. J'eus très brièvement
conscience de la sécheresse envahissant mon palais et des battements frénétiques de mon
coeur tandis qu'elle enlevait rapidement ses frusques qui tombaient tour à tour sur le
plancher. Tout allait trop vite. La panique m'envahit aussi intensément que la fois où
j'avais perdu des yeux ma mère au milieu de la presse, lors de notre visite au marché
d'Haquilon dix années plus tôt. J'allais tourner les talons. M'enfuir très vite et très loin.
Loin de ce rivage inconnu vers lequel allait s'échouer l'esquif de ma jeunesse.
Je ne fis cependant pas un mouvement quand la femme se retourna pour m'offrir le
merveilleux spectacle de son corps si blanc, si pâle, de ses seins lourds et ronds aux
pointes dressées sur lesquels s'attardaient ses plus longues mèches de cheveux, de ses
hanches tellement féminines qui encadraient un duvet noir, luisant presque sous
l'éclairage des chandelles.
· " Viens " me dit-elle simplement en s'asseyant sur la grande fourrure étendue en
travers de sa couche.
Je m'ébranlai alors, comme mû par une force extérieure ou, plus raisonnablement, par un
instinct enfoui au fond de mes entrailles. J'avais l'impression de ne plus posséder mon
corps et c'est avec le regard d'un spectateur extérieur que je pris la femme dans mes bras
en m'allongeant à son côté, avant de répondre fébrilement à ses baisers chauds et
humides. Tandis que je ne cessais de caresser sa douce poitrine, ses mains coururent le
long de mon dos pour agripper le bord de mon pantalon et je l'aidai à m'en dévêtir. Sans
l'avoir vraiment voulu ni jamais avoir su comment procéder, je me retrouvai en elle
l'instant d'après, en proie au bonheur le plus vif et le plus exaltant de ma brève existence.
Je ressentis alors un étrange sentiment de puissance, comme s'il m'avait fallu attendre de
voir cette femme gémir et soupirer sous mon étreinte pour me considérer enfin comme
l'égal des autres hommes.
Nos ébats s'achevèrent rapidement, après qu'un éclair de plaisir d'une violence
insoutenable m'eusse terrassé. Encore étourdi mais avide de réitérer cette expérience si
jubilatoire, j'allais enlacer de nouveau ma cavalière pour une seconde danse amoureuse
quand une saveur amère s'insinua au fond de ma bouche.
Je m'écartai doucement pour m'allonger sur le dos. L'odeur des bougies me paraissait tout
à coup écoeurante, mais pas moins que celle de nos corps enfiévrés. Tandis que la jeune femme alanguie étirait ses bras en croix, mon regard se perdit dans les toiles d'araignée qui pendaient de la charpente.

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