Lecture des livres dont vous êtes le héros
4 Novembre 2015
AUTEURS ET CONTRIBUTIONS
Initiateurs du projet : Aragorn et Paragraphe 14
Chef de Projet : Aragorn
Scénario : collectif
Relecture : Aragorn et Caïthness
Mise en page : Aragorn
Préquelle : Aragorn
Introduction Générale : Paragraphe 14
Monde n°1 (1) : Paragraphe 14 et Aragorn
Monde n°2 (265) : Sukumvit
Monde n°3 (94) : Fitz
Monde n°4 (15) : Sukumvit
Monde n°5 (720) : Caïthness
Monde n° 6 (625) : Aragorn
Monde n°7 (315) : Caïthness
Monde n°8 (676) : Redo
Monde n°9 (737) : Sukumvit
Monde n°10 (22) : Caïthness
Monde n°11 (208) : Caïthness
Monde n°12 (515) : Vic
Monde n°13 (507) : Redo
Monde n°14 (226) : Caïthness
Monde n°15 (124) : Caïthness
Monde n°16 (410) : Caïthness
Monde n°17 (848) : Sombrecoeur
Monde n°18 (56) : Aragorn
Monde n°19 (666) : Caïthness
Monde n°20 (333) : Caïthness
Monde n°21 (815) : Thierry Dicule
Monde n°22 (481) : Caïthness
Monde n°23 (492) : Skarn
Monde n°24 (587) : Caïthness
Monde n°25 (159) : Vic
Monde final (877) : Aragorn
Merci à HDV, Meneldur, Oiseau, Outremer, Plume.pipo et Salla pour leur contribution au
scénario, leurs feedbacks et/ou pour leur soutien.
« Car seul l'esprit de l'homme est libre d'explorer le labyrinthe infini du cosmos, de transcender sa conscience ordinaire, et de fouiller les couloirs secrets de son âme où passé et futur se mêlent pour n'être qu'un... Et l'univers et l'individu sont liés, l'un n'est que le reflet de l'autre, et chacun contient l'autre tout entier. »
Michael Moorcock
Quelque part dans le Macrocosmos
« Combien de temps avant l'arrivée sur la cible ? demanda fiévreusement Manion.
- Je ne sais pas trop. Quelques minutes, répondit Artion tout aussi nerveusement.
Les deux stryniumiens transpiraient abondamment ; dans leurs yeux sans pupille le stress, voire la peur, se reflétait distinctement. La cabine du vaisseau était chargée d'une ambiance pesante, qui semblait rebondir sur les hublots et s'infiltrer dans chaque recoin de leurs corps, du bout de leurs deux doigts jusqu'aux tréfonds de leurs âmes.
Tandis qu'Artion tâchait de se concentrer sur le maniement de l'aéronef, Manion s'approcha d'un hublot et contempla la terre qui défilait à des kilomètres en contrebas. Ils avaient quitté Strynium, leur Monde natal, depuis seulement quelques minutes et Manion n'aimait pas l'endroit qu'ils survolaient. Mais ils n'avaient guère le choix. Leur mission était plus importante que toutes celles qui l'avaient précédée. Une menace planait au dessus de leurs têtes et tout ce qu'ils avaient redouté depuis des années était sur le point de se produire : l'Apocalypse. S'ils ne mettaient pas la main sur le premier fragment mais qu'une main mal intentionnée venait à s'en emparer….
L'ensemble de nos Mondes est en péril.
Heureusement, ils avaient été prévenus à temps. Ils pouvaient encore agir contre l'irrémédiable.
- On approche, annonça Artion. Nous devrions dénicher l'objectif sous peu.
Manion poussa un léger soupir de soulagement. Ils pouvaient encore leur échapper. S'ils trouvaient le premier fragment rapidement…..
