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Le Site dont vous êtes le Héros

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Le triomphe de Pip

  • Non. ça ne va pas ! s'exclama Sire Lancelot, qui s'affolait facilement en dépit de sa réputation (Se tordant les mains dans son angoisse, il allait et venait à petits pas fébriles.) Nous n'en avons pas assez !

Sur les aires de tournoi de Camelot s'alignaient en bon ordre de bataille les rangs serrés des hommes en armes et en armure. Lances et gonfanons hérissaient le ciel, ondulants jusqu'à l'horizon, telle une vaste mer en colère. Les rayons du soleil brillaient sur le métal. De larges taches marron de cavalerie s'inter­calaient entre les unités d'infanterie, dans le hennis­sement des lourds destriers dont volaient les cri­nières. C'était l'armée la plus nombreuse, la plus formidable qu'eût jamais réunie Avalon. Et pour­tant le brave Lancelot la jugeait insuffisante. Le Roi Arthur soupira et se tourna vers la minuscule bonne femme au chapeau pointu montée sur le poney à son côté.

  • Qu'en penses-tu. Cody ?

Cody haussa les épaules. Elle semblait très lasse et beaucoup plus vieille que son âge.

Il a peut-être raison, Votre Majesté. Ce n'est pas une invasion ordinaire. La Légion des Morts est pleine de soldats... euh... de soldats morts, comme son nom l'indique. Ce qui les rend très difficiles à tuer. Et puis, il y a Merlin... Le roi soupira.

  • Ah. Merlin... (Son regard se voila.) Crois-tu vraiment qu'il se soit retourné contre nous ?

Sans aucun doute, déclara Cody. Du moins, tel­les étaient ses intentions. Ce n'est plus le vieux Merlin que nous avons connu. La mort peut vous changer du tout au tout.

Peut-être, oui, murmura le roi. Nous devons donc lutter également contre la magie de Merlin ?

  • J'en ai peur, répondit Cody en hochant la tête. Le roi Arthur exhala un soupir.

11 est temps de donner l'ordre de Marche, dit-il à Sire Lancelot. Cette armée ne suffira peut-être pas, mais nous avons fait de notre mieux.

  • Je pourrais galoper jusqu'en France pour y ras­sembler des renforts, suggéra Lancelot.

Mais le roi secoua la tête.

  • Pas le temps, dit-il. Tout indique que la Légion des Morts est prête à se mettre en campagne. Une fois partie, il lui faudra une semaine pour arriver ici. Il te faudrait beaucoup plus longtemps pour rame­ner des guerriers de France.
  • En effet, reconnut Lancelot d'un ton morne. Tandis que les derniers rangs de l'immense armée partie de Camelot prenaient position sur le champ de bataille, le roi Arthur entraîna Cody à part.

Et Pip? demanda-t-il dans un murmure confi­dentiel.

  • Pip ? dit-elle. Mort et rallié à la Légion, j'ima­gine. Il est parti depuis trop longtemps pour avoir réussi dans sa mission.

Le roi Arthur réprima un frisson.

  • Nous allons donc être obligés de combattre Pip

aussi bien que Merlin ! Cette fois, Avalon est vraiment maudit !

Il éperonna son destrier et le mit au trot pour rejoin­dre ses hommes. Soudain, un grand remue-ménage en avant des soldats lui fit arrêter sa monture.

Maudits ! lança une voix forte comme si elle faisait écho aux dernières paroles du roi. Nous som­mes maudits, tous maudits ! Un homme passa en courant devant lui. puis un autre. Le roi Arthur fronça les sourcils. D'autres sol­dats de plus en plus nombreux se succédèrent, déta­lant comme des lièvres, les yeux dilatés de terreur. Le sol se mit à trembler et une sorte de roulement de tonnerre lointain ébranla l'atmosphère Le cheval du roi Arthur renâcla, se déroba nerveusement. Mais c'était une bête bien entraînée qu'il put calmer rapi­dement. Vers l'avant, l'immense armée qui, peu auparavant, avait quitté Camelot en bon ordre, reculait, battait en retraite, refluait, fuyant un ennemi invisible comme si une armée de démons la pourchassait.

  • Arrêtez ! ordonna le roi.

Mais autant essayer de retenir une marée î La crème des combattants d'Avalon se carapatait sous ses yeux, en pleine débandade, entraînant dans sa masse confuse jusqu'aux braves chevaliers de la Table Ronde, incapables de maîtriser leurs chevaux dans le chaos général.

  • Mais qu'est-ce qui se passe ? vociféra le roi. Qu'est-ce qui se passe ? brailla un fuyard à pied.

On était bien d'accord pour se battre contre la Légion des Morts mais personne ne nous a prévenus qu'on devrait se frotter à un ennemi aussi terrifiant !

  • Aussi terrifiant que quoi ? cria Arthur au déses­poir.

Mais trop tard. Le fuyard avait déjà détalé. Serrant les dents, le bon Roi Arthur reprit fermement les rênes de son destrier et le fit avancer au pas au milieu de la horde des déserteurs. Si un danger mor­tel menaçait Avalon, il voulait protéger son royaume ou mourir en le défendant. Au bout de quelques ins­tants. si rapide était le reflux de l'armée en déroute qu'il se retrouva seul (à l'exception de Cody qui l'avait calmement suivi) sur le chemin menant au champ de bataille.

  • De quoi peut-il s'agir? lui demanda-t-il avec appréhension.
  • D'un adversaire terriblement dangereux pour paniquer une armée entière comme celle-là, répondit Cody d'un ton posé. Nous allons le savoir dans un instant. Regardez là-bas au tournant...

Le Roi Arthur arrêta son cheval et dégaina sa grande épée Excalibur. Lui aussi entendait les pas qui se rapprochaient d'eux. Et. soudain, les ennemis si redoutables apparurent : un homme grand et mai­gre en robe de magicien et une silhouette jeune, plus petite, en tenue de guerre.

Le roi Arthur resta immobile un instant, comme foudroyé. Puis, dans son allégresse, il rejeta la tête en arrière.

  • Ce sont Pip et Merlin ! cria-t-il — inutilement à Cody.

Un large sourire illuminait son visage.

Et voilà ce qui a terrorisé mon armée entière ! Et Cody, les yeux rivés sur le plus noble guerrier qui eût jamais chevauché à travers les grandes plaines d'Avalon, hocha la tête et répondit calmement :

Ça m'en a tout l'air. Votre Majesté, ça m'en a tout l'air.

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