Lecture des livres dont vous êtes le héros
7 Juillet 2014
Sur les aires de tournoi de Camelot s'alignaient en bon ordre de bataille les rangs serrés des hommes en armes et en armure. Lances et gonfanons hérissaient le ciel, ondulants jusqu'à l'horizon, telle une vaste mer en colère. Les rayons du soleil brillaient sur le métal. De larges taches marron de cavalerie s'intercalaient entre les unités d'infanterie, dans le hennissement des lourds destriers dont volaient les crinières. C'était l'armée la plus nombreuse, la plus formidable qu'eût jamais réunie Avalon. Et pourtant le brave Lancelot la jugeait insuffisante. Le Roi Arthur soupira et se tourna vers la minuscule bonne femme au chapeau pointu montée sur le poney à son côté.
Cody haussa les épaules. Elle semblait très lasse et beaucoup plus vieille que son âge.
Il a peut-être raison, Votre Majesté. Ce n'est pas une invasion ordinaire. La Légion des Morts est pleine de soldats... euh... de soldats morts, comme son nom l'indique. Ce qui les rend très difficiles à tuer. Et puis, il y a Merlin... Le roi soupira.
Sans aucun doute, déclara Cody. Du moins, telles étaient ses intentions. Ce n'est plus le vieux Merlin que nous avons connu. La mort peut vous changer du tout au tout.
Peut-être, oui, murmura le roi. Nous devons donc lutter également contre la magie de Merlin ?
11 est temps de donner l'ordre de Marche, dit-il à Sire Lancelot. Cette armée ne suffira peut-être pas, mais nous avons fait de notre mieux.
Mais le roi secoua la tête.
Et Pip? demanda-t-il dans un murmure confidentiel.
Le roi Arthur réprima un frisson.
aussi bien que Merlin ! Cette fois, Avalon est vraiment maudit !
Il éperonna son destrier et le mit au trot pour rejoindre ses hommes. Soudain, un grand remue-ménage en avant des soldats lui fit arrêter sa monture.
Maudits ! lança une voix forte comme si elle faisait écho aux dernières paroles du roi. Nous sommes maudits, tous maudits ! Un homme passa en courant devant lui. puis un autre. Le roi Arthur fronça les sourcils. D'autres soldats de plus en plus nombreux se succédèrent, détalant comme des lièvres, les yeux dilatés de terreur. Le sol se mit à trembler et une sorte de roulement de tonnerre lointain ébranla l'atmosphère Le cheval du roi Arthur renâcla, se déroba nerveusement. Mais c'était une bête bien entraînée qu'il put calmer rapidement. Vers l'avant, l'immense armée qui, peu auparavant, avait quitté Camelot en bon ordre, reculait, battait en retraite, refluait, fuyant un ennemi invisible comme si une armée de démons la pourchassait.
Mais autant essayer de retenir une marée î La crème des combattants d'Avalon se carapatait sous ses yeux, en pleine débandade, entraînant dans sa masse confuse jusqu'aux braves chevaliers de la Table Ronde, incapables de maîtriser leurs chevaux dans le chaos général.
On était bien d'accord pour se battre contre la Légion des Morts mais personne ne nous a prévenus qu'on devrait se frotter à un ennemi aussi terrifiant !
Mais trop tard. Le fuyard avait déjà détalé. Serrant les dents, le bon Roi Arthur reprit fermement les rênes de son destrier et le fit avancer au pas au milieu de la horde des déserteurs. Si un danger mortel menaçait Avalon, il voulait protéger son royaume ou mourir en le défendant. Au bout de quelques instants. si rapide était le reflux de l'armée en déroute qu'il se retrouva seul (à l'exception de Cody qui l'avait calmement suivi) sur le chemin menant au champ de bataille.
Le Roi Arthur arrêta son cheval et dégaina sa grande épée Excalibur. Lui aussi entendait les pas qui se rapprochaient d'eux. Et. soudain, les ennemis si redoutables apparurent : un homme grand et maigre en robe de magicien et une silhouette jeune, plus petite, en tenue de guerre.
Le roi Arthur resta immobile un instant, comme foudroyé. Puis, dans son allégresse, il rejeta la tête en arrière.
Un large sourire illuminait son visage.
Et voilà ce qui a terrorisé mon armée entière ! Et Cody, les yeux rivés sur le plus noble guerrier qui eût jamais chevauché à travers les grandes plaines d'Avalon, hocha la tête et répondit calmement :
Ça m'en a tout l'air. Votre Majesté, ça m'en a tout l'air.