Artion hoqueta de terreur et Manion se retourna instantanément. Il sentit un étau de glace enserrer son coeur en comprenant qu'ils avaient échoué. Et il sut, avant même de voir, la nature de ce qui s'amoncelait droit devant. Il connaissait leur existence depuis longtemps mais ne s'était jamais imaginer qu'en un jour funeste il croiserait leur chemin. L'air se condensa brusquement dans la cabine de pilotage, si bien que Manion eut l'impression de pouvoir les palper de ses doigts. Lentement, deux silhouettes commencèrent à se dessiner, encore troubles. Manion recula jusqu'à être acculé contre la paroi du vaisseau. Artion se cramponna de toutes ses forces aux commandes, comme si cet acharnement pouvait conjurer l'inévitable :
- Les Spectres… ils arrivent, bredouilla-il. »
Les deux Stryniumiens ne connaissaient que trop bien toutes les légendes qui entouraient ces créatures. On raconte que depuis le fondement de l'univers, elles ont toujours été là, à la fois nulle part et partout. Ceux qui eurent le malheur de se trouver sur leur chemin connurent un destin atroce, une fin si cruelle que la mort apparaissait ensuite comme un doux refuge.
Manion se remémora alors une ancienne comptine, apprise au coeur de son enfance. Il l'avait oublié depuis longtemps et à présent elle lui revenait mot à mot, dans une précision qui, l'accompagnant ainsi dans ses derniers souffles, le terrifia :
Défiant l'Espace et le Temps,
Gardiens de l'Univers et de nos Peurs
En silence, émergeants du Néant,
Surgissent les Spectres Chasseurs.
A présent, les deux créatures étaient entièrement matérialisées. Elles s'avancèrent lentement vers Artion, détendant leurs longues pattes d'insecte vers lui. Le pilote lâcha les commandes mais il était trop tard, beaucoup trop tard. Une voix marmoréenne s'éleva :
- Nous sommes venus reprendre ce qui n'aurait jamais dû être.
Manion rétorqua désespérément :
- Pitié, ce n'est pas à nous… nous sommes là pour le détruire…
- Le temps nous est compté. Vous avez enfreint les règles élémentaires. Vous connaissez votre sentence. »
Artion ne put que pousser un faible gémissement lorsque le Spectre se pencha sur lui. En quelques secondes, il ne fut plus qu'un amas de chair et d'os, de sang et de poussière.
Les deux créatures se tournèrent ensuite vers Manion, médusé, qui les vit s'approcher rapidement. Leurs ombres couvrirent son corps ratatiné par l'effroi et le désespoir, tandis que le vaisseau, désormais sans pilote, fonçait à toute vitesse vers le sol. Il ferma les yeux, mais l'imaginaire torturé lui fit presque voir les Spectres se penchant sur lui. Il sentit des exhalaisons glacées le recouvrir.
En silence, émergeants du Néant,
Surgissent les Spectres Chasseurs.
Il n'eut que le temps d'une pensée fugace.
Tout est perdu.
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Titan : Khul, Neufort V, 500 ACF (Après la Chute de la Forteresse).
Après la Grande Bataille qui opposa les Archimages aux Technocrates sur le continent de Khul, il ne resta plus rien de la grandeur des seigneuries. Cette guerre des puissants avait opposé, plus que deux factions, deux approches de l'équilibre entre l'ordre et le chaos. Les uns, pactisant avec les noires entités, prônaient le règne de la magie et la venue du croisement des Mondes. Les autres, n'y voyant que folie, s'y étaient opposés. La vieille magie rencontra la technologie moderne : ce choc des titans scella le destin de Khul pour toujours. Nul ne peut dire quel parti l'emporta, tellement la désolation qui suivit assécha la mémoire du passé. Le continent n'est plus aujourd'hui qu'un grand désert, si bien que dans certaines contrées le mot Khul désigne le sable, la poussière, la chaleur mortifère, voire la mort elle-même. Beaucoup de peuplades ignorent même qu'elles vivent sur un continent entouré d'eau et seules certaines cités autarciques ont gardé les traces lacunaires du lointain passé. Celles du Nord ont su préserver certains acquis de l'ancienne technologie, ayant même progressé. A propos des cités du Sud, plus mystérieuses, on raconte dans le Nord que les plus anciennes d'entre elles n'ont pas changé d'un iota depuis la Grande Bataille. Car elles seraient encore aujourd'hui alimentées par les âmes d'Archimages immortels scellées sous leurs fondations.
La solide cité septentrionale de Neufort V s'est instituée comme une sorte de nouvelle capitale d'une Confédération technocratique qui rallie les neuf plus grosses villes de sa région. Ses murailles sont de loin les plus performantes de toutes, d'où son nom. Le chiffre V rappelle le nombre d'assauts subi contre les Démons du Sud, ces étranges monteurs de Vers de Sable aux origines inconnues. Certains Technocrates ont prétendu qu'ils étaient les envoyés des Archimages et le prélude d'une nouvelle guerre ouverte. Mais il semble plus probable que ces dresseurs de monstres proviennent d'autres dimensions, sans doute ouvertes par les énergies folâtres libérées au cours de la Grande Bataille et qui continuèrent de hanter le continent après la sécession. Ceux du Sud ont sans doute leurs propres démons à fouetter.
Chacune des neuf cités s'illustre dans différents domaines technologiques : prospection d'eau, exploitation des ressources fossiles, moyens de transport ou armement. Mais la spécialité de Neufort V, outre la solidité éprouvée de ses murailles, réside dans l'observation des astres et autres phénomènes célestes. Cet entêtement à observer l'infini a toujours suscité les critiques des autres cités ; pourquoi se préoccuper d'un inconnu alors que le grand désert regorge de menaces ? La position de force militaire de Neufort V, qui reste la ville la plus peuplée de la Confédération, ne permit pas qu'on tentât de s'y opposer trop fermement.
Or, pas plus tard que ce matin les employés de l'observatoire, qui travaillent jour et nuit souvent pour les motifs les plus obscurs, ont prétendu avoir repéré le signal d'une présence supracéleste s'apprêtant à survoler le grand désert. La nouvelle se répandit rapidement dans la cité… Mais quoi ? Qu'est-ce que cela allait leur apporter ? Les efforts de l'observatoire pour entrer en communication avec la chose furent vains. Une autre surprise survint bientôt. Alors que l'engin identifié s'approchait, à mesure qu'il devint visible pour le Grand OEil de Neufort, ainsi que se nomme la lunette de scrutation, les observateurs conclurent au désastre : l'engin était sur le point de s'écraser non loin de Neufort. Le rapport fut rendu aux autorités technocratiques dans l'heure, comme quoi l'engin s'écraserait aux alentours de l'ancien site de la Forteresse. Quelques jours plus tôt, le même observatoire rapportait la présence de Vers de Sable dans la même zone.
Le Conseil des Technocrates, si difficile à déloger de sa tanière, se déplaça « en personne » à l'observatoire, ce qui provoqua un peu d'agitation en ville. Les troupes, déjà sur le qui-vive, crurent qu'on allait leur annoncer un sixième assaut des Démons. Le nom de Neufort VI était peu à peu clamé, tant on avait confiance en l'efficacité de la muraille et des forces prêtes à être déployées. Toutefois, contrairement à toute attente, la table des Stratèges ne fut pas convoquée, mais l'on fit mandater discrètement un corps d'élite. L'agitation se stabilisa mais tous restaient dans l'attente d'un évènement majeur. Or on ne fit aucune déclaration publique et même les plus hautes sphères de la défense furent soigneusement écartées de l'observatoire. Le corps d'élite arriva sur place quand soudain toute la cité frémit au son d'une explosion cataclysmique… Un nuage de fumée s'éleva au loin, dans la direction de la vieille Forteresse. La troupe d'élite fut dépêchée et s'engouffra sans plus attendre dans les profondeurs mortelles du désert